Vous avez votre autorisation pour être heureux ?

Samantha est plutôt d’humeur joyeuse.

Alors qu’elle rentre chez elle, elle s’arrête à la boulangerie pour acheter du pain.

La boulangère veut lui offrir une demi-baguette supplémentaire parce qu’elle ne sera bientôt plus bonne mais Samantha refuse d’un geste poli de la main, sans réfléchir, avec un sourire gêné.

Au moment de payer, elle a un pincement au cœur, comme si on lui enlevait une partie d’elle-même.

Elle croit à l’abondance, que la Vie est sensée lui apporter tout ce dont elle a besoin.

Sa grand-mère n’arrête pas de lui en parler depuis qu’elle est toute petite.

Elle le comprend intellectuellement mais en pratique, elle se sert un peu la ceinture.

Alors qu’elle arrive devant la porte de son immeuble, un voisin en sort.

Il lui propose de lui tenir la porte comme elle a les bras un peu chargés, mais elle lui répond que ce n’est pas la peine, mais que c’est très gentil à lui.

Sa grand-mère l’attend chez elle, à table, en train de lire un livre.

Samantha dépose ses affaires, et ouvre le courrier du jour tout en s’asseyant.

— Tu veux que je prépare à manger ? s’enquiert la grand-mère.

— Non, grand-mère ça va aller, je vais m’en occuper, répond Samantha machinalement.

Samantha pousse un long soupire à la lecture d’un courrier.

— Qu’y-a-t-il ma grande ? demande la grand-mère.

— Rien grand-mère, juste encore une facture inattendue, dit Samantha, sans lever les yeux, c’est comme si cela ne s’arrêtait jamais, c’est comme si je devais donner tout le temps. J’adore aider les autres, j’adore donner mon temps et mon énergie mais parfois je suis fatiguée …

— Oui, ça donner tu sais faire, je sais, dit la grand-mère en posant sa main sur celle de sa petite-fille, mais est-ce que tu sais recevoir ?

Samantha la regarde dans les yeux en silence.

La grand-mère la fixe du regard.

— T’autorises-tu à recevoir une abondance sans limite dans ta vie ?

— Comment ça « m’autoriser » ? demande Samantha, Je pense que j’accepte de recevoir.

— Vraiment ? Pourquoi dans ce cas, ne me laisses-tu jamais préparer à manger pour nous deux ?

Samantha tente de bredouiller une réponse mais sa grand-mère reprend aussitôt.

— Pour pouvoir donner plus, il faut être capable de recevoir plus. Ne pas s’autoriser à recevoir, c’est ne pas se donner la capacité à donner ! C’est se limiter dans qui tu es et ce que tu peux manifester dans ta réalité, pour toi et pour les autres.

— Pourtant, je ne demande que ça, recevoir plus, mais j’ai l’impression de bloquer, de pas pouvoir dépasser un plafond.

— Oui, parce que tu es capable de recevoir jusqu’à un certain niveau, et parfois ça te frustre dans ta capacité à donner, dans ton envie. L’abondance circule jusqu’à une certaine limite.

— L’abondance, c’est bien joli, grand-mère, s’emporte un peu Samantha, mais en pratique, il faut bien payer les factures !

— Tu n’as jamais manqué de rien, mais tu as rarement eu des « extras » également … Il y a une peur en toi de manquer, que la Vie ne va pas t’apporter tout ce dont tu as besoin, même si tu as envie de croire que le contraire, là-haut dans ta tête, lui répond gentiment la grand-mère en tapotant du doigt sa tampe.

Samantha reste silencieuse, sa grand-mère continue :

— Tu es la Vie, tu es l’abondance, mais tu te limites toi-même dans beaucoup d’aspects, y compris l’aspect financier. La limite est une construction mentale, ancrée émotionnellement à ton expérience de vie, mais elle n’a aucun sens spirituel, aucune raison d’être. Elle te permettait d’être rassurée à un moment donné, mais elle n’a plus d’utilité aujourd’hui.

— Comme certaines croyances limitantes ? demande Samantha.

— Oui, on les qualifie de limitantes, lorsqu’on se rend compte qu’elles limitent notre expérience, lorsqu’elles limitent l’abondance qui peut circuler à travers nous. Aujourd’hui, tu peux souhaiter une expérience humaine sans limite dans la grâce et la sérénité, tu peux demander à lever toutes les limites qui empêchent tout ton être de devenir qui il est vraiment. Mais pour cela, encore faut-il le demander, finit la grand-mère avec un sourire.

Samantha a l’habitude depuis toute petite, sa grand-mère lui propose de faire des demandes à la Vie.

Elle ferme les yeux, prend une grande respiration et annonce :

— Je demande à ce que toutes les limites de mon être soient levées, tout ce qui m’empêche d’être qui je suis vraiment se dissout, disparaît et laisse la place à la Vie et l’abondance de qui je suis, ici et maintenant. Je remercie la Vie de circuler pleinement et sans limite à travers moi, dans la joie de chaque personne que je rencontre et dans la joie d’être qui je suis.

— Et pense au mot magique, enchaîne la grand-mère profitant d’un silence, avec un ton très parental.

— Merci, merci, merci ! répond en souriant Samantha.


En marchant vers son travail le lendemain matin, Samantha se sent légère et les personnes qui la croisent lui font des sourires sans raison, des sourires qu’elle accueille bien volontiers.

Alors qu’elle s’approche d’un café, un homme en costume en sort, portant devant lui deux cafés à emporter.

Il aperçoit Samantha et engage la conversation, le regard timide et pétillant à la fois :

— Bonjour, vous allez peut-être trouver ça bizarre, mais j’essaie d’apprendre à « donner » … et ce matin, j’aimerais donner un café, est-ce que vous l’accepteriez ?

Samantha s’arrête, regarde l’homme droit dans les yeux et lui répond en souriant :

— Pour que quelqu’un puisse donner, il faut bien quelqu’un d’autre pour recevoir !

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2 réflexions au sujet de “Vous avez votre autorisation pour être heureux ?”

  1. Merci Jean Philippe, Cette histoire arrive au bon moment dans ma vie. Donner et recevoir. Je l enseignais même à mon dernier chien. Mais avec réticence pour moi, j en ai pris conscience que tout récemment. Comme la circulation de la vie. J aime que mon intérieur soit cosy mais épuré, je n aime pas les bibelots, mais j entasse dans mes armoires, placards, dans ma cave. Je garde des vêtements que je ne mets jamais. Au cas où…. Je fais des provisions, au cas où…. qui n arrive jamais. Je n arrive plus à entrer dans ma cave. Bref la vie ne circule pas vraiment. Comme chez moi où le surplus est caché mais bien là. Comme avec mes quelques kgs en trop que je ne peux perdre malgré des jeûnes mais en tombant dans le sucré après. Bref je cherche à me rassurer par des moyens qui me bloquent. Merci Jean Philippe pour ce rappel à la Vie qui circule.
    Christine

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