Quand ton mental te convainc — et que ton âme résiste

— Tu te mens à toi-même ! s’emporte-t-elle en quittant la pièce pour aller dans la chambre.

Cédric reste là, planté, les mains sur les hanches.

Il sursaute quand la porte claque.

Il se tient le front pour essayer de faire disparaître son mal de tête.

— Comment peut-on se mentir à soi-même ? En voilà une drôle d’histoire ! Ce poste à Paris, c’est la suite logique pour ma carrière !


Maître Paul a les bras croisés en observant la scène.

— Vous faites la même tête que lui, observe son apprenti, regardant tour à tour Cédric et son maître.

— Non, mais regarde-moi ses pensées, elles ont créé une véritable forteresse mentale impénétrable ! J’en ai vu dans ma carrière pourtant ! Y’a pas à dire, ces dernières décennies terrestres, ils ont laissé le mental prendre le dessus !

— Mais vous dites toujours que le mental est un outil très utile ?!

— Ça l’est, mais si tu lui laisses trop de liberté, il peut faire n’importe quoi et se bloquer lui-même. Un peu comme un gars qui repeint le sol d’une pièce et qui se retrouve bloqué dans un coin sans issue ! Il continue même à peindre tellement il n’a pas conscience qu’il se bloque de plus en plus !

Maître Paul regarde son apprenti.

— Tu n’as jamais fait de peinture dans une de tes vies, c’est ça ?

— A vrai dire, je ne me rappelle pas la moitié d’entre elles.

— Bon… tu comprends l’idée ! Mental, bon serviteur mais très mauvais maître ! Le maître c’est qui ?

— C’est… vous ?

Maître Paul se tient le front en poussant un long soupir.

— Le cœur, mon cher apprenti, le cœur…


Cédric est en « call » avec les équipes parisiennes, une réunion virtuelle comme il en a l’habitude, par écran interposé, dans laquelle il discute des préparatifs pour sa promotion.

— De toute façon, tu seras en contact journalier avec l’équipe de province…

Cédric hoche la tête par automatisme mais dans sa tête, les choses ont de moins en moins de sens.

— Tu auras un petit studio, à 40-45 minutes de métro à peine, et comme ça tu seras présent au siège la semaine et tu pourras rentrer le weekend.

— 45 minutes de métro ? s’exclame Cédric spontanément.

— Oh oui, tu sais c’est la moyenne, ici la plupart d’entre nous avons plutôt entre 50 minutes et une heure de transport pour venir au siège de l’entreprise !

Cédric travaille actuellement en province à 10 minutes de vélo de chez lui. On lui propose un poste à Paris avec 1h30 de transport tous les jours. Et depuis Paris, il va devoir gérer l’équipe qui se trouve… en province, à côté de lui en ce moment même.

La réunion se termine avec un mal de tête.

— T’as peur qu’on te prenne ton stylo ?! lui envoie Xavier en passant vite fait devant son bureau.

Cédric le regarde rire en s’éloignant puis regarde son stylo serré fort entre ses mains.


— Vous faites monter la pression c’est ça ? demande l’apprenti.

— Ah non, là, je ne fais rien du tout, c’est son âme qui essaie de lui faire comprendre que quelque chose cloche, mais sans passer par sa tête. Cédric est brillant et c’est bien là le problème.

— Il est trop intelligent ?

— Il se repose trop sur son mental et une certaine forme de logique. Toute sa vie professionnelle, on lui a dit qu’aller travailler à Paris c’était un aboutissement, la marque d’un accomplissement, l’évolution « logique ». Mais la réalité vient confronter cette logique. Elle vient attaquer la forteresse !

— Et c’est pour ça qu’il a mal à la tête, la forteresse est assiégée !

— Oui…, répond sobrement Maître Paul agréablement surpris. C’est exactement ça !

— Bon et donc que fait-on maintenant ?

— Ma stratégie préférée !

Maître Paul marque une pause pour ménager son effet.

— Ne rien faire !

— Ne rien faire ?

— Son âme a pris la main pour le réveiller, on va suivre ça !


Cédric regarde son réveil pour la 37ᵉ fois. 2h38.

Il n’arrive pas à dormir, son cerveau lui rappelle son ordinateur quand il commence à « souffler » bruyamment quand il lui demande une tâche compliquée. Il a l’impression qu’il va décoller !

Cédric se lève laborieusement, il a l’impression d’avoir couru un marathon la veille, même s’il n’a jamais couru de marathon.

Il boit un peu d’eau en regardant par la fenêtre. La lune éclaire les arbres au loin, une légère brise fait bouger lentement les branches.

Il retourne se coucher et finit par s’endormir.

— Cédric ! Cédric !

Cédric se relève en sueur, à bout de souffle.

— Tu t’es mis à marmonner puis à bouger dans tous les sens, je me suis inquiétée ! lui dit sa copine en posant sa main sur sa poitrine. Ton cœur bat à toute vitesse ! Est-ce que ça va ?!

Cédric n’arrive pas à aligner trois mots.

— C’est le boulot ? demande sa copine en retournant de son côté du lit.

Cédric hoche la tête avec hésitation.

— Cédric, je te connais, tu vas être malheureux à Paris, t’as besoin d’air, de tranquillité, d’aller prendre un café avec tes équipes et de piquer-niquer le midi avec elles pour refaire le monde. Pourquoi tu tiens tant à ce poste à Paris ?

— Je… je ne sais pas… je ne comprends pas ce qui m’arrive…

Des larmes commencent à couler le long de ses joues.

Sa copine le prend dans ses bras.

— Je ne veux pas y aller… dit-il dans un sanglot.


— Bon, ben la forteresse a finalement cédé.

— Oui, je m’attendais à un peu plus de résistance également, je suis presque déçu ! rigole Maître Paul. Bien des fois, l’âme doit aller jusqu’à la maladie pour se faire entendre. Brrrr… Rien que d’y penser…

— Vous avez connu ça dans l’une de vos vies ?

— Je préfère ne pas en parler…

— Mais pourquoi ils n’écoutent pas plus tôt ?! On voyait dès le début que ça n’avait aucun sens !

— C’est toujours clair pour les autres qui voient la pièce que tu es en train de peindre et que tu es bloqué. Mais pour soi-même, le nez sur le pinceau, c’est plus facile de croire que tout va bien.

Ils échangent un sourire de compassion.

— Heureusement, les mensonges à soi-même finissent toujours par se heurter au mur de la réalité, et on finit par devoir marcher sur la peinture !

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2 réflexions au sujet de “Quand ton mental te convainc — et que ton âme résiste”

  1. Bonjour Jean Philippe ,
    Je te remercie pour tes envois de pensées et contes qui me cueillent toujours avec une synchronisation avec le vécu du moment……comme cette situation de changement professionnelle qui crée une petite révolution en Cedric sur ses choix et sur leurs conséquences…..
    Sur l engagement que nous prenons avant de nous incarner et sur les choix tout au long de notre vie terrestre avec des situations très différentes et qui dépendent d ou nous prenons ces choix es cecsue c edt essentiellekrjt notre mental qui nous guide sans tenir compte de notre Ame …..et es ce que nous sommes vraiment libres de nos conditionnements en prenant ces décisions ……
    Es ce que nous nous respectons dans nos engagements quels qu ils soient
    Ou es ce que nous respectons nos croyances liees à nos expériences qui nous montrent la situation avec un filtre qui dénature notre vision de cette situation et l engagement que nous allons prendre……

    Savoir dire non devant une situation qui a peut etre fait l objet d un désir de réalisation durant toute une tranche de Vie et soudain se retrouver face à cette opportunité tant souhaitée mais avec laquelle nous ne sommes pkus en synchronicite …….
    Et oser dire non ……tout simplement
    Pour respecter sa Nature profonde .
    Dans cette situation professionnelle Cedric apres avoir verbalisé qu il n a pas le souhait d’aller à Paris va relâcher cette pression énorme qu il s est mis sur les épaules et renoncer au prestige de ce Poste à Paris ….

    Merci éncore Jean Philippe pour tes partages et ta présence quotidienne à mon cotes pour que chacun de nous soit egalement present à sa lumiere et la fasse rayonner selon son prisme.
    🌺☀️

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  2. Bonjour Jean Philippe
    Quel bonheur de lire tes histoires eh oui! pas facile de trouver l’équilibre entre le mental
    et le coeur dans cette vie ou tout s’accélère nous ne nous donnons plus le temps de nous écouter
    être bon avec soi permet d’être bon avec les autres ,se respecter permet de respecter les autres
    attardons nous à ce que nous ressentons et non à représenter un être dont les chaussures soient trop grandes
    ou trop petites pour lui.

    j

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