Face à la vague

La vague est énorme.

Tellement énorme qu’elle semble immobile au loin telle une montagne majestueuse.

Sa petite crête blanche frise légèrement avec le vent.

Sur l’immensité de l’eau, de nombreux bâteaux, de toutes les tailles, de la simple barque au paquebot.

Des voiliers, des planches de surf, de simples bouées, …

Certaines personnes ont vu la vague, d’autres pas encore.

Mais très vite, tout le monde veut avancer dans la même direction.

Loin de la vague … mais sans aucune terre en vue.

L’instant ne serait pas dramatique, il serait magnifique. L’océan semble figé avec le temps, un ciel bleu azur, une température agréable, un calme parfait dont seule la nature est capable.

Mais le bruit des moteurs rappelle à la réalité.

Dans cette course effrénée sans ligne d’arrivée, la tension augmente.

Les moteurs rugissent, les voiles se tendent, les rames s’activent, les muscles s’échauffent.

Certains essaient de monter à bord d’autres bateaux, d’autres tentent de négocier un échange de dernière minute ou bien demandent à être remorqués pour aller plus vite, d’autres enfin chavirent, déséquilibrés par le nombre de personnes à bord.

Au milieu de ce chaos naissant, Georges se sent démuni.

Il nage légèrement pour rester à la surface et observer la scène.

Il regarde autour de lui, et se demande s’il devrait monter lui aussi à bord d’un bateau qui passe non loin de lui.

Il hésite et l’opportunité s’évanouit, le bateau est hors de portée désormais.

Sur sa gauche, une barque passe à proximité, mais elle est manifestement surchargée et menace de prendre l’eau à chaque mouvement de rame.

Sur la droite, des nageurs avec des gilets de sauvetage rament de toutes leurs forces pour s’éloigner le plus vite possible.

Georges ne sait plus quoi penser.

Une part de lui aurait aimé avoir un gilet, une barque voire même un bateau, et cette motivation à s’éloigner le plus rapidement possible.

Une autre part de lui est aussi calme que l’océan.

Ce calme intérieur lui fait presque peur.

Il se tourne vers la vague.

Elle se rapproche, inéluctablement.

Au pied de son flanc, les premiers bateaux semblent commencer à s’élever, comme s’ils grimpaient à reculons sur la vague.

Georges regarde les visages effrayés des passagers des embarcations qui le dépassent.

Pourquoi, lui, ne panique-t-il pas ? se demande-t-il, comme s’il cherchait à réveiller son instinct de survie.

Il se met à nager, comme pour se convaincre de faire quelque chose.

Mais très vite, il s’arrête, bien conscient qu’il ne distancera pas la vague.

Son regard croise celui d’une baigneuse, elle aussi calme, un sourire apaisé aux lèvres.

Soudain, des cris.

Georges se retourne.

Les premiers bateaux disparaissent tout en haut de la vague, comme happés par un monstre imaginaire.

Les cris redoublent.

Georges commence à sentir un courant qui l’aspire vers la vague.

Des nageurs autour de lui ont arrếté de nager, à bout de force.

L’un d’eux, portant un gilet, flotte légèrement sur le dos.

Georges regarde à nouveau le haut de la vague derrière lui, et les bateaux qui disparaissent les uns après les autres.

C’est le déclic.

Georges ne voit qu’une seule chose à faire dans cette situation.

Rien.

Dit autrement, la planche, comme lors de ses cours de natation.

Les premiers instants sont difficiles, il lutte contre lui-même, contre des réflexes pour se remettre à nager et garder la tête hors de l’eau.

La panique autour de lui augmente à mesure que la pente de la vague se fait sentir.

Georges hésite à nouveau, se remet à nager puis s’arrête.

Il décide de changer de position et de regarder le ciel.

Sa respiration se calme, ses muscles se détendent et il se met à flotter sur le dos.

Il ferme les yeux et observe les sensations de son corps.

Tout semble si calme.

Le mouvement de l’eau est désormais imperceptible.

Georges n’entend plus beaucoup les bruits autour de lui, l’eau lui arrivant au-dessus des oreilles.

Sa respiration est calme.

Un grand mouvement l’entraîne vers le haut puis soudainement vers le bas, comme un train lancé en haut d’une montagne russe.

Georges se sent redescendre comme dans un long toboggan aquatique.

Quand la vitesse commence à diminuer, Georges ouvre les yeux et se redresse.

Il découvre le dos arrondi de la vague, s’éloigner en silence.

Elle est passée en dessous de lui.

De nombreux bateaux sont là, moteurs stoppés, voiles rentrées, rames à l’arrêt.

Tout le monde observe cette vague – tant redoutée – s’éloigner désormais.

D’autres embarcations apparaissent au fur et à mesure à son sommet.

Un sentiment de soulagement envahit chacune et chacun.

– Regardez, regardez !

Georges se tourne dans la direction opposée à la vague.

Au loin, un signe de la nature porteur d’espoir pour celui qui est perdu en mer.

– Terre ! Terre ! Terre …

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