
— Et voilà notre occupation du jour !
Maître Paul dépose lourdement une pile de courriers sur le bureau, faisant sursauter son apprenti guide.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Ce sont les prières à traiter, on a pris du retard… annonce Maître Paul en faisant la grimace.
— « ON » a pris du retard ?
— Oui bon ça va, J’AI complètement zappé les prières, on était tellement sur le terrain, que j’en ai oublié les prières, on ne peut pas être au four et au moulin ! Mais tu vas m’aider ! Tu vas voir, ça va aller…
— Ai-je le choix… murmure l’apprenti en prenant un premier courrier.
Il commence à le lire pendant que maître Paul prend lui aussi une enveloppe alors qu’il s’assoit et pose ses pieds sur le bureau.
Chers anges gardiens, merci de bien vouloir faire en sorte que mon fils décroche ce poste qu’il convoite tant, ça lui donnerait tellement confiance, et ça le ferait rester près de chez moi, je pourrais continuer à le voir…
— Ok, donc là, vous faites votre petit geste magique de la main et hop, il décroche le poste, et sa mère sera contente, c’est ça ? demande l’apprenti d’une traite, déjà prêt à prendre un autre courrier.
— Ça ne marche pas comme ça, nous ne sommes pas des génies qui exaucent des vœux à l’emporte-pièce ! On doit faire quelques vérifications d’abord…
— Des vérifications ? du genre… ?
— Est-ce que c’est aligné sur le chemin de vie de son fils par exemple ? Ça peut être pas mal non ?
— Ah… ok… vous êtes sûr ? Ça va être laborieux si on le fait pour chaque lettre…
Maître Paul enlève les pieds du bureau, se rapproche et fait mine de réfléchir.
— Tu sais quoi ? Tu as raison, on ne va pas y passer la nuit, on va prendre tous les courriers et on va tout accepter d’un bloc, comme ça on peut retourner sur le terrain et prendre l’air !
— C’est vrai ? s’exclame l’apprenti en se relevant d’un bond de sa chaise.
— Mais bien sûr que non ! interrompt Maître Paul, fier d’avoir fait tomber son apprenti dans le piège.
Il se renfonce dans son fauteuil et repose ses pieds sur le bureau.
— On accepte tout d’un bloc, répète Maître Paul en riant, ce serait tellement facile, mais je ne te raconte pas le bazar ensuite à rattraper… Tu imagines, si à chaque fois que quelqu’un prie pour que quelque chose arrive pour quelqu’un d’autre, on le faisait arriver ? Et le libre arbitre dans tout ça ? Et le chemin de vie ? Et si deux personnes prient pour des résultats opposés pour une troisième personne ? Ça ne peut pas fonctionner ainsi.
L’apprenti reste silencieux un moment, il ouvre alors plusieurs autres courriers et les lit en diagonale.
— Attendez maître, la plupart de ces prières ne peuvent pas fonctionner… On ne va rien pouvoir faire. Ça va aller plus vite que ce que je pensais alors !?
— Pas si vite ! le calme Maître Paul. Autant, on ne peut faire grand-chose sur les demandes concrètes extérieures, autant il y a quelque chose à faire avec l’intention de la personne qui prie.
L’apprenti le regarde en fronçant les sourcils.
— Donne-moi le premier courrier que tu as ouvert, dit Maître Paul en tendant la main. » … que mon fils décroche ce poste qu’il convoite tant, ça lui donnerait tellement confiance…« . En fait, son intention c’est que son fils prenne plus confiance en lui, et ça, c’est une belle vibration qu’on peut transmettre à son fils ! Mais peut-être que c’est justement en ne décrochant PAS ce poste qu’il prendra enfin confiance en lui un peu plus tard. Peut-être que justement son fils a besoin de se galérer un peu plus encore pour aller puiser en lui de nouvelles ressources, pour faire émerger de nouvelles qualités.
Maître Paul marque une pause.
— Ce n’est pas quand tout est facile que l’on découvre ses forces.
L’apprenti hoche la tête. Maître Paul reprend :
— Quoi qu’il en soit, sa mère est attachée à des résultats extérieurs, à un chemin particulier pour son fils. Alors qu’au fond ce qu’elle veut vraiment, ce sont des résultats intérieurs pour son fils, plus de confiance en lui. Même si ça reste encore un résultat particulier, c’est plus détaché de la manière de l’atteindre.
— Je crois que je vois, donc elle aurait pu dire quelque chose comme « Merci d’apporter de la confiance en soi à mon fils » ? suggère l’apprenti.
— Oui c’est mieux, ou bien « merci de l’aider à avancer sur son chemin dans l’amour et la lumière », comme ça aucune chance de se tromper ni d’être déçu avec un quelconque résultat !
— Ce n’est pas un peu passe-partout ça ?
— Pourquoi faire simple quand on peut se compliquer la vie, c’est ça ? « Merci de m’aider à bien m’attacher à un résultat que je ne contrôle pas pour que je sois bien déçu si jamais cela n’arrive pas ! » exagère lourdement maître Paul. Je sais bien qu’on aime bien se prendre la tête sur Terre mais quand même…
— Et pour elle, personnellement ? s’inquiète l’apprenti, parce qu’au fond, elle a besoin que son fils reste près d’elle.
— Encore une fois, c’est s’attacher à un résultat extérieur qu’elle ne contrôle pas. Petit exercice pratique : quelle autre intention pourrait-elle poser et qui la concerne, elle ?
— Hmm… quelque chose comme « Merci de m’aider à trouver la sérénité par rapport au chemin de mon fils » ?
— Voilà, par exemple.
— Ok mais que fait-on maintenant avec sa prière ? s’inquiète l’apprenti. On ne va pas lui renvoyer pour qu’elle revoie sa copie ?
— « Retour à l’envoyeur, demande non conforme » ? Haha, non, bien sûr, mais de toute façon, ce qui compte c’est ce qu’il y a au-delà des mots.
Maître Paul se relève sur la chaise et se retrousse les manches devant la pile de courriers. Son ton change.
— Ce qui compte, c’est que les intentions soient pour le plus grand bien de chacun.
Un silence.
— Ce qui compte surtout, c’est que les prières viennent du cœur…

Éclaireur
Éclaireur de chemin, j’apporte de la lumière sur notre expérience de vie pour toujours plus de conscience sur nos pensées, sur notre cheminement, sur qui nous sommes vraiment.
(pour en savoir plus sur mon cheminement, lire qui suis-je ?)






Suuuperbe Jean-Philippe ! !
Très sympa cette réflexion. Merci pour le partage😊