
Martine fait la moue, des larmes séchées sur ses joues.
La pensée de ce matin la laisse un peu sceptique.
« Chevauchez votre Sagesse vers la Victoire » disait la newsletter.
— Bon déjà, la dernière fois que je suis montée à cheval, c’était il y a 40 ans et je suis tombée, alors…
Martine repense à cet épisode de son adolescence où elle était tombée de cheval et sa mère avait refusé qu’elle remonte aussitôt, car elle avait peur qu’elle retombe à nouveau, surtout devant tout ce monde…
Ses pensées vagabondent vers un autre épisode de sa vie, quand elle a tout plaqué suite à son divorce pour changer de travail et de ville et qu’elle s’est retrouvée au chômage 6 mois plus tard.
Les souvenirs s’enchaînent et la paralysent.
Elle n’ose plus prendre de risque désormais.
Martine regarde dans le vide devant son écran…
Le maître guide Paul, les poings sur ses hanches fait lui aussi la moue.
Son stagiaire le regarde d’un air interrogatif, et rompt le silence :
— On dirait qu’elle est repartie dans un tourbillon de pensées, dit-il en pointant du doigt le nuage gris au-dessus de la tête de Martine.
— Oui, je vois bien, mon cher stagiaire, répond Paul, ce n’est pas faute d’essayer de lui envoyer des messages…
— On dirait qu’elle passe à côté, continue le stagiaire, cela a juste re-déclenché un fil de pensées négatives…
Paul lève les yeux au ciel devant l’évidence du commentaire de son apprenti.
Les deux anges restent silencieux, tout en regardant Martine avec compassion face à son ordinateur.
— Bon déjà, sortons-la de son tourbillon de pensées, reprend Paul.
Il fait un geste de sa main et…
La sonnerie du téléphone sort Martine de sa torpeur.
Elle répond immédiatement.
— …Oui, oui, pas de souci, je suis en route !
Le coup de fil marque le début de la course effrénée de cette nouvelle journée pour Martine.
Un rapide passage chez sa mère pour s’assurer que tout va bien, le travail, un rendez-vous médical et la journée est déjà terminée pour Martine. Quand elle rentre, elle découvre un frigo presque vide. Elle a fait des courses pour sa mère mais pas pour elle… Une soirée de paperasse l’attend.
Les journées se suivent et se ressemblent, les semaines défilent, les saisons aussi.
Elle n’a même plus le temps de lire des livres qui l’inspirent, trop pressée le matin, trop fatiguée le soir.
Elle a envie de changement mais se sent paralysée, bloquée, oppressée.
Debout dans la cuisine, Martine sent tout son corps se contracter soudainement mais vite ! Elle se dirige vers l’ordinateur pour se changer les idées…
Elle allume l’écran et retombe sur la pensée du matin :
— Chevauchez votre sagesse vers la Victoire… Comment chevaucher ma sagesse, quand je suis déjà au bord du précipice ?!
Martine, prise d’une soudaine fatigue, va se coucher.
Elle enlève ses lunettes et les pose sur sa table de chevet.
Elle voit les livres qu’elle a envie de lire sur le rebord.
Martine les regarde juste un instant mais ses yeux commencent déjà se fermer.
Elle appréhende déjà le réveil et ses larmes matinales qu’elle n’arrive pas à prévenir.
— Aidez-moi, lâche-t-elle dans un soupir.
Elle éteint la lumière.
— Bon, dit Paul en s’adressant à son stagiaire, tu as déjà fait le cours sur les rêves inspirés ?
— Euh pas que je sache, répond-il timidement.
— Alors observe bien, nous allons lui offrir un rêve épique ! s’exclame Paul en faisant craquer ses doigts.
Tel un chef d’orchestre, il ferme légèrement les yeux et commence à agiter ses mains au-dessus du lit de Martine.
Les rênes en main, Martine est au galop sur son cheval.
Une foule immense entoure la carrière.
Elle aperçoit l’obstacle plusieurs dizaines de mètres plus loin quand l’image de sa mère lui faisant signe d’arrêter, apparaît devant elle.
Martine hésite un instant puis fonce à travers l’image de sa mère qui disparaît aussitôt.
L’obstacle se rapproche et Martine se prépare.
Le cheval fait sa dernière foulée avant de sauter presque au ralenti.
Martine atterrit saine et sauve de l’autre côté sous les applaudissements du public.
Martine sourit.
— Ah c’est bien ça, vous lui avez fait traverser sa peur, c’est ça ? demande le stagiaire.
— Chuuuuut, je n’ai pas fini ! répond Paul sur un ton sec.
La couleur du cheval de Martine a changé, la carrière a disparu mais elle chevauche sa monture à vive allure.
Une tension parcourt son corps.
Elle se sent poursuivie et veut s’échapper.
Elle accélère l’allure et se dirige vers le haut d’une colline.
Martine s’agrippe à son cheval, n’osant pas regarder derrière elle.
Arrivée quasiment au sommet de la colline, elle découvre avec stupeur qu’elle s’approche d’un énorme précipice, impossible à sauter.
Martine est paralysée mais le cheval continue sa course avec une force et une confiance absolue.
N’osant affronter ce qui la poursuit, elle s’agrippe encore plus à ses rênes, et à quelques mètres du bord, s’élance dans le vide…
— Oh ouah trop bien, un saut dans le vide, c’est un peu le saut de la foi ! s’enthousiasme le stagiaire.
— Mais punaise, tu vas te taire, je n’ai toujours pas fini ! l’interrompt Paul.
— Ah pardon, c’est que… c’est tellement…, s’excuse le stagiaire en se retournant à nouveau vers le rêve.
Paul soupire puis continue sa performance de directeur de rêve…
Martine avait fermé les yeux au moment du saut.
Pas par peur.
Mais parce qu’elle était en paix à l’intérieur.
C’était le chemin.
Elle le savait.
Le souffle léger du vent sur son visage l’invite à rouvrir les yeux.
Elle découvre avec joie que son cheval a des ailes et vole avec élégance vers l’autre côté du précipice.
Il atterrit enfin en douceur et s’arrête, repliant ses ailes avant de brouter un peu d’herbe.
La sensation d’être poursuivie a disparu chez Martine.
La tension à l’intérieur s’est évaporée également.
Martine descend de son cheval et le caresse pour le remercier.
Elle prend les rênes et se met à marcher.
— Et voilà le travail ! s’avance le stagiaire en levant la main pour faire un high five à son maître.
— Attendons de voir son réveil, répond ce dernier en ignorant son geste.
Martine s’éveille doucement et reprend ses esprits.
Elle se relève, se rappelant quelques bribes de son rêve.
Et elle sourit.

Éclaireur
Éclaireur de chemin, j’apporte de la lumière sur notre expérience de vie pour toujours plus de conscience sur nos pensées, sur notre cheminement, sur qui nous sommes vraiment.
(pour en savoir plus sur mon cheminement, lire qui suis-je ?)






Je pleure submergée par la justesse de l’ instant saisi en plein vol du flot de émotions.
Merci.
Encore .
Avec tendresse, merci.
Bonjour Jean Philippe
merci pour cette merveilleuse histoire cela peux paraitre
puéril mais je crois aux anges .devant la fenêtre de ma chambre
j’avais un abricotier ou plusieurs tourterelles venaient se poser
au moment ou j’allais me reposer en début d’après midi en compagnie
de ma petite chatte Prune bien malade et je lui disais nos anges gardiens sont là .
Ma petite Prune est partie les rejoindre mais mes tourterelles sont
toujours présentes .
Magnifique Jean Philippe ! un grand MERCI !!! et 100% naturel… bravo ! cette histoire me fait réfléchir sur mon cas…
Merci, belle histoire, t’es histoires me donnent de la joie et de l’espoir.
Merci Jean-Philippe pour ce très beau récit.
Il nous touche d’autant plus qu’il est beau dans sa forme, dans son style et parcequ’il colle parfaitement à notre réalité.