Quand le libre arbitre se joue dans un simple abricot

Pascal marche dans la rue, les mains dans les poches, le regard baissé.

Lorsqu’il aperçoit un petit caillou, l’envie le démange de taper dedans avec son pied.

Il prépare son geste, sent déjà sa jambe se contracter puis en croisant une maman et un petit garçon, se retient au dernier moment, poussant à peine le caillou de côté.

Il expire bruyamment dans un mélange de soupir et de grognement.

Pascal aperçoit la devanture d’une épicerie et les fruits en abondance dans les cagettes. Son ventre gargouille et il se met à saliver lorsqu’il commence à sentir les abricots, son fruit préféré.

Il ralentit le pas, saisit un abricot et le regarde intensément.


Dans une autre dimension toute proche, un apprenti et son maître guide spirituel regardent la scène en silence.

— Qu’est-ce qu’il va choisir ?! demande l’apprenti ne supportant plus l’attente.

— Chuuuuut ! Je regarde ! répond Maître Paul.

— Vous croyez qu’il va le prendre et partir sans rien dire ?

— Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ! Arrête de poser des questions et contente-toi de regarder ! répond Maître Paul impatient lui aussi de savoir ce qu’il va se passer.


Le temps semble s’être arrêté.

Pascal regarde toujours l’abricot.

— Ils viennent d’arriver, ils sont mûrs comme il faut ! dit une voix derrière lui.

Un sourire jovial vient d’apparaître sur le pas de la porte de l’épicerie.

— Une prochaine fois peut-être, répond poliment Pascal en reposant l’abricot.

Il s’éloigne en posant une main sur son ventre qui gargouille.


— Vous avez fait quelque chose ?!

— Non, rien du tout.

— Vous êtes sûr ?

— Si j’en suis sûr ? Évidemment que j’en suis sûr ! Nous ne sommes pas des marionnettistes non plus, ils font leur vie, et ils font des choix. Ça s’appelle l’expérience du libre arbitre, ça ne te rappelle rien ?

— Mais là, il a hésité et il s’est fait interrompre, alors était-ce vraiment un choix ?

— Il y a toujours un choix, mais les plus déterminants, c’est quand personne ne regarde. Refais voir le dossier spirituel de notre ami ?

L’apprenti l’ouvre et le tend à son maître.

— Hmmm, c’est bien ce que je pensais, on lui demande de se positionner sur son chemin, il va être invité à faire des choix, quelque chose me dit qu’on va vite être fixé…

— Ok, alors qu’est-ce qu’on fait ? demande l’apprenti, prêt à passer l’action.

— Rien, on RE-GAR-DE !


Pascal sent son estomac se tordre, peut-être aurait-il dû le prendre cet abricot, se dit-il après coup.

Arrivé à un feu, il s’arrête derrière un homme qui attend les mains dans les poches.

Lorsque le feu passe au vert pour traverser, l’homme part au quart de tour en sortant les mains de ses poches, faisant tomber un billet de 20 euros sur le sol.

Pascal se penche pour vérifier ce que c’est et ramasser le billet, alors que l’homme a déjà atteint l’autre côté de la rue.

Pascal reste planté là, le billet entre ses doigts, le temps d’une longue seconde.


— Qu’est-ce qu’il va faire ?!

— Mais regarde, on va bien voir ! répond maître Paul, serrant très fort le dossier entre ses mains.

— Vous ne pouvez rien faire pour l’aider ?!

— Non, c’est à lui de faire un choix, on n’a pas le droit d’intervenir, tant qu’il n’a pas choisi !


Pascal regarde le billet comme s’il venait de trouver un trésor, oubliant complètement l’homme qui s’éloigne. Il le déplie, le défroisse comme pour s’assurer qu’il est bien réel.

Ses pensées s’agitent dans tous les sens. Il imagine des abricots dans ses mains, leur goût dans sa bouche…

Il ferme les yeux comme pour encaisser un coup.

La tension monte dans ses doigts, ses lèvres se crispent, et ses acouphènes sont de plus en plus forts.

— Monsieur !

Ses jambes se sont mises à courir pour rattraper l’homme plus loin.


— Wouhouuuu ! s’écrie l’apprenti en se tournant vers son maître, l’invitant à se taper dans les mains en signe de victoire.

Ce dernier, toujours le dossier dans les mains, tape maladroitement la main de son apprenti.

— Bien ! C’est un petit pas pour Pascal, mais un grand pas pour son âme ! s’exclame-t-il solennellement. Je pense que ça mérite un petit encouragement…


Pascal rumine la situation même si la tension en lui a entièrement disparu.

Une larme apparaît dans le coin de son œil à sa grande surprise et sa poitrine se remplit d’un sentiment de bien-être. Une sensation qu’il n’a pas ressentie depuis un bon moment.

— Mince, j’ai oublié l’enveloppe ! s’exclame Pascal en revenant à lui.

Il rebrousse chemin, traverse le croisement et repasse devant l’épicerie.

— Vous avez changé d’avis ? demande le sourire jovial à son approche.

— Non, désolé, j’ai juste oublié quelque chose chez moi… répond Pascal sans s’arrêter.

— Tenez, prenez un abricot pour la route, ça me fait plaisir !

Pascal s’arrête aussitôt, saisit l’abricot et le regarde.

— Merci, dit-il ému.

Et il sourit.

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5 réflexions au sujet de “Quand le libre arbitre se joue dans un simple abricot”

  1. Bonjour ☺️

    Ça fait plusieurs années que je suis là News Letter, et un moment que je lis ces paraboles aussi … Et c’est vraiment à chaque fois une belle leçon, tourné parfaitement 🙏🏽 merci.
    Merci à TOUTES les personnes qui donnent vie à tout cette belle inspiration de Vie.

    Je vous souhaite le meilleur ❤️

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  2. Bonjour Jean Philippe
    Que faire contre une envie qui va nous satisfaire sur le moment
    Mais va t’ on vraiment savourer cet instant ce gout si merveilleux de
    l’abricot ne va t’il pas avoir un petit
    gout d’amertume une fois déguster
    ouf! Pascal passe la première étape avec succès la deuxième étape au sujet du billet montre que Pascal malgré
    un temps de réflexion choisit de rendre ce billet en fait cette action
    le définit il est juste en accord avec ce qu’il est
    et ce petit abricot que la vie lui offre en retour aura la saveur à la
    hauteur de son geste.
    BON weekend à toi Jean Philippe et MERCI.

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  3. Ce conte est merveilleux, à ceci près que la transposition sur une réalité plus tangible peut avoir des conséquences plus manichéennes.
    J’ai un ami relativement pauvre qui fait les marchés le samedi et le dimanche. Un jour il trouve un portefeuille avec 700 € à l’intérieur et l’identité de la personne. Il appel le propriétaire et lui remet la somme sans que ce dernier sans émeuve plus que cela.
    Depuis, il n’a de cesse de me dire qu’il a fait une ânerie.
    J’ai beau lui dire qu’il a été fidèle à sa morale et son éducation, mais rien n’y fait, il n’arrive toujours pas à s’en remettre.

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    • Bonjour Isabelle, ma gd mère était comme ça, rigoureusement honnête et, à la fin de sa vie, elle trouvait qu’elle avait été bête. Du coup, en grandissant, j’y ai réfléchi : elle attendait un remerciement de la personne concernée et n’avait pas compris que, comme dans le conte de J-Ph c’est notre alignement, notre satisfaction d’avoir agi dans nos valeurs, bref notre FOI qui va nous mettre dans le courant de l’abondance (et le cadeau de l’abricot).

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      • Merci beaucoup Brigitte pour ce retour d’expérience. Je vais moi-même en faire part au principal intéressé qui n’a de cesse d’interroger son entourage sur le sujet 😉
        Car il s’agit bien là d’un alignement face à soi-même.

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