« Tu n’es pas sensé être un développeur »

Tatouage maori

C’est une phrase qui me trottait dans la tête depuis deux jours, depuis que j’ai rencontré Rangi.

Et à ce moment-là, il descend les escaliers et cette phrase me revient dans la tête : « You’re not supposed to be a developper » (« Tu n’es pas sensé être un développeur »).

Au début, je trouvais ça un peu prétentieux de dire à quelqu’un ce qu’il est supposé être ou ne pas être. Je trouvais ça intrusif, du coup je n’ai rien dit.

Mais cette phrase revenait dans ma tête encore et encore pendant les deux derniers jours, depuis que Rangi est arrivé.

Il faut dire que Rangi n’a pas le profil physique pour un développeur (sans vouloir tomber dans les clichés 😉 ) : aussi grand que moi, en deux fois plus large, typé Maori de Nouvelle-Zélande et d’une humilité en contraste complet avec sa carrure de rugbyman.

Le premier soir, on sympathise, sa famille habitait à deux quartiers de là où j’ai habité en Nouvelle-Zélande, le monde est petit … Je lui demande ce qu’il fait et il me dit qu’il est développeur informatique.

Je suis surpris.

Je ne m’attendais à rien de spécial pourtant, je suis généralement assez ouvert, peu importe ce que les gens font, du moment que ça leur plaît.

Mais là, je suis surpris, une surprise comme si ce n’était pas normal.

Au début, je croyais que c’était une question de profil physique. Comme cette fois où j’ai rencontré cette jeune fille de 22 ans en covoiturage, toute fine et qui me dit qu’elle est chanteuse d’opéra !

C’était surprenant mais pourquoi pas !

Mais non, là ce n’est pas pareil.

Et je commence à comprendre.

C’est là que la phrase me vient « Tu n’es pas sensé être un développeur ».

Ce serait comme une personne qui fait des études pour devenir chirurgien mais qui remplit des cartons chez Amazon (sans jugement !).

On se dirait qu’il y a quelque chose qui ne va pas … « tu pourrais sauver des vies mais tu remplis des cartons ? », j’aurais envie de demander …

Bref, vous avez compris !

Je me dis que, bon, c’est le décalage entre l’apparence physique et le métier qui me fait ça.

Je laisse tomber.

Le lendemain, je le recroise et la phrase me revient.

Je laisse ça de côté à nouveau.

Vient la veille de son départ, le surlendemain.

On s’apprête à partir au marché où un événement musical a lieu.

J’attends dans le hall d’entrée parmi les premiers.

Rangi descend les escaliers et cette phrase revient « Tu n’es pas sensé être un développeur ».

Mais avec une envie de le dire plus forte encore.

Et cette fois je lui dis, directement, sans sommation !

Il me regarde interloqué, comme un gamin pris en flagrant délit de faire une bêtise.

Il balbutie un truc ou deux puis finit par me demander ce qu’il est sensé faire alors …

Je lui réponds automatiquement : « I don’t know, you tell me ! » (« Je ne sais pas, c’est à toi de me le dire ! »). Et c’est vrai, je n’en sais rien.

On se met en route pour le marché et on commence à papoter. Ce qu’il fait exactement, ce qu’il aime, ce qu’il n’aime pas. Comment il se sent dans son boulot aujourd’hui.

Je ne cherche plus à comprendre la direction que prennent mes questions, je fais confiance.

On se retrouve au marché, on prend un verre en regardant ce qu’il est possible de déguster comme tapas. Et on reprend la discussion.

Quelque chose bloque.

J’interpelle d’autres personnes qui suivent la discussion.

« Comment vous sentez-vous quand vous êtes à côté de Rangi ? »

Certains ont l’habitude de mes questions, d’autres sont un peu gênés.

Des mots-clés ressortent : « Force tranquille, paix, pilier, solidité, sécurité et … leader ! »

J’arrête là et je montre à Rangi la personne qui a dit « leader », sans rien dire.

Je sens que ça résonne intérieurement chez lui, je lui demande comment il ressent ça.

Il me dit que oui ça lui parle mais que concrètement il ne sait pas, il ne comprend pas trop.

Ok mais une porte s’est ouverte.

Je m’engouffre et la discussion continue une bonne dizaine de minutes.

Il commence à voir où je veux en venir mais il a besoin de l’entendre.

Je lui dis ce que je pense et je lui demande si ça lui parle.

Je vous la fais courte, mais je lui dis qu’il peut aider les personnes qui ont une apparence extérieure forte mais qui ne trouvent pas en eux la force intérieure qui correspond. Il est capable de les aider à faire le chemin intérieur vers ça, en montrant comment lui il fait ! Parce que « bizarrement » il attire à lui ce genre de personnes, tiens donc !

Mais pour ça, faut qu’il arrête de se cacher derrière cette idée qu’il est un « développeur » !

Je lui demande si ça lui parle.

Et là, il me répond avec certitude : « Oui ça me parle ».

Je suis presque surpris de cette assurance soudaine.

Je l’accompagne dans l’intégration de cette idée et puis on parle de choses et d’autres.

Jusqu’à ce que je lui pose des questions sur ses origines maori, notamment la signification de son tatouage.

Il m’explique que c’est suite à une conversation de plusieurs heures avec une personne spéciale de la communauté maori que le choix du tatouage est fait.

Et quand il me montre sur son bras, il me dit que ça signifie « Leadership » !

Je le regarde avec un grand sourire pour lui montrer le lien entre notre discussion et son tatouage, il finit par comprendre l’évidence, que la réponse était sous ses yeux depuis le début.

Que finalement, son chemin de vie il le connaît mais qu’il doit simplement faire le choix de l’emprunter, ici et maintenant, qu’il arrête de se cacher !

L’idée doit encore faire son chemin, il faut qu’il expérimente désormais.

Pour ma part, je me suis amusé comme un fou … porté par la joie de bousculer ce grand gaillard pour lui montrer qui il est vraiment :-).

Et vous ? voulez-vous que je vous montre qui vous êtes vraiment ?

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