
Dans le bureau des guides célestes, l’après-midi est belle et douce, colorée par cet élan de faire évoluer l’humanité vers plus de conscience.
— Uno !
Maître Paul s’agrippe à ses cartes, se demandant quelle carte jouer pour empêcher son apprenti de gagner.
Ce dernier le regarde droit dans les yeux, serein, sa dernière carte tenue entre le pouce et l’index.
Maître Paul hésite. Changer de couleur ? Rester dans la même couleur ?
— Alors, vous jouez ? demande l’apprenti.
Maître Paul grogne légèrement.
Soudain, on toque à la porte.
Maître Paul cache rapidement les cartes dans le tiroir, signale à son apprenti de faire de même et se lève pour ouvrir.
— Maître Paul ? Je suis Maître Cédric, j’aurais un service à vous demander.
Valérie sort de son rendez-vous la mâchoire serrée.
Sur le chemin de l’arrêt de bus, elle pousse un râle si long qu’elle finit par manquer d’air.
Cette situation, elle l’a déjà vécue.
Une discussion sans fin, où la personne se contredit en l’espace de deux minutes, sans le remarquer ni l’admettre.
Elle secoue la tête, rejouant la scène.
Elle fait tout pour éviter ce genre de personnes depuis des années.
Mais bizarrement, elle finit toujours par avoir affaire à l’une d’entre elles.
Et elle retombe dans le piège, systématiquement.
Comme si elle savait qu’il y avait un trou sur son trajet quotidien et qu’elle retombait dedans tous les jours !
Elle resserre sa mâchoire, mais cette fois parce qu’elle s’en veut à elle-même.
— Va falloir vous dépêcher, Maître Paul, on va rater un bon créneau, s’inquiète Maître Cédric.
Maître Paul serre les dents, il n’aime pas qu’on lui dise de se dépêcher.
Il se retrousse un peu plus les manches et, d’un geste souple, envoie une onde d’énergie vers la Terre.
Jessica s’est interrompue, la main sur la poignée de la porte.
— J’ai l’impression d’oublier quelque chose, se dit-elle en fronçant les sourcils, malgré toutes les affaires qu’elle porte déjà.
Elle fait le tour de la pièce du regard, puis s’avance vers la chambre, éclairée par les rayons du soleil.
La couverture d’un livre reflète la lumière sur le mur.
Jessica s’empare du livre et accélère le pas pour sortir de chez elle.
Son allure suit le rythme de ses pensées.
Pas moins de trois refus hier après avoir postulé pour des offres d’emploi.
Elle soupire longuement.
Elle arrive à l’arrêt en même temps que le bus.
Elle échange un demi-sourire avec une autre femme et monte derrière elle.
Valérie — c’était elle, l’autre femme — s’assoit près de la fenêtre, sa place préférée.
La femme qui la suit s’assoit à côté d’elle, et pose ses affaires sur ses genoux.
Un livre glisse vers Valérie qui l’attrape in extremis.
Elle regarde la couverture : « Accueillir »
Hypnotisée, elle retourne le livre et commence à lire en chuchotant :
— Apprenez à accueillir les situations, les refus, les contradictions… chuchote-t-elle en marquant une pause. Accueillir ne signifie pas être d’accord, mais permet de libérer la tension et de retrouver la paix intérieure.
Elle lève les yeux, croise le regard de sa voisine et à l’unisson :
— Tout ce à quoi tu résistes persiste…
— Merci pour le coup de main, lance Maître Cédric en s’arrêtant sur le pas de la porte du bureau.
— Avec joie, cher collègue, répond Maître Paul, Jessica avait aussi besoin d’une motivation pour lire enfin le livre que j’avais mis sur son chemin. Voilà qui est fait !
— Au plaisir !
Maître Paul referme la porte et revient s’asseoir au bureau.
Son apprenti attend en face, une carte entre deux doigts.
— C’est à vous de jouer.

Éclaireur
Éclaireur de chemin, j’apporte de la lumière sur notre expérience de vie pour toujours plus de conscience sur nos pensées, sur notre cheminement, sur qui nous sommes vraiment.
(pour en savoir plus sur mon cheminement, lire qui suis-je ?)





