Et si l’IA nous aidait à évoluer dans le bon sens … malgré elle

2028.

Le contre-mouvement a explosé aussi vite que l’intelligence artificielle – l’IA – s’est développée.

Tout s’est accéléré avec un concert en particulier.

Un chanteur international, devenu un phénomène mondial en quelques mois à peine, a donné un concert dans un stade en Australie.

En plein milieu du concert, un bip discret se diffuse dans tous les hauts-parleurs du stade et c’est la surprise dans le public.

La star continue de jouer de la guitare et de chanter … mais tout ce qui sort de son instrument et de sa bouche sonne faux !

Cela dure une dizaine de secondes avant qu’un nouveau bip se produise et que sa voix et la musique redeviennent harmonieuses.

La nouvelle fait le tour du monde en quelques minutes.

Tout ce que produit cet artiste en concert est en fait corrigé en temps réel par l’IA.

Il ne sait ni chanter, ni jouer d’un instrument.

Même son visage et sa chevelure sont modifiés en temps réel avant d’être affichés sur les écrans.

En tête-à-tête, il est presque méconnaissable.

C’est loin d’être un cas isolé et beaucoup d’artistes connus utilisent ces technologies désormais.

Voire certains artistes n’ont jamais existé …

La déception cède la place à la méfiance et très vite, le public se tourne vers les artistes locaux qui chantent sans micro, sans hauts-parleurs, sans système audio, voire qui ne chantent qu’A capella, de peur que des instruments « intelligents » ne corrigent les musiciens en temps réel.

Tout un pan de l’industrie musicale s’effondre.

Mais ce n’est pas la seule.

L’audiovisuel est touché également, cinéma et télévision subissent le même mouvement.

Les acteurs connus ne savent en fait pas jouer, n’ont pas l’apparence qu’ils affichent à l’écran, voire ils n’existent pas !

L’industrie du divertissement était générée par IA à près de 80%.

Les films et les séries sont même générées et personnalisés automatiquement pour chaque spectateur par les plateformes en ligne, en fonction du profil psychologique construit après des années à avoir collecté des données sur le public : ce qu’ils aiment, ce qu’ils n’aiment pas, leurs réactions et les émotions générées capturées par les caméras et les micros intégrés sur les télévisions et les téléphones.

De même, les liseuses « intelligentes » adaptent le texte de livres en fonction des réactions émotionnelles du lecteur, voire créent à la volée des sagas entières en 30 ou 40 volumes pour maintenir le lecteur sur sa liseuse.

Deux amis qui pensent regarder la même série ont en fait vu des épisodes différents, avec des personnages calibrés sur mesure en fonction de leur personnalité et de leur état émotionnel du moment, pour les faire regarder la série le plus longtemps possible et leur montrer ainsi plus de publicités.

Tandis que certaines personnes s’enferment chez elle pour lire ou regarder 24h/24 leur série construite sur mesure et qui n’ont pas de fin, un contre-mouvement prend de l’ampleur.

Le public revient au livre papier mais surtout, retourne au théâtre.

Les salles sont combles, des théâtres s’improvisent dans les parcs et sur les places des villages à l’heure du marché.

Le public souhaite voir les acteurs en vrais, partager un moment, une même histoire avec leurs amis et leurs familles.

Toute l’imperfection de ces performances parfois improvisées résonnent dans les cœurs des gens.

Car c’est réel.

Les plateformes en ligne sont abandonnées, les cinémas se (re)transforment en théâtres, les pièces les plus classiques sont jouées mais de nouvelles plus inspirantes et plus modernes sont écrites par des scénaristes reconvertis et de nouveaux artistes.

Là aussi une transformation a lieu, mais le phénomène s’étend encore.

Cela fait déjà longtemps que l’actualité n’intéresse plus grand monde : reportages, photos, interviews, ont tous eu leur lot de scandales, de deep fakes, d’impostures grâce à l’IA. Un profond discernement s’est développé chez les gens.

La population revient à l’actualité locale. On ne peut accorder un peu de crédibilité qu’à des informations, vues, vécues, ou rapportées par des personnes de confiance à un niveau local. Un réseau de confiance s’établit de localité en localité avec un accent mis sur les échanges de solution, la recherche de vérité et d’intégrité.

Ce n’est toujours pas parfait, mais c’est plus proche de la réalité.

Un candidat à la présidentielle sorti de nul part, a admis avoir utilisé une oreillette IA qui lui chuchotait ses discours en temps réel en fonction de la réaction des gens, captée par une caméra. Il leur disait ce qu’ils voulaient entendre pour se faire élire. Ce n’est pas nouveau, mais amplifié par l’IA, le phénomène avait pris une toute autre ampleur.

C’est un étudiant – qui a justement utilisé l’IA pour analyser les discours de cet homme politique – qui l’a mis en évidence.

La confiance dans la politique, déjà pas bien haute, s’est effondrée et ce qui importe désormais la population était la politique locale, car ils pouvaient mesurer les paroles et les actes dans la réalité de leur quotidien.

Le monde de l’entreprise n’a pas été épargné par le mouvement.

Ces fameuses oreillettes IA étaient utilisées dans les entretiens d’embauche. Combinées avec des lunettes intelligentes munies de capteurs et de caméras, les interactions étaient réduites à savoir qui allait le mieux manipuler l’autre.

Des entreprises se sont effondrées suite à des erreurs d’embauche, le nombre de burn-out a explosé.

Le manque de sens dans la vie a touché de plus en plus de personnes, très vite.

Tout le monde a commencé à fuir le marché de l’emploi intellectuel devenu trop compétitif avec l’IA, pour revenir à des compétences manuelles ou plus axées sur l’humain.

Ce qui a enfoncé le clou dans cette transition du virtuel au réel, c’est le scandale de la messagerie Ouatsab.

Leur système proposait aux utilisateurs de répondre automatiquement à leurs messages personnels, ceux envoyés par leur famille, leurs amis. Officiellement pour gagner du temps et maintenir le lien.

Cela évitait ainsi soit disant les conflits de famille ou entre amis.

Bien sûr, les utilisateurs pouvaient continuer à répondre eux-mêmes, mais il était devenu impossible de faire la différence entre la personne et l’IA : messages, enregistrements audio et vidéo, et même appels en direct !

Certains pirates ont pu ainsi extorquer de l’argent, en faisant chanter les utilisateurs avec des fausses vidéos et appels en se faisant passer pour un ami ou un membre de la famille. Une simple photo de face pouvait être utilisée pour simuler un appel vidéo complet ! Beaucoup de drames familiaux ont été à déplorer malheureusement.

Une succession d’affaires a ainsi fait exploser la méfiance dans toutes les messageries.

La population ne pouvait plus faire confiance à tout ce qui était virtuel.

Les gens préféraient à nouveau se rencontrer, se voir, échanger de vive voix.

Le virtuel a (re)cédé peu à peu la place au réel.

L’abstrait a laissé plus de place au concret.

Les communautés en ligne ont cédé encore plus la place aux communautés en présentiel.

Le mouvement IA a généré un contre-mouvement humain bien plus puissant.

Un contre-mouvement basé sur le besoin de réel, de vérité, d’humain et de cœur.

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4 réflexions au sujet de “Et si l’IA nous aidait à évoluer dans le bon sens … malgré elle”

  1. c’est vrai qu’il y a toujours deux faces d’une même pièce. cette histoire met du baume au coeur, et pourquoi pas alors. merci Jean Philippe pour ce point de vue original

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  2. Bonsoir Jean Philippe
    Dans notre société il faut toujours plus ,toujours plus vite
    toujours plus loin jusqu’à transgresser les lois les plus élémentaires
    de la vie .L’ia peut nous être utile tout dépend du but de son utilisation
    l’homme est capable du pire ,comme du meilleur
    Restons libres en tout ,restons vivants ,restons vrais
    restons uniques et comme tu le dis Jean Philippe certaines
    personnes reviennent à l’essentiel de la vie et cela donne de l’espoir
    merci .
    .

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  3. très instructif et très encourageant car l’humain et le réel reprend sa place dans nos vies. C’est là tout le paradoxe du genre humain, plus on nous gave d’irréel et d’IA, plus l’humain a besoin de vrai et de palpable. Merci pour ce partage.

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