La petite fille aux cheveux verts

Ses orteils gigotent au dessus du vide.

Elle se tient debout, sur le rebord du monde, le visage fermé.

Les battements de son cœur s’accélèrent.

Elle serre fort sa peluche contre elle et lui dit gentiment : « Ça va aller. »

Devant elle, le vide sidéral, infini, à la fois magnifique et vertigineux.

Son chemin l’a menée jusqu’à cet instant précis, cet endroit précis.

Elle hésite.

Comme un appel, une brise fait passer une mèche de ses cheveux rouges vif devant ses yeux.

Elle la regarde tristement, fronce les sourcils et la rabat derrière l’oreille.

Elle ferme les yeux.

Sa main libre s’ouvre pour la donner à un ami invisible.

Elle s’élance …


Elle ne sait pas si elle chute, si elle flotte ou si elle vole.

Juste une sensation de plongeon.

Plusieurs fois, elle ferme et rouvre les yeux.

Son corps commence à s’agiter sans raison.

Des points de douleur vont et viennent.

Le rouge de ses cheveux s’intensifie.

Les sensations évoluent partout dans son corps.

La tension augmente, à l’intérieur, à l’extérieur, à mesure qu’elle se rapproche d’un gigantesque nuage d’orage sombre, grondant, vibrant, vivant.

Pas de doute pour la petite fille aux cheveux rouges, elle se dirige droit vers lui !

Tantôt, des pulsions lumineuses le font exploser dans une direction ou dans une autre, tantôt, avec le tonnerre, il se contracte sur lui-même, comme un gamin mécontent qui croise les bras.

Son corps réagit au rythme de l’orage.

Chaque éclair semble électrifier son corps.

Chaque coup de tonnerre fait flamboyer ses cheveux.

Elle se rapproche, inéluctablement.

Elle serre encore plus fort sa peluche et retient son souffle.

Elle plonge dans le nuage menaçant.


La petite fille tournoie sur elle-même, secouée dans tous les sens, manquant à plusieurs reprises de lâcher sa peluche.

Elle essaie de résister, en vain.

Son visage grimace au rythme des pulsations : le nez se fronce, les joues se gonflent, la langue sort, les yeux sont prêts à sortir de leur orbite, …

Tantôt, elle montre les dents comme pour mordre, tantôt elle ouvre grand la bouche comme pour avaler le nuage.

Ses jambes, ses bras mains s’agitent violemment.

Tout son corps se tord à chaque éclair, contractant brutalement les muscles puis les relâchant.

Sa chevelure rouge pulse, explorant toutes les nuances du jaune au pourpre.

Elle se met à crier mais ce sont les coups de tonnerre qu’elle entend, puissants, incessants.

Tout son corps semble grandir pour absorber le nuage.

Ou bien le nuage se contracte pour remplir son corps, elle ne sait plus.

Bientôt, elle devient l’orage, et l’orage devient la petite fille.

La pression est désormais insoutenable, la panique la gagne.

Elle ferme les yeux.

Et c’est le choc.


Le temps s’est arrêté.

Un interrupteur qu’on éteint.

Une implosion silencieuse, indolore, invisible.

Son corps semble s’être rempli du vide sidéral.

Comme si la vie avait quitté la petite fille l’espace d’un instant.

Un relâchement intense parcourt ses muscles épuisés.

Les crispations du visage se dissipent.

Les dernières tensions disparaissent.

La respiration est ample et calme.

Des larmes de soulagement coulent le long de ses joues.

Une sérénité nouvelle l’envahit.

Elle se sent flotter, en sécurité, comme de retour dans le ventre de sa mère.

La petite fille rouvre les yeux.

Elle essuie les larmes sur son visage.

Elle se relève, la peluche à la main.

Elle ramène sa chevelure sur son épaule, contemple ses beaux cheveux vert émeraude avec un soupir de satisfaction et sourit.

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6 commentaires

  1. vos textes sont toujours aussi magnifiques et poignant d’émotions, merci pour vos partages et votre inspiration qui nous élève et nous inspire à notre tour

  2. Moi j’ai été bouleversée tellement dans l’attente mais je n’ai rien compris. Quel était ce plongeon ? Quelle était l’importance de cette couleur de cheveux ? Par où est passée cette enfant ? Et cette renaissance ? Désolée !

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