
Maître Paul déambule lentement dans les couloirs du bâtiment des guides célestes, déplaçant lentement la touillette dans sa tasse de café.
— Je croyais que t’avais arrêté le sucre !?
Maître Paul se retourne, surpris, c’est l’archange Raphaël qui sort d’un bureau derrière lui.
— Euh… ben… non en fait, j’ai bien arrêté le sucre mais j’ai gardé l’habitude de touiller, commence-t-il intimidé, ça m’aide à me concentrer pour ma journée !
— Je te taquine, tu fais ce que tu veux, on n’est plus sur Terre, allez, lumineuse journée à toi !
— Oui, lumineuse journée à toi aussi…
Maître Paul s’éloigne soulagé et arrive dans son bureau.
— Mais qu’est-ce que tu fais déjà là ?
Son apprenti se retourne et enlève son casque audio d’une oreille.
— C’est Mélanie, chuchote-t-il, on est en connexion, on a bientôt fini…
Maître Paul va s’asseoir de l’autre côté du bureau, un peu frustré. Déjà qu’il se fait taquiner par Raphaël, et maintenant, son apprenti qui est là avant lui au bureau…
Ce dernier semble absorbé par la connexion, les yeux fermés.
Les minutes passent.
Maître Paul commence à tapoter bruyamment des doigts sur le bureau.
Son apprenti ouvre les yeux lentement, regarde les doigts, puis regarde son maître avant de refermer les yeux.
Maître Paul pousse un bruyant soupir.
Il s’apprête à dire quelque chose quand son apprenti enlève finalement son casque.
— Ah ben enfin ! Que se passe-t-il ?
— On a un problème.
Mélanie rouvre les yeux, les joues humides de larmes.
Elle en a vécu des séparations mais celle-ci lui paraît plus douloureuse que les autres.
Depuis qu’elle s’est intéressée à la spiritualité, sa vie a basculé.
Elle a d’abord mis fin à son mariage, ce fut d’abord une libération, une ouverture immense pour elle et son chemin, comme si beaucoup de lumière était enfin descendue dans sa vie.
Elle la sentait intérieurement.
Puis, ce fut la descente, lente, pénible, douloureuse.
Elle a pratiqué la méditation, des soins, l’hypnose, mais c’est comme si cela ne faisait qu’empirer mois après mois, année après année. Des peurs sont réapparues, des émotions qu’elle pensait avoir libérées sont remontées, son mental s’est remis à tourner en boucle.
Elle a aussi enchaîné les petites et grandes galères. La dernière en date ? Celle de vider urgemment la maison de ses parents, après leur récent décès.
Elle n’en peut plus, alors aujourd’hui, elle a décidé d’arrêter.
Elle a médité une dernière fois, comme pour dire au revoir, comme pour rompre une relation qui ne lui convient plus.
Elle se redresse sur le bord de son lit quand on toque à la porte.
Maître Paul fait les cent pas dans le petit bureau, sous le regard dubitatif de son apprenti.
Ce dernier se met à tapoter ses doigts sur le bureau.
Maître Paul s’arrête de marcher en rond, regarde les doigts, regarde son apprenti qui arrête aussitôt.
— Bon, on n’a peut-être pas été clair dans notre accompagnement, ou bien on n’a pas fait attention à certaines croyances, il faut donc redresser la barre !
— Comment faire maintenant qu’elle ne va plus se connecter à nous à travers la méditation ? s’inquiète l’apprenti.
— On va devoir improviser avec ce qui se passe dans sa vie pour lui faire passer un message. Au travail ! annonce maître Paul en tapant deux fois dans ses mains.
L’apprenti connaît ce geste et pianote sur la tablette spirituelle pour faire apparaître la scène de vie de Mélanie, qui la montre en train d’ouvrir la porte de la maison de ses parents.
— Alors, j’ai apporté des gants parce qu’on ne sait jamais ce qu’on va toucher, un casque pour se protéger la tête et une lampe de poche de compétition que m’a prêtée mon beau-frère, qui est militaire !
— On ne va pas faire de la spéléo, rigole Mélanie, on va vider la cave de mes parents.
— Il fait sombre, humide, et c’est sous terre, pour moi, ça ressemble bien à de la spéléo !
Les deux amies descendent à la cave et allument la petite ampoule qui fait de son mieux pour éclairer l’espace, en vain. Seules quelques caisses sont visibles à proximité.
— Ah tu vois, j’ai bien fait d’apporter une lampe de poche, laisse-moi voir comment l’allumer d’abord.
— C’est bon, j’en ai une aussi, dit Mélanie.
Elle l’allume et éclaire un peu plus loin que les caisses les plus proches. De vieux meubles recouverts de draps apparaissent.
Mélanie s’interrompt un instant, comme perdue dans ses pensées.
— Eh ben, y’en a du bazar, ça n’a pas l’air d’avoir bien vieilli tout ça ! s’exclame son amie.
— Oui, ils avaient tendance à tout garder, de l’inutile à l’encombrant en passant par « c’est cassé mais ça peut servir un jour !« . Et encore on ne voit pas tout, j’ai l’impression, finit-elle en essayant d’orienter sa lampe pour éclairer le fond.
— « On ne jette rien, on ne sait jamais !« , oui je connais. Bon, ne le prends pas mal, mais je vais quand même sortir ma lampe, tu vas voir, ça va éclairer tout ce bazar d’un coup…
Soudain, toute la cave est éclairée jusqu’au fond, mettant en évidence toute l’accumulation de ses parents au cours des dernières décennies.
Mélanie s’interrompt à nouveau.
Elle regarde la lampe de son amie, puis la pièce. Son esprit se vide, des larmes commencent à couler de ses joues.
— Eh, t’en fais pas, je suis là, je vais t’aider ! la rassure son amie.
— Ce n’est pas pour la cave que je pleure, je viens de comprendre quelque chose…
— Vous avez été sacrément rapide, maître ! s’exclame l’apprenti en tapotant sur sa tablette.
Maître Paul s’enfonce dans son fauteuil avec sa tasse de café et croise ses pieds sur le coin du bureau, tout sourire.
— La Vie offre toujours plein d’opportunités de délivrer des messages, il suffit de saisir les occasions et là, c’était juste divin ! Même si elle avait décidé de couper la connexion, une part d’elle restait à l’écoute, mais autrement.
— Je ne comprends pas, tout se passait bien, on arrivait à faire descendre de plus en plus de lumière vers elle à travers sa pratique, que s’est-il passé ?
— C’est du bon sens dans le monde physique, et cela fonctionne de la même manière dans leur monde intérieur. Plus on apporte de la lumière et plus on éclaire les zones d’ombre.
— Et ça peut paraître contre-intuitif pour eux…
— Oui, exactement, répond maître Paul en touillant son café. Alors que ça signifie simplement qu’ils sont sur le bon chemin, et qu’ils sont prêts à les rencontrer pour apporter dans ces espaces la lumière qui a manqué jusqu’ici…
Son apprenti prend quelques notes sur la tablette en silence avant de regarder son maître touiller son café.
— Je croyais que vous aviez arrêté le sucre ?

Éclaireur
Éclaireur de chemin, j’apporte de la lumière sur notre expérience de vie pour toujours plus de conscience sur nos pensées, sur notre cheminement, sur qui nous sommes vraiment.
(pour en savoir plus sur mon cheminement, lire qui suis-je ?)





