Une opportunité dans chaque situation

Un tonnerre d’applaudissements.

Bernard n’en croit pas ses oreilles.

C’est tout intimidé qu’il s’approche du centre de la scène.

L’animateur de la conférence l’attend dans un fauteuil et l’invite à s’asseoir.

Bernard salue maladroitement l’audience, vraisemblablement peu habitué à ce genre de situation.

L’animateur applaudit lui aussi chaleureusement et cesse poliment, indiquant à la salle de terminer également.

— Pfiouu, eh ben, Bernard, c’est rare d’avoir autant d’enthousiasme pour un auteur, d’habitude c’est plus pour les acteurs ou les chanteurs ! Mais je vous avoue que je partage moi aussi cet enthousiasme !

— Merci ! merci Jean-René, et merci à toute la salle, je vous avoue que je suis assez ému d’un tel accueil, merci, vraiment, c’est incroyable que chacun ait fait l’effort de venir ! répond Bernard particulièrement gêné. 

Puis il ajoute pour se détourner de cette gêne :

— Et il vaut mieux pour tout le monde que je ne me mette pas à chanter !

Rires dans l’audience.

Le journaliste continue :

— Bernard, vous êtes là pour parler de votre livre, une véritable invitation à la découverte de soi-même, de son propre talent, pour voir sa propre vie autrement. Je pense parler au nom d’un bon nombre de personnes pour dire qu’il s’agit d’un vrai privilège de vous avoir ce soir pour mieux comprendre ce que vous partagez dans ce livre.

— Vous savez, Jean-René, je considère que c’est un privilège que vous me receviez également et je ne dis pas ça par politesse. Je considère que vous êtes un excellent journaliste avec un talent manifeste pour faire le lien entre une salle comme celle-ci et votre invité. Vous créez une sorte de synergie qui fait ressortir l’essence de la rencontre.

Le journaliste est agréablement surpris :

— Vous trouvez ?

— Oui, continue Bernard, c’est pour ça que vous préférez la scène à la radio ou la télévision, vous avez besoin d’une audience pour exprimer pleinement votre talent, n’est-ce pas ?

Le journaliste marque une pause, visiblement pas préparé à ce que la discussion prenne cette tournure.

— Oui, effectivement, maintenant que vous le dites … 

Bernard se tourne vers la salle et demande :

— Qu’en pensez-vous dans la salle ? Vous partagez ce sentiment ?

Des réponses positives fusent de l’audience :

« Oui, c’est exactement ça … »

« Il a raison ! »

« Oui, bravo Jean-René, pour votre travail ! »

Jean-René reste bouche bée quelques instants face au public, agréablement étonné d’avoir ce retour inattendu sur son travail.

— Eh bien, merci pour ce retour, à vous Bernard et à vous cher public, ça me parle et ça me touche particulièrement.

Puis, il reprend professionnellement :

— Alors, j’aimerais commencer par une idée que vous développez dans le livre : chaque situation, aussi banale qu’elle soit peut être l’occasion pour toutes les parties prenantes d’élever leur conscience. Je sais que vous l’expliquez de manière détaillée dans le livre mais peut-être pourriez-vous nous donner un exemple, nous illustrer un peu plus cette idée encore ?

Bernard sourit au journaliste puis à la salle.

— Bien sûr, prenons la situation ici et maintenant. Nous venons d’avoir un échange assez bref mais pertinent, j’ose espérer, sur votre rôle d’animateur, de journaliste. J’ai exprimé ma vérité, mon ressenti sur votre travail, ce qui a résonné pour vous et pour le public. Quand on dit « résonner », souvent cela signifie que des mots ont été posés, peut-être pour la première fois, sur un ressenti. C’est pour cette raison qu’on peut être surpris lorsqu’on est concerné. Cette surprise et ce sentiment que des mots ont été posés sur un ressenti, c’est une marque d’une élévation de conscience – « J’ai pris conscience de mon propre ressenti », finit par dire Bernard en pointant son index vers sa poitrine et en le refaisant remonter vers son front.

Un moment de pause se fait dans la salle, comme pour laisser le temps d’intégrer.

— Maintenant, comme je l’indique, c’est une occasion pour toutes les parties prenantes.

— Oui, tout à fait, accompagne le journaliste.

— Bien, cette salle a quelque chose de particulier, toutes les personnes ici présentes ont aimé un de mes livres, en tout cas, je l’espère …

Rires dans l’audience, Bernard continue :

— … c’est donc que leur contenu a résonné pour eux, avec leurs valeurs, leur vision du monde. C’est donc une occasion merveilleuse pour vous, messieurs, dames », dit-il en désignant le public, « de faire connaissance avec les personnes autour de vous. Non pas, en échangeant votre prénom, votre âge, votre métier, où vous habitez – même si ça peut être un début – mais en partageant ce que vous avez aimé dans le livre, ce qui a résonné par rapport à votre propre expérience, en connectant de manière authentique sur un vécu plutôt qu’en déclinant le contenu d’une carte d’identité ou d’un CV. C’est une occasion parfaite de rencontrer des personnes qui vous ressemblent.

— Je joue un peu l’avocat du diable, dit le journaliste qui profite d’une pause, mais, Bernard, quelle différence avec une rencontre dans un supermarché ?

L’auteur, voyant bien où il veut aller, continue avec un sourire complice :

— Je ne sais pas vous, mais moi au supermarché, je n’ai jamais rencontré personne, chacun est dans sa bulle. De plus, vous allez rencontrer des personnes qui ont besoin de faire leurs courses pour manger notamment. Autrement dit, votre spectre de résonance couvre 100 % des humains ! Mais si vous allez par contre dans un cours de yoga, vous réduisez déjà beaucoup le spectre de résonance et vous y trouverez plus de personnes qui vous ressemblent. Ici dans cette salle, le spectre de résonance est encore plus étroit, donc plus de chances de vous connecter à des personnes qui partagent votre vision du monde !

— Du coup, enchaîne le journaliste, enthousiaste, en s’adressant à la salle, je vous proposerai à la fin de cette conférence de prendre un moment pour faire connaissance entre vous, pour créer du lien, pour créer du sens, peut-être ? termine-t-il en se tournant à nouveau vers Bernard.

— Oui, exactement, créer du sens à cette rencontre, transformer cette opportunité en une occasion d’élever nos consciences. Je ne serai pas surpris que de belles amitiés se lient aujourd’hui, ici même dans cette salle. Et on peut aller plus loin, chacun d’entre nous.

— Ah oui comment cela ?

— Le prochain niveau c’est d’être créateur de ce genre d’opportunités. C’est de se reconnecter à la question « Qui suis-je ? », « qu’est-ce qui résonne pour moi ? », et de créer l’opportunité de rentrer en résonance avec d’autres personnes. Chacun peut être acteur et créateur. J’aime beaucoup cette citation du Dalaï-lama :

« Si vous avez l’impression que vous êtes trop petit pour changer quelque chose, essayez donc de dormir avec un moustique. Vous verrez lequel des deux empêche l’autre de dormir. »

Le journaliste sourit. Applaudissements dans la salle.

— Et vous, Bernard, continue-t-il, vous êtes aussi partie prenante de cette situation, quelle serait votre prise de conscience, ici et maintenant ?

Bernard fait une pause, comme pour préparer sa réponse.

— Ecoutez, Jean-René, c’est pour ça que c’est un privilège pour moi également d’être ici. En arrivant sur scène devant toutes ces personnes, j’étais ému. Un peu intimidé certes, mais surtout ému. Avant d’écrire des livres, j’ai longtemps cru que les mots pouvaient seulement séparer, diviser, blesser des personnes ou détruire des vies. Mais je crois, qu’en entrant ici ce soir, j’ai vraiment compris, non plus seulement dans ma tête, mais dans tout mon être, que les mots pouvaient unir, réunir, guérir et élever les consciences. Juste parce que j’ai écrit quelques mots avec un papier et un crayon, c’est plusieurs centaines de personnes qui se retrouvent ce soir pour partager un moment, se découvrir et rencontrer des personnes qui leur ressemblent.

Et il conclut :

— J’ai simplement suivi ce que mon cœur voulait, écrire. Mais je n’aurais jamais pensé qu’une action aussi simple pourrait avoir un tel impact !

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