La lumière au bout du chemin

Cécile est à genoux, en larmes.

Elle n’en peut plus, elle n’ose plus avancer dans ces ténèbres qui l’envahissent autant à l’extérieur qu’à l’intérieur.

Pourtant, Cécile avait commencé ce chemin avec tellement d’enthousiasme !


Elle avait décidé de tout quitter, de tout laisser derrière elle, une ancienne vie, une ancienne relation, un ancien chez soi, appelée vers une lumière à l’horizon, comme une porte ouverte vers une nouvelle vie.

Elle avait pris son sac à dos, le strict nécessaire et s’était mise en marche.

A mesure qu’elle avançait sur son chemin, le paysage qu’elle traversait ne lui parlait plus, ne vibrait plus pour elle.

Parfois, elle s’arrêtait et observait longuement, le cœur rempli de nostalgie, partagé entre l’envie de continuer ou de rester un peu plus longtemps.

Quand elle restait un peu trop longtemps, son regard se portait à nouveau sur cette porte lumineuse à l’horizon et elle se remettait en route.

Parfois, elle la voyait parfaitement, parfois elle disparaissait complètement au loin, et une simple lueur laissait à peine deviner sa présence.

Cécile a beaucoup appris tout au long de son chemin, par elle-même ou à l’aide de compagnons de voyage.

Bien sûr, elle a fait des erreurs.

Comme la fois où elle avait suivi un autre voyageur pendant un moment sans se rendre compte qu’il s’éloignait de la porte lumineuse qu’elle s’était mise comme but.

Cela lui avait pris un certain temps pour retrouver le bon chemin.

Ou la fois, elle s’était enfoncée dans des sables mouvants, elle avait dû y laisser ses belles chaussures de marche pour pouvoir continuer.

Elle avait ré-appris à marcher pieds nus, au début ça lui faisait mal, elle s’en était voulue d’avoir dû laisser ses chaussures derrière elle mais petit à petit, ses pieds s’étaient renforcés, son allure s’était adaptée.

Elle avait fini par apprécier le contact direct avec le sol au point qu’elle ne remettrait plus jamais des chaussures désormais !

Elle souriait avec bienveillance à l’ancienne Cécile qui était tellement attachée à ces chaussures.

Un jour, le ciel s’était complètement obscurci et elle ne voyait plus la porte lumineuse au loin.

Elle avait décidé de faire une pause qui dura, dura, dura …

Cécile s’ennuyait, s’impatientait, elle ne voulait plus se détourner du chemin comme la dernière fois, alors elle préférait ne pas avancer.

Au bout d’un moment, le regard perdu sur son sac, elle l’ouvrit et en sortit tout ce qu’il contenait.

Elle étala toutes ses affaires devant elle et les contempla.

Soudain, sans réfléchir, elle prit une chose ici, puis une autre là et rangea son sac autrement.

Elle prit son sac sur les épaules pour sentir le poids et sourit, satisfaite.

Le ciel s’était un peu dégagé. La lueur au loin était à nouveau présente.

Elle reprit alors son chemin, laissant la moitié de ses affaires derrière elle.


Après une si longue période de marche, Cécile avait pris confiance.

Confiance dans ses affaires pour subvenir à ses besoin.

Confiance en ses compétences acquises pour avancer le plus efficacement possible.

Confiance en elle pour faire les meilleurs choix.

Et enfin confiance dans cette porte lumineuse vers laquelle elle se dirigeait, sans réellement savoir ce qui se trouvait derrière.

Mais elle ne se doutait pas que cette confiance allait être autant mise à l’épreuve.

Les difficultés commencèrent quand elle arriva à cette passerelle qui partait au loin comme un tremplin sur le rebord du monde.

Tout autour, le vide des ténèbres à n’en plus finir.

La passerelle était sombre, droite avec un sol irrégulier, sans garde corps sur les côtés.

Quand Cécile avait commencé à l’emprunter, son pas assuré avait laissé la place à une démarche timide et balbutiante.

Elle commençait à avoir peur de glisser et de tomber.

Plusieurs fois elle trébucha, ce qui n’avait fait qu’accentuer sa peur.

De plus en plus, elle avait peur d’avoir peur.

Combien de fois avait-elle regardé en arrière, remplie de doutes, de regrets, de peurs …

Mais c’est comme si le chemin, derrière elle, s’était effacé.

Impossible de faire demi-tour.

Elle avançait tête baissée sur cette passerelle devenue encore plus étroite.

Elle levait les yeux de temps en temps pour garder en ligne de mire la porte lumineuse mais bientôt la peur l’envahit, l’aveugla, lui fit oublier la porte lumineuse. Elle ne savait plus pourquoi ni vers quoi elle avançait.

C’est quand son moral fut au plus bas qu’elle faillit vraiment tomber.

Une bretelle de son sac à dos céda, lui fit perdre l’équilibre et elle se retrouva cramponnée, une main agrippée au rebord de la passerelle et l’autre main serrant la bretelle de son sac suspendu au-dessus du vide.

Cécile voyait ses doigts rougir de douleur alors qu’elle était tiraillée.

Elle avait peur de céder, alors, quand elle sentit sa main agrippée à la passerelle commencer à glisser, elle lâcha son sac et saisit de toutes ses forces la passerelle pour remonter.

Cécile était maintenant à genoux, saine et sauve mais épuisée.

Elle aurait préféré être au bout de la passerelle mais elle était au bout du rouleau.

Une partie d’elle ne voulait plus avancer.

Elle gardait les yeux fermés, essayant de reprendre son souffle.

Elle tenta d’ouvrir les yeux mais ne vit que les ténèbres.

Elle les referma aussitôt, comme si les ténèbres à l’intérieur étaient plus confortables que celles à l’extérieur.

— A quoi bon ? souffla-t-elle entre deux sanglots.

Son corps prit, malgré elle, une grande respiration et Cécile vit en elle comme une petite flamme qui se mit en briller et qui lui dit :

— Rappelle-toi la lumière, Cécile, rappelle-toi la lumière au bout du chemin.

Cécile se remémora alors cette porte lumineuse à l’horizon qu’elle avait suivi pendant tout son voyage, c’est elle qui lui donnait la force d’avancer.

Elle n’osait pas ouvrir les yeux.

Et si la porte lumineuse n’était plus là ?

— Elle est là, lui répondit avec beaucoup de douceur la petite flamme à l’intérieur.

Cécile ouvrit les yeux, leva la tête et vit la porte lumineuse au bout du chemin.

Elle se releva, prit une grande respiration et se remit en marche.

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