
— Bonjour Maître guide !
— Alors, c’est toi, le guide stagiaire qui m’accompagne aujourd’hui ?
— Oui, maître guide ! dit le stagiaire en s’inclinant légèrement.
— Appelle-moi « Oh grand guide suprême », s’il te plaît.
Le guide stagiaire retient sa respiration, ne sachant pas quoi penser…
— Mais non, je plaisante ! reprend le guide, on arrête les ronds de jambe ! Appelle-moi simplement Paul. C’est ton premier jour ?
— Très bien… Paul, dit le stagiaire soulagé. Oui, premier jour !
— Bien, dit Paul en ouvrant un dossier. Rien ne vaut la pratique ! Alors, notre âme du jour, c’est Gérard qui semble se galérer là en bas… bon comme tous les autres hein, mais on a reçu des prières pour lui, donc on a le « go » pour intervenir !
— Le « go » ?
— L’autorisation, la permission, le « go » quoi ! Tu n’as pas fait anglais en langue vivante dans l’une de tes vies ?!
— Ah, euh si…
— Bon ben « go » alors, c’est parti !
—
Les deux acolytes quittent le bureau des guides et se dirigent sur le plan terrestre, pour rejoindre Gérard déjà bien occupé en ce début de journée.
Ils se rapprochent et l’observent tandis qu’il est au volant de sa voiture.
Un nuage gris et chaotique semble accroché au-dessus de sa tête.
Gérard est agité au volant, bloqué dans un bouchon.
Il pianote sur son téléphone entre deux accélérations pour rattraper la voiture de devant.
À chaque fois qu’il regarde son téléphone, le nuage au-dessus de lui s’épaissit.
Paul devine une question de son stagiaire.
— Le nuage sombre ?
Le stagiaire hoche la tête.
— Ce sont ses pensées, répond Paul. Il ne chôme pas le bonhomme ! Plus c’est sombre et plus ses pensées sont négatives, plus il est gros et dense et plus c’est la prise de tête ! Ça ne va pas être simple de lui faire passer un message à travers !
Le trafic s’écoule péniblement et Gérard continue son va-et-vient entre le volant et le téléphone.
Alors que la voiture devant lui commence à peine à avancer, elle s’arrête aussitôt.
Machinalement, Gérard commence à accélérer lui aussi sans se rendre compte de l’arrêt brutal de la voiture, toujours le nez sur son téléphone.
Paul semble intervenir avec un petit geste de la main, sous le regard curieux du stagiaire.
Gérard lève subitement les yeux et son pied s’empresse d’écraser le frein.
Il pousse un soupir de soulagement.
Son nuage s’éclaircit l’espace d’un court instant et s’assombrit aussitôt.
— Il s’en est fallu de peu, mon Gérard !, se dit-il, beau réflexe !
— Beau réflexe, beau réflexe … plutôt un coup de pouce de la part de ton guide, répond Paul en levant les yeux au ciel.
— Pourquoi vous êtes intervenu ? demande le stagiaire.
— Notre mission, c’est de lui transmettre un message, explique Paul. Tu imagines s’il avait eu un accident là maintenant ? Je ne te raconte pas la tronche du nuage de pensées ensuite ! C’est un coup de pouce pour lui et pour nous-mêmes. Si on ne réussit pas notre mission du jour, ils prendront le relai là-haut de toute façon, et ils vont essayer de lui faire passer le message tout autrement !
Gérard sort enfin de ses bouchons et arrive à son bureau.
Tout au long de la journée, il court à gauche, à droite, d’une personne à une autre, échangeant dossiers, questions et réponses, passant de salle de réunion à salle de réunion, oubliant de boire et de manger à l’heure du repas…
Les deux guides essaient de le suivre tant bien que mal, attendant le moment propice pour lui insuffler le message, en vain.
— Punaise, mais il va arrêter de bouger le bougre ! grommelle Paul. À ce rythme-là, on va y passer la journée pour lui transmettre l’équivalent d’un texto !
Les deux guides échangent un regard.
— Tu penses à ce que je pense ? demande Paul tout sourire.
Ils s’arrangent alors pour que Gérard se retrouve tout seul dans une salle avant une réunion, retardant la collègue qui doit le rejoindre.
Gérard allume son téléphone par automatisme, assombrissant encore un peu plus le nuage au-dessus de sa tête.
Paul refait son petit geste de la main, déclenchant un râle de frustration de la part de Gérard…
— Comment ça « Cet appareil doit redémarrer maintenant » ?! s’énerve-t-il. Mais je ne t’ai rien demandé !
Paul sourit à son stagiaire, tandis que le téléphone de Gérard entame un redémarrage particulièrement lent…
— C’est le moment ! s’exclame Paul.
Gérard pose son téléphone sur la table sans ménagement et s’enfonce dans son fauteuil.
L’envie lui prend de fermer les yeux et d’expirer longuement.
Le nuage de pensées chaotique semble commencer à trouver un début d’organisation.
Les pensées commencent à s’aligner et à circuler autrement.
— Mais vous êtes en train de former… un tourbillon ? observe le stagiaire.
— Exactement ! répond Paul toujours concentré.
— Mais pourquoi ne pas lui enlever directement le nuage ? ce serait facile ensuite.
— Ils ont la liberté de choisir leurs pensées, on n’a pas le droit d’interférer avec ça. Mais par contre, influencer la circulation des pensées, ça, on peut ! finit Paul en faisant un clin d’œil à son acolyte.
Le stagiaire fait la moue, peu convaincue de la réponse.
— Mais pourquoi un tourbillon ?
— Regarde bien… surtout au milieu…
Le stagiaire change d’angle de vue sur Gérard. Il observe le tourbillon prendre vraiment forme et créer au centre de ce dernier, une colonne vide de pensées, juste au-dessus de la tête de Gérard !
Le stagiaire regarde Paul le visage tout souriant, comme si on venait de lui faire un tour de magie.
— Et voilà le travail ! annonce fièrement Paul. Ça ne va pas durer longtemps, tu veux lui transmettre le message ?
— Moi ? Vraiment ?
— Vous avez déjà eu le cours sur la transmission des messages, hein ? Alors, vas-y !
Le stagiaire se concentre alors un instant puis dirige son intention sur Gérard.
Ce dernier se détend un peu plus sur son siège. Il prend conscience des tensions dans son corps, ses bras croisés et complètement crispés, sa mâchoire serrée, les chevilles de travers sur le sol lui font mal. Il change de position.
Gérard prend conscience du rythme de son cœur, avec des sensations comme des palpitations.
Une image lui vient, son père, qui courait à 100 à l’heure, lui aussi, exprimant les premiers signes de surmenage, riant des palpitations dans sa poitrine en disant que c’était « l’excitation du travail bien fait ! »… puis sa crise cardiaque quelque mois plus tard…
Gérard revoit la douleur de sa mère à ce moment-là, et toutes les semaines depuis, il l’entend dire qu’elle prie pour son fils.
Le stagiaire frotte ses doigts, comme s’il ajoutait une dernière pincée d’épices à un bouillon quasiment prêt.
Gérard rouvre alors les yeux soudainement.
— Je suis le même chemin que mon père ! s’écrie-t-il haletant.
— Bah Gérard, ça ne va pas ? demande une voix. On dirait que tu as vu un fantôme !
Sa collègue vient de faire irruption dans la salle.
— Euh oui, c’est presque ça, répond-il en essayant de reprendre ses esprits.
Sa collègue lui sourit maladroitement, ne sachant pas quoi faire de cette réponse.
Gérard lui sourit timidement en retour, en plaçant sa main sur son cœur, comme pour mieux intégrer cette prise de conscience.
Les deux guides s’éloignent satisfaits.
— Mission accomplie, annonce Paul. Beau boulot pour un premier jour ! lance-t-il enthousiaste à son stagiaire. On remet ça demain ?!
— Oui, mais que va-t-il se passer maintenant pour lui ? demande le stagiaire en jetant un dernier regard à Gérard, toujours la main sur le cœur.
— Vous avez déjà eu le cours sur le libre arbitre ? demande Paul en souriant. Cela ne dépend que de lui désormais !

Éclaireur
Éclaireur de chemin, j’apporte de la lumière sur notre expérience de vie pour toujours plus de conscience sur nos pensées, sur notre cheminement, sur qui nous sommes vraiment.
(pour en savoir plus sur mon cheminement, lire qui suis-je ?)






J’aime !
Mais que faire lorsqu’on se rend compte que nos guides nous envoient un signe et qu’on ne comprend pas vraiment..
J’ai adoré cette histoire ! ok pour le libre-arbitre mais on croit souvent que nous l’avons sauf qu’on ignore les causes qui nous déterminent (conditionnés que nous sommes depuis la naissance…), il faut un sacré travail sur soi-même (et tes formations sont extrêmement aidantes) pour être « le capitaine de son âme », pour se connaître soi-même. Merci Jean Philippe,