Le sauveur de la tribu

La tribu était réunie autour du feu, raconta Milia.

Ses membres jouaient de la musique, chantaient, dansaient.

D’autres encore discutaient autour du repas mais chacun voulait pouvoir serrer la main, sinon prendre dans ses bras Geruvio.

Cet homme était encore inconnu de la tribu il y a une pleine lune à peine, mais elle lui était redevable à vie.


Cela avait été une nuit terrible.

La tempête avait fait rage, les éléments s’étaient déchaînés au-delà de toute mesure.

De mémoire d’homme, personne n’avait connu cela et la situation empirait d’heure en heure.

La tribu commençait à paniquer.

La rivière sortait dangereusement de son lit bloquant les accès aux prés voisins et vers la vallée.

La pluie détruisait les chemins créés sur les parois de la montagne.

La tribu était prise au piège.

Certains membres avaient proposé de prendre les barques pour tenter de partir par la rivière.

Mais il n’y en avait pas assez pour tout le monde.

Le conseil était réuni, les visages étaient sombres, l’espoir au plus bas.

C’est alors qu’une silhouette apparut à la lueur des torches qui résistaient encore.

Son calme et sa présence apportèrent d’ores et déjà du réconfort aux membres du conseil.

— Qui es-tu ? d’où viens-tu ? demanda le chef de la tribu.

— Je m’appelle Geruvio, je suis descendu de la montagne pour vous aider.

— C’est très louable de ta part, mais tu es un inconscient, te voilà piégé avec nous pour les dernières heures, nous pourrons à peine sauver quelques enfants sur les embarcations, répondit tristement le chef.

— Je connais un chemin par la montagne, je vais vous montrer.

D’abord sceptique, le conseil accepta de le suivre.

Geruvio avait demandé à rassembler quelques affaires, des cordes et des planches.

Et il prit la tête du convoi.

La tribu avançait, la tête baissée face aux intempéries.

Quand les membres du conseil aperçurent la crevasse et les restes de la passerelle qui la recouvraient, le désespoir les envahit.

Geruvio se retourna et les regarda dans les yeux comme indifférent aux éléments qui se déchaînaient :

— Attendez-moi là.

Il prit l’une des cordes et escalada à mains nues la paroi glissante pour arriver de l’autre côté.

En quelques minutes à peine, il construisit un pont de cordes accessible pour tous.

Le cœur des hommes se réchauffa presque instantanément, leurs yeux se remplirent d’espoir.

La marche continuait ainsi et Geruvio laissa passer la tribu devant lui comme pour insuffler de l’espoir à chacun.

C’est à ce moment qu’une petite fillette glissa et manqua de s’écraser en contrebas si Géruvio ne s’était pas jeté pour la rattraper, prenant lui-même le risque de glisser.

La fillette, une fois remontée, se jeta dans ses bras.

Sa maman la prit ensuite contre elle et mit la main sur la visage de Géruvio :

— Merci infiniment d’avoir sauvé ma petite Milia, dit-elle émue aux larmes.

Tout le monde admira son courage et sa dévotion.

Les occasions ne manquèrent pas jusqu’en haut de la montagne.

Géruvio porta certains enfants sur ses épaules pour les passages difficiles.

Il fit contrepoids au bout d’une corde, le temps que toute la tribu traverse un passage escarpé.

Et il la mena en haut de la montagne saine et sauve.

Arrivé au sommet, le chef de la tribu s’approcha de Géruvio et lui mit la main sur l’épaule :

— Ton courage est immense, mais ton cœur l’est encore plus. Tu as sauvé notre tribu, tu as sauvé ma fille, reste avec nous autant que tu le souhaites, tu fais partie de notre grande famille.

— Je vous montre le chemin encore quelques jours et je m’en irai, répondit Géruvio au plus grand désespoir de la tribu.

Cette dernière continua son périple à la recherche d’un nouvel endroit où s’établir.

Et Géruvio les guida dans un magnifique endroit que le chef reconnut instantanément.

— C’est chez nous, je le sens, installons-nous ici ! dit-il confiant. Demain soir, nous célébrerons le début d’un nouveau chapitre de l’histoire de notre tribu et le départ de Géruvio.


Milia ferma les yeux, les rides sur son front formèrent comme un sourire.

— Est-ce que tu es allée le voir toi aussi ce soir-là pour lui dire au revoir ? demanda la petite fille.

— Oui, répondit-elle en rouvrant les yeux. Je lui ai demandé comment nous allions faire sans lui, et s’il allait revenir. Nous avions tant besoin de son courage, de sa force, de son “cœur immense” comme avait dit mon père.

— Et qu’est-ce qu’il a répondu ? s’impatienta la petite fille.

— Il m’a dit une chose que je n’oublierai jamais, sourit Milia en ménageant le suspense. Il m’a dit : Je serais toujours là quand vous en aurez besoin, je serai toujours avec vous dans votre cœur. Vous avez tous ce courage, cette force et ce cœur immense car si vous pouvez le voir en moi, c’est que vous l’avez en vous-même.

Le cœur de la petite fille se remplit, elle se redressa et offrit à sa grand-mère, un magnifique sourire.

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20 réflexions au sujet de “Le sauveur de la tribu”

  1. Quel beau parallèle entre ce qui nous attend, la Terre Promise et l abandon de notre Vallée de Larmes. Merci a toi Jean Philippe tu es un grand cheminant de Lumiere. Delphe

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  2. Bjr J.P. Merci pour ce très joli conte.
    Bouleversée a chacune de vos lecture de Neale et de vous ,je pense que vous attendez de moi ce que je voudrais être, j’ai du mal a sauter au dessus de mes habitudes. Accompagné oui un ami décédé de la Maladie de Charcot et sa famille accompagné une amie qui devait subir une grosse intervention entrainant tout le forum de graphisme avec moi heureuse de belles images même virtuelles etc. Je ne reste pas inactive mais je reste profondément insatisfaite du peu que je peux donner trop vieille (je râle) pourquoi ne vous ai je pas rencontré plus tôt?? Qui a décidé que je devrais atteindre 84 ans pour me rendre compte de ce que j’avais à donner avant cet âge ou tout se détériore mobilité, mémoire. Je vous partage un texte de J.Salomé j’espère qu’il vous plaira. Douces fêtes.
    https://fb.watch/p5aNMUPvyR/

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  3. Magnifique comme d’habitude 🤗
    Un grand Merci 🙏🙏🙏 Jean-Philippe pour ces magnifiques contes que tu nous partages et qui réchauffent nos cœurs 💕 en ces temps troublés.
    Excellentes Fêtes de fin d’année à toi et ceux et celles qui te dont chers.
    Bien ❤️ diablement
    Chantal

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  4. Un acte fait avec le coeur ne s’oublie pas c’est précieux cela permet de reprendre confiance en soi et de redonner confiance .à l’autre ou aux autres c’est comme un rayon de soleil qui surprend qui adoucit ,qui rechauffe ,qui vous redonne de la force ,lorsque les évènements du quotidien vous bousculent.comme dans cette très joli histoire merci Jean-Philippe et joyeuses fêtes à vous et pour tous ceux qui vous entourent..

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  5. Ouiiiiiiiii, nous sommes tous lui, et il est dans chacun de nous, quel cadeau merveilleux, nous avons,nous ne sommes jamais seuls. 🙏🍀
    Protégés et accompagnés, chaque instant. 😇
    Savourons pleinement, ce bonheur. 💝

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  6. Ohhh mais qu’il est beau ce récit: ! Et oui être un Guide incarné pour nos semblables.

    Merci Jean-Philippe et passez tous de belles fêtes de fin d’année.
    Keri

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  7. Bonjour,
    Je souhaite, tout simplement, vous dire un grand MERCI pour tous vos messages quotidiens qui nous réchauffent le cœur et nous aident à tenir debout.

    MERCI INFINIMENT

    Merci

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  8. Merci infiniment. Cela m’aide à me poser la question “comment faire pour comprendre que tout ce dont j’ai besoin est en chemin pour moi”, quand bien même je ne comprends pas. Je comprends que je suis sur la voie de l’accomplissement, que j’avance.
    Merci.

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