Un mot, une journée, un geste

— « La gentillesse est l’une de vos qualités les plus merveilleuses »…

Christelle reste sceptique devant son téléphone.

Ces pensées, elle les lit tous les jours mais aujourd’hui, elle ressent une sensation différente.

Une envie, un élan, un appel.

— Comment incarner cette pensée, là, aujourd’hui, dans ma vie ? se demande-t-elle à haute voix.

Une sensation étrange traverse son corps de la tête aux pieds.

Son regard bloque un instant sur le mot « gentillesse » comme pour mieux s’en imprégner.

Des pensées tourbillonnent dans sa tête sans pour autant l’affecter, comme si elle était ancrée au mot « gentillesse » et que rien ne pouvait la déséquilibrer intérieurement.

— Gentillesse, répète-t-elle à haute voix.

Son téléphone émet un son bref.

Par réflexe, Christelle saisit l’appareil.

Un message de sa nièce, Justine, elle aura un peu de retard.

Elle tourne spontanément la tête vers la photo encadrée d’elle et sa sœur, la mère de Justine, décédée dans un accident lorsque Justine était encore adolescente. Les deux sœurs rient à gorge déployée sur le cliché qui rayonne ainsi d’une joie contagieuse.

Rien qu’en le regardant, Christelle sent son cœur se remplir de joie.

Christelle est heureuse que sa nièce prenne le temps de venir la voir. Elle sait bien que la vie des plus jeunes est chargée, plus encore que ne l’était la sienne à son époque. Toujours cette sensation que tout s’accélère.

Christelle sent monter en elle une sensation chaude, enveloppante, nourrissante en pensant à la venue de sa nièce.

— De la gratitude !

Oui, elle ressent de la gratitude. Elle connaît l’idée, mais là, la sensation est particulièrement vive, même vivante en elle.

Elle prend un instant pour bien la ressentir, elle ferme les yeux pour mieux s’y baigner.

Jusqu’à ce qu’on sonne à la porte.

Christelle n’avait pas vu le temps passer.

Justine entre avec le sourire, mais tout en précipitation, en se lançant dans une grande explication du trafic sur la route.

Christelle soupire avec compassion, ces jeunes sont toujours pressés… se dit-elle.

Elle referme la porte derrière elle et s’approche en silence de Justine qui continue à parler, tout en posant ses affaires.

Christelle reste face à elle, en silence, le cœur toujours rempli de gratitude.

— Bonjour, finit-elle par dire avec gentillesse.

Justine s’interrompt, regarde enfin sa tante dans les yeux et lui sourit.

— Bonjour tante Christelle, finit-elle par dire tranquillement en s’approchant. Désolée, j’ai du mal à me poser.

Les deux femmes s’enlacent affectueusement quelques instants.

— Tu as une énergie… bizarre aujourd’hui, lui dit Justine en se reculant.

— Bizarre bien ? demande Christelle.

— Oui… bien, même très bien, je me sens déjà… je ne sais pas… mieux !

Justine lui raconte ses défis actuels et même si Christelle l’écoute attentivement, son regard n’arrête pas d’être attiré par la photo d’elle et sa sœur, derrière Justine.

— … et je me rappelle, continue Justine, ce que tu m’as dit un jour « on ne cherche pas la joie, on la crée »… mais là, je t’avoue que j’aurai bien besoin d’un coup de pouce ! finit-elle avec un soupir.

Christelle sourit, le regard à nouveau attiré par le cadre derrière Justine.

Elle se lève sans mot dire, se dirige vers le cadre et le prend dans ses mains.

Elle regarde le visage de sa sœur dans les yeux sur la photo et semble dialoguer en silence avec elle quelques secondes.

Elle revient à sa place, face à Justine, le cadre à la main.

Et elle lui tend.

Justine ouvre grand les yeux.

— Mais tu m’as toujours dit que c’était LE souvenir le plus important que tu avais de… Maman, finit-elle avec de l’émotion dans la voix.

— Je n’en ai plus besoin, répond Christelle le cœur rempli, je pense qu’elle te sera plus utile qu’à moi désormais, pour te montrer le chemin de la joie.

Justine ne sait pas quoi dire, elle se lève et enlace sa tante sans pouvoir retenir quelques larmes.

— Merci d’être là, lui dit Justine simplement.

Le cœur de Christelle se remplit d’amour, de gratitude et de joie comme jamais auparavant.

Au moment de partir pour Justine, Christelle regarde une dernière fois sa sœur sur le cadre posé sur la table.

Elle a cette impression étrange que sa sœur la remercie pour ce geste envers sa fille.

Justine récupère le cadre et s’apprête à passer le pas de la porte.

— Merci encore pour ta gentillesse, tante Christelle.

— C’est moi qui te remercie pour l’opportunité que tu m’offres d’en faire l’expérience, sourit Christelle en se remémorant la pensée du matin.

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