L’art subtil des synchronicités

— Alors qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ? demande le maître-guide Paul en s’étirant les bras et en faisant craquer son dos.

Le jeune stagiaire est en train de chercher dans un immense classeur.

— Attendez, je dois retrouver le programme du cours… répond-il.

— Non, laisse tomber, on va faire simple ! interrompt Paul. T’as fait quoi cette semaine en classe ?

— On a vu les syn-chro-ci-ni-tés, balbutie le stagiaire.

— Synchro-NI-cités, reprend Paul. Bon, alors quelle est la première chose à laquelle il faut faire attention lorsqu’on manifeste des synchronicités pour les personnes que l’on accompagne ? demande Paul en adoptant un ton éducatif.

Le stagiaire le regarde un instant, les yeux ronds, ne s’attendant pas à cette question puis se jette sur son classeur. Il tourne frénétiquement les pages à la recherche d’une réponse.

Paul le regarde faire un instant et tend la main :

— Attends, je vais t’aider, fais voir ton classeur !

Le stagiaire le lui tend, soulagé.

Paul attrape le classeur d’une main et le fait disparaître d’un claquement de doigt, sous le regard paniqué du stagiaire.

— Je te le rendrai à la fin, dit-il pour le rassurer. On revient ici et maintenant, à l’expérience, ok ?! On n’est pas là pour bachoter, on est là pour pratiquer. Alors, je reformule ma question, quel est l’un des principes essentiels d’accompagnement pour les guides ?

Le stagiaire reste figé et muet.

— Est-ce qu’on accompagne ces âmes terrestres avec roulements de tambours, concert de trompettes et grands projecteurs de lumières célestes ? reprend Paul.

— Euh non, bien sûr que non, répond le stagiaire avec un début de sourire.

— Bien et pourquoi ? demande Paul.

— On doit être discret, commence le stagiaire, les âmes ne doivent pas se douter qu’on les aide !

— Exactement ! Et pourquoi donc ?

— Parce qu’elles ont leur libre arbitre ! sort de but en blanc le stagiaire, emporté par son propre enthousiasme de connaître la réponse.

— Bingo ! C’est mieux si elles croient que ça vient d’elles, sinon on se heurte à des résistances, des pensées, des croyances, et on peut mettre des plombes à changer tout ça !

— Oui ok, donc on intervient un peu en mode « ninja » quoi ! dit le stagiaire en simulant une position d’art martial.

— J’aurais dit qu’on intervient « subtilement » mais « ninja » ça marche aussi, répond Paul blasé, en sortant son smartphone spirituel. Bien ! Notre candidate du jour est Hélène ! Elle a perdu un fils, Mathieu, dans un accident quand il avait la vingtaine. Elle a ainsi fait l’expérience du deuil, elle a été un pilier pour sa famille pour guérir ses proches de différentes blessures liées au deuil. C’était son initiation majeure.

Paul continue à faire défiler les informations sur son smartphone. Il continue :

— Elle a désormais tout ce qu’il faut pour aider les personnes à traverser le deuil, mais elle ne se met pas en route et on commence à avoir une multitude d’âmes qui l’attendent sur son chemin. Ça commence à urger ! On a donc mission d’intervenir pour lui faire comprendre qu’elle doit à présent aider plus largement les personnes en deuil. Allez, on est parti !

Le stagiaire hoche la tête et suit son maître-guide pour se rapprocher du plan terrestre.

Ils aperçoivent rapidement Hélène, en pleine discussion avec sa nièce autour d’un café.

— On va commencer par une manière simple, annonce Paul, sa nièce est en plus très réceptive, profitons-en !

Il frotte légèrement ses doigts et de petites paillettes de lumière tombent au-dessus de la tête de la nièce avant de disparaître.

La nièce lève légèrement les yeux au ciel à ce moment-là, tout droit en direction des anges.

Le stagiaire a un mouvement de recul.

— Elle peut nous voir ?! demande-t-il.

— C’est rare, répond Paul sans bouger, mais ils sentent souvent inconsciemment notre présence lorsqu’on leur transmet des messages et regardent dans notre direction par automatisme intuitif. Comme quand tu tournes la tête vers quelqu’un quand il te parle.

— Tu sais, je ne t’ai jamais remerciée véritablement, commence la nièce. Je… je n’osais pas trop aborder le sujet avec toi, parce que je sais à quel point cela avait été difficile de perdre Mathieu pour toi. Mais tu avais été présente pour moi, on avait beaucoup parlé, et c’est comme si au fur et à mesure des semaines qui avaient suivi l’accident, tu m’avais aidée à lâcher un fardeau. J’ai pu traverser ce deuil avec beaucoup de sérénité, et je t’en remercie.

— Oh merci beaucoup, répond Hélène émue, je suis ravie d’avoir pu t’aider ainsi. C’était dur pour tout le monde dans la famille, tu sais, mais je crois qu’on s’en est plutôt bien sorti.

— C’est grâce à toi ! s’exclame sa nièce avec de l’intensité dans la voix. Je suis désolée, je vais devoir retourner au travail, termine-t-elle en regardant son téléphone.

— Oui, je comprends, merci pour le café, dit Hélène un peu déçue, je vais retourner à ma vie de retraitée…

Paul surveille son smartphone et fait la moue.

— Pas de prise de conscience, annonce-t-il froidement, le cœur est touché, mais pas de réalisation.

— Qu’est-ce qu’on fait ? demande le stagiaire.

— Et bien, on continue, pardi ! Ça marche rarement du premier coup, tu sais, il faut essayer un autre angle.

Les acolytes suivent Hélène qui a quitté le café et qui marche dans la rue désormais.

Tandis que Paul est en quête d’inspiration, le stagiaire lui fait un signe :

— Là-bas ! Regardez, maître !

Paul sourit.

— Bien vu, c’est notre chance ! dit Paul en fermant un instant les yeux pour faire un geste de la main.

Hélène regarde distraitement les vitrines jusqu’à ce qu’elle tombe sur une entreprise de pompes funèbres.

La porte s’ouvre sur un couple en larmes qui sort à ce moment-là. Hélène reconnaît la douleur du deuil récent.

Une personne de l’entreprise les raccompagne jusqu’à la porte et aperçoit Hélène porter un regard compatissant vers le couple.

— Je ne sais jamais trop comment les aider, dit l’homme.

— C’est difficile de prendre des décisions dans ces moments-là, répond Hélène. Beaucoup de choses à gérer et peu de temps pour ses propres émotions.

— Oui, je pense qu’il y aurait vraiment besoin de personnes bienveillantes qui accompagnent les familles endeuillées, termine-t-il avant de rentrer dans le magasin.

Hélène reste là, un instant, en silence, comme s’il y avait quelque chose à comprendre.

Paul scrute son écran de smartphone tandis que son stagiaire essaie de regarder lui aussi.

— Toujours rien ? demande-t-il impatient.

— Hmm, ça fait son chemin, mais on n’y est toujours pas ! dit Paul. Va peut-être falloir être plus direct pour que ça percute ! Il faut qu’on se dépêche !

Paul regarde un peu plus loin et fait un geste de la main juste au moment où Hélène allait traverser la rue.

Elle tourne la tête vers la droite et découvre le couple qui s’apprête à monter dans leur voiture. Elle aperçoit un objet par terre qu’ils semblent avoir fait tomber derrière eux.

Elle accélère le pas, ramasse une photo encadrée et lève la tête vers le couple qui s’est déjà retourné vers elle.

— Vous avez fait tomber ça… dit-elle.


— Et depuis, je les vois tous les jours, on prend généralement le café ensemble, raconte Hélène, avec un enthousiasme non dissimulé.

— Dis donc, ça a l’air de te plaire ! la taquine sa nièce.

— Oh ? mince, ça ne devrait pas me réjouir comme ça, reprend Hélène, j’ai honte…

— Mais non, au contraire ! lui rétorque sa nièce, ça veut dire que tu les aides beaucoup, que c’est ton chemin !

Hélène sourit car elle le sait intérieurement désormais.

Le maître guide Paul et son stagiaire regardent le smartphone.

— Ça y est, la prise de conscience est clairement intégrée ! annonce Paul. Je voulais enfoncer le clou avec sa nièce, juste au cas où. Cela aura pris un peu de temps, mais on y est arrivé ! Elle est bien sur son chemin dorénavant.

— On a terminé avec elle du coup ? demande le stagiaire.

— Tout ce qu’il nous reste à faire, c’est de donner le feu vert pour dire aux âmes en attente qu’Hélène est disponible. Elle va avoir de quoi s’occuper ! finit Paul, satisfait.

— Donc je peux récupérer mon classeur maintenant ?

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2 réflexions au sujet de “L’art subtil des synchronicités”

  1. Bonjour,
    Les larmes coulent …je suis quasi toujours touchée quand je me  » pause » pour recevoir vos cadeaux.
    J’ apprends à me percevoir, à reconnaître ll’ enjeu et l’ effet ( pouvoir?) de mon etre , de la lumière de mon cœur et de l’ union des cœurs étincelles.
    Merci, Simplement, sincèrement.

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