Quand les « gentils » deviennent des « méchants »

La clé de la gentillesse

Sylvain est un « gentil ».

Toujours prêt à rendre service, à faire passer les autres avant lui, à faciliter la vie de chacun, parfois (souvent ?) à son détriment.

Mais une expérience particulière a marqué un tournant.

Le processus de vente de son appartement est en cours depuis plus d’un an lorsque l’agent immobilier le contacte pour savoir si le futur propriétaire pourrait stocker quelques meubles avant la remise des clés. Il est restaurateur et aura une fenêtre de tir limitée pour déménager, d’autant qu’il a un fils handicapé.

Ni une, ni deux, Sylvain accepte et signe une autorisation. Il sait qu’un déménagement, ça peut être compliqué alors bien sûr, il est prêt à rendre service, l’appartement étant déjà vide.

Deux semaines avant la signature, l’agent immobilier rappelle Sylvain et lui demande si les futurs propriétaires pourraient passer la nuit précédant la remise des clés dans l’appartement. Ils doivent libérer leur maison la veille.

Sylvain n’hésite pas longtemps, demande simplement à ce que leur assurance commence le jour d’avant et accepte.

Une semaine avant la remise des clés, l’agent immobilier rappelle encore pour demander si ça peut être deux nuits au lieu d’une.

Impatient d’en finir, Sylvain, accepte une fois de plus.

Deux jours avant la remise des clés, l’agent immobilier rappelle pour signaler qu’il y a une fuite d’eau dans la salle de bain et que ce serait bien qu’il vienne rencontrer dans l’appartement les futurs propriétaires juste avant la signature.

Sylvain a hâte d’en finir avec cet appartement mais accepte.

Le jour J, Sylvain se rend à son appartement, rempli de nostalgie. Bizarrement, bien qu’encore propriétaire pour quelques heures, il ne se sent déjà plus chez lui et sonne comme un étranger.

C’est l’agent immobilier qui l’accueille, le fait rentrer et qui le présente aux futurs propriétaires et des proches.

Intérieurement, Sylvain fulmine.

L’appartement est complètement aménagé, la terrasse transformée, la décoration mise en place. C’est comme s’ils habitaient ici depuis des mois ! Ce n’est pas ce qui était convenu.

Sylvain a l’impression de s’être fait avoir, qu’on a abusé de sa gentillesse et il regrette d’avoir été si « gentil ».

Alors quand l’agent immobilier lui explique qu’il faudrait qu’il paye 400€ pour la réparation de la fuite d’eau, Sylvain, face à ces cinq personnes a l’impression d’être tombé dans un piège.

Sylvain sort son chéquier, il ne veut qu’une chose, passer à autre chose mais on ne le reprendra plus !


Jérôme est lui aussi un « gentil ».

Toujours conciliant, prêt à rendre service, il a lui aussi vécu des déboires avec son ancien appartement. Des acheteurs potentiels ont fait traîner pendant des mois pour finalement se rétracter sans pénalités, abusant de la gentillesse de Jérôme qui se retrouve à devoir recommencer la mise en vente près d’un an après, avec tous les coûts qui en découlent pour lui.

Alors quand deux « gentils » se rencontrent, ça passe tout seul, enfin presque …

Jérôme et Sylvain ont eu un bon feeling dès le début alors quand Sylvain lui a demandé à louer l’appartement pour quelques mois pour un montant donné, le temps de s’installer dans la région, la négociation et la discussion se sont faites de manière fluide et Jérôme a accepté.

Les quelques mois sont passés rapidement.

Jérôme envoie un message amical pour organiser la sortie de l’appartement et pour mentionner qu’il enverra prochainement le montant des dernières factures de bois et d’électricité à régler.

Dans la réponse qu’il reçoit de Sylvain, ce dernier mentionne qu’il pensait que tout était inclus dans le loyer justement.

Jérôme lui répond qu’ils en avaient discuté au téléphone au début et que les factures seraient en plus. Il termine en disant qu’il lui enverra le décompte dans les jours qui suivent.

Il reçoit un message laconique de Sylvain qui dit qu’effectivement il se rappelle en avoir discuté.

Jérôme procède au décompte, décide de laisser le bois de côté pour faire un geste et ne demande qu’une contribution à moitié pour l’électricité. Après tout, Sylvain est sympa et il ne sait pas si c’est trop juste financièrement pour lui. Il lui envoie le reste à régler.

Jérôme est estomaqué quand il lit la réponse de Sylvain, ce dernier refuse de payer sous prétexte que ce n’est pas dans le contrat !

Il renvoie donc un message à Sylvain pour exprimer sa frustration, qu’ils pensaient qu’il s’étaient mis d’accord, qu’il était déçu que Sylvain ne tienne pas sa parole, qu’il a fait un grand geste déjà sur le bois et sur l’électricité, qu’il ne va pas courir après Sylvain pour cette somme mais qu’on ne le reprendra pas à être gentil à l’avenir !


Sylvain est en train de préparer la sortie de l’appartement, pour le rendre aussi propre et rangé que possible, c’est la moindre des choses, et puis Jérôme a été sympa tout du long.

Alors quand il reçoit un message de sa part pour un reste à payer, Sylvain est étonné. Le but de sa recherche d’appartement au début, c’était justement d’avoir un loyer tout compris, électricité et chauffage inclus.

Il déteste ce genre de problèmes, ça l’épuise.

Dans un court message, il répond qu’effectivement, il se rappelle que le sujet avait été évoqué au téléphone auparavant et Sylvain botte en touche, il préfère mettre fin à la discussion, au moins temporairement, même s’il reste sceptique.

Occupé par le rangement et le ménage, il passe à autre chose.

Quelques jours plus tard, Sylvain reçoit le décompte à régler et décide d’en avoir le cœur net en regardant le contrat qui ne mentionne pas de coût supplémentaire pour le bois ni l’électricité, même si ça aurait pu être encore plus clair.

La solution de facilité serait simplement de régler le montant demandé par Jérôme et de passer à autre chose, mais Sylvain décide cette fois d’être ferme et de défendre sa position respectueusement.

Il renvoie donc un message à Jérôme, expliquant son refus de régler le reste à payer parce que ce n’est pas mentionné dans le contrat.

Sylvain ressent une certaine fierté à avoir défendu sa position, enfin ! Mais quelque chose ne semble pas tout à fait juste, comme encore noué.

Il est estomaqué quand il reçoit la réponse de Jérôme. A le lire, Sylvain a l’impression d’être celui qui abuse de la situation d’après Jérôme ! Lui ! Sylvain, un « gentil » serait devenu un « méchant » qui ne veut pas payer !?


Sylvain s’enfonce sur sa chaise après la lecture du dernier message.

Quelque chose ne tourne pas rond.

Sylvain sent bien la frustration de Jérôme et au-delà de ça, reconnaît bien que c’est un « gentil ».

Il se considère aussi comme un « gentil », alors comment deux « gentils » ont pu en arriver là ?

Force est de constater qu’il y a eu un malentendu et que le contrat n’était pas assez clair.

Mais ce qui chagrine vraiment Sylvain dans cette situation, c’est que Jérôme souhaite renoncer à sa gentillesse.

Sylvain pourrait s’arrêter là, et partir de l’appartement sans rien avoir à payer mais quelque chose ne sonne pas juste.

Malgré son horreur du conflit, il décide d’appeler Jérôme pour en avoir le cœur net, et après avoir résumé la situation de son point de vue :

— Je crois qu’on a fait tous les deux l’erreur de ne pas être assez clair dans le contrat, commence Sylvain, il y a des leçons à tirer des deux côtés.

— J’ai voulu faire un geste, en laissant de côté le bois et en diminuant la facture d’électricité, c’était vraiment une proposition raisonnable, presque divisée par trois, continue Jérôme.

— Vraiment, je n’ai pas envie qu’on finisse sur une mauvaise note et que tu renonces à ta gentillesse à cause de ça, il en manque suffisamment déjà dans le monde aujourd’hui, dit Sylvain.

— Je suis désolé pour mon message, mais j’étais vraiment frustré et déçu que ça se finisse comme ça, j’ai fait mon possible pour être conciliant et si c’est difficile financièrement, je peux tout à fait comprendre que tu ne puisses pas payer, répond Jérôme.

— Je ne savais pas que tu avais fait un geste aussi important sur les factures déjà, qu’est-ce qui te paraîtrait une issue juste pour qu’on finisse sur une bonne note ? demande Sylvain.

— Juste la contribution sur l’électricité, répond Jérôme, ce serait très bien, mais encore une fois, si ça coince de ton côté, on laisse tomber.

Sylvain prend un moment pour sentir si c’est juste pour lui aussi.

— On part là-dessus alors, s’exclame-t-il, je suis désolé qu’on en soit passé par là, mais je suis content qu’on trouve une issue positive. Je pense qu’on est tous les deux des « gentils » mais on a parfois du mal à le vivre sereinement.

Et les deux compères continuent de parler comme d’anciens combattants, échangeant sur leurs expériences respectives d’avoir été trop gentils par le passé, bien heureux que la gentillesse l’ait emporté cette fois-ci !

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