
— Ah, vous êtes là !
Maître Paul sursaute et manque de renverser son café brûlant, tout juste sorti du distributeur de boissons chaudes.
Son apprenti est arrivé derrière lui, sans prévenir, dans la salle de pause des bureaux des guides spirituels.
— Que se passe-t-il ? demande-t-il en soufflant doucement sur son café.
— C’est le dossier de Nicolas, répond l’apprenti en lui montrant la tablette de suivi.
D’un doigt, Maître Paul fait défiler le dossier sur l’écran.
— Eh ben tout a l’air en ordre, cela prend un peu de temps, mais ça suit son cours.
— Et ça ? demande l’apprenti en posant son doigt sur une case précise de la tablette.
— Ça ? répond Maître Paul, il va vite comprendre !
Nicolas transporte des cartons vers la camionnette de déménagement avec son ami Gilles.
— Finalement, je n’ai pas eu beaucoup de choix, c’est le seul qui a accepté mon dossier.
— Il suffit d’un logement, pas de cinquante, si ? le taquine son ami.
— Oui c’est vrai mais j’aurais bien voulu avoir le choix quand même…
— Je suis sûr qu’il est top, allez, tu vas me montrer ça !
Les deux amis montent dans le véhicule et se dirigent vers le nouveau logement de Nicolas. Ce dernier raconte son parcours de six mois pour trouver un logement, les raisons de son déménagement, ses mésaventures et le dénouement.
Ils arrivent enfin et déchargent les premières affaires.
— Viens, je vais d’abord te faire faire le tour !
Nicolas ouvre la porte et entre dans la pièce de vie complètement vide. Il place les affaires dans un coin et pose les mains sur ses hanches.
Les rayons du soleil traversent les fenêtres hautes et éclairent le parquet. Les arbres au loin frémissent sous l’effet d’une brise légère. Il avance un peu dans la pièce et le parquet craque comme pour l’accueillir.
— Ah ben c’est sympa dis donc, interrompt son ami qui passe la porte et dépose, lui aussi, des affaires.
Il regarde autour de lui, passe son doigt sur une petite fissure le long de la fenêtre.
— Bon c’est sûr ça doit te changer du moderne, mais ç’a du charme !
Nicolas acquiesce en silence.
Ils finissent de décharger la camionnette, et retournent au premier logement.
Nicolas s’interrompt au milieu des piles de cartons et des meubles démontés.
Il regarde son ancien appartement au ralenti les mains sur ses hanches. Les murs blancs, le carrelage gris, le bruit du trafic dans la rue passante juste en dessous.
— Eh oui, il y a encore de quoi faire, hein !? s’amuse Gilles.
— Non, ce n’est pas ça, c’est cette impression bizarre… chuchote presque Nicolas. Je ne sais pas.
— Bon ben continue de réfléchir, mais attrape l’autre bout de la table, on a encore quelques trajets qui nous attendent !
Et les trajets s’enchaînent d’un logement à un autre jusqu’au dernier carton à déménager.
C’est maintenant le nouveau logement qui est en pagaille et Nicolas se retrouve les mains sur ses hanches comme au début de la journée.
— C’est très bizarre, j’ai l’impression de me sentir… chez moi ! Comme un air de déjà-vu.
— C’est plutôt bon signe ! répond Gilles en s’effondrant sur une chaise. Je ne t’aurais pas aidé à tout re-déménager en sens inverse !
— En fait, je prends conscience seulement maintenant que dans l’ancien appartemment, je ne me sentais pas vraiment chez moi.
Nicolas s’assoit sur une chaise lui aussi tout en continuant à regarder autour de lui. Il se tourne enfin vers son ami et lui sourit.
— Làààà, vous voyez cher apprenti, tout vient à point à qui sait attendre ! s’exclame fièrement Maître Paul. Et les allers-retours multiples lui ont permis de sentir le contraste entre les deux logements.
— Fatigant oui mais nécessaire pour la prise de conscience… continue l’apprenti.
— Exactement ! Maintenant, il reste la dernière touche finale, mais quelque chose me dit qu’on y est presque… Je vais juste faire un petit…
Maître Paul, sans finir sa phrase, frotte ses doigts délicatement en l’air comme s’il assaisonnait un plat en train de mijoter.
Le soir, Nicolas s’allonge épuisé sur le matelas à même le sol, et parcourt ses notes pour organiser son déménagement.
Spontanément, il tourne les pages pour revenir tout au début, et redécouvre ce qu’il avait écrit six mois plus tôt.
Il relit la phrase à voix haute.
— Je veux un logement dans lequel je me sente chez moi…
Il ferme ses notes, lève les yeux et sourit.

Éclaireur
Éclaireur de chemin, j’apporte de la lumière sur notre expérience de vie pour toujours plus de conscience sur nos pensées, sur notre cheminement, sur qui nous sommes vraiment.
(pour en savoir plus sur mon cheminement, lire qui suis-je ?)





