Révélations sur canapés

canapé

« Mais au fait, tu fais quoi ? » me demande Fernando.

Je suis dans la cuisine avec Fernando et Marloes, toujours en Espagne dans cette résidence de coliving.

Ça fait un moment qu’on se croise avec Fernando sans vraiment avoir eu l’occasion de discuter mis à part ces derniers jours.

Je le trouvais plutôt fermé, prêt à discuter avec les autres mais sans partager trop sur lui-même.

Je lui explique ce que je fais, il me demande comment j’en suis arrivé là comme je lui avais dit que j’avais une formation d’ingénieur à la base.

« Viens on va s’asseoir sur les canapés », qu’il me dit.

Je lui raconte mon parcours, les étapes, les crises, les points de bascule et comment j’en suis arrivé à comprendre quelle était ma mission de vie.

Puis il me demande presque aussitôt : « Tu pourrais me dire quelle est ma mission de vie ? »

La question me prend par surprise.

D’habitude c’est moi qui initie le sujet et souvent après avoir fait parler la personne d’abord.

Je me sens un peu démuni mais je lui dis : « ok, parle-moi un peu de ton parcours ».

Je gagne un peu de temps pour souffler, me recentrer, faire le vide et puis je me reconnecte à lui, à ce qu’il raconte.

Il a créé des boîtes aux Etats-Unis, il a recruté, managé des équipes notamment à San Francisco.

Des indices apparaissent, des points se mettent en évidence.

C’est comme si dans son discours, il y avait des choses qui ressortaient, comme des phrases plus importantes que d’autres, je n’y prête pas attention au début, il continue de parler mais je lui pose des questions pour l’orienter vers des sujets particuliers.

Ces questions me paraissent anodines sur le moment, comme si je voulais simplement alimenter la conversation.

Mais elles vont plus loin que ça.

C’est comme si elles ouvraient quelque chose chez lui.

J’ai l’impression d’ouvrir des portes pour voir ce qu’il y a derrière.

Son histoire prend une tournure plus personnelle et plus émotionnelle.

Il raconte une crise qu’il a traversée à titre personnel puis une autre où il a accompagné quelqu’un dans ses derniers mois face à un cancer.

Il parle beaucoup de cette personne mais pas de lui personnellement.

Je l’interromps presque en lui demandant : « Comment ça t’a affecté toi personnellement ? »

Il botte en touche, répond à côté et repart sur son ami.

Je lui repose la même question.

Même stratégie.

La porte reste fermée.

Le mental évite le sujet, Fernando n’en a pas conscience, mais j’insiste et je repose une 3ème fois la question.

Il comprend à ce moment-là qu’il ne répond pas à la question depuis tout à l’heure.

Et là, la porte s’ouvre.

C’est un autre Fernando qui parle.

C’est comme si désormais j’avais accès à plus de choses.

Il continue à parler, et dans ma tête des liens se font, je ne m’en rends pas compte sur le moment.

Mais tout semble se clarifier.

Il en arrive à ce qu’il fait aujourd’hui.

Une partie de moi commence à voir l’évidence.

Mais je lui pose des questions sur ces expériences passées, ce qu’il aimait faire avant tout.

Dans ma tête, c’est de plus en plus clair mais je continue à le faire parler.

Il en vient à me dire qu’il ne sait pas comment il fait mais que c’est facile pour lui, il fait ça naturellement.

Je lui réponds que ce qui est naturel pour lui ne l’est pas nécessairement pour les autres.

Que le plus souvent, il n’a pas conscience de son talent parce que c’est tellement évident pour lui qu’il ne voit pas en quoi ça apporte quelque chose aux autres.

Et là, l’image est claire pour moi.

Je commence à lui décrire son mode de fonctionnement, comment il interagit avec les gens et ce qu’il apporte à chacun ou à un groupe.

Je fais le lien entre ses expériences et sa capacité à sentir si quelqu’un qui est à sa place ou non.

L’image est de plus en plus claire dans ma tête, je le vois en action.

Je lui décris cette scène, elle est vivante.

Il me regarde, à la fois complètement à l’écoute et à la fois en pleine assimilation de ce que je viens de dire.

Une autre scène me vient où il intervient sur une personne seule et la prépare à prendre place dans une équipe.

C’est presque exactement ce qu’il fait déjà dans d’autres circonstances et sans prendre conscience de ce qu’il fait.

Je résume ce que je viens de dire, fais le lien avec ce qu’il fait aujourd’hui et lui donne la perspective sur la suite, qu’il va développer une méthode pour faire ce qu’il fait.

Je me demande si je vais trop loin, voire si je suis à côté de la plaque.

Y’a des fois je m’emballe alors je me méfie :-).

Je lui pose la question : « Ça te parle tout ça ? »

Il est penché sur le dos du canapé, le coude posé sur le haut des coussins et il se tient la tête en regardant en l’air.

« Punaise, j’avais jamais vu les choses comme ça. »

Ok ça semble juste donc.

J’ajoute que dans les prochains jours ou prochaines semaines, il va faire des liens entre ce qu’on s’est dit et ses expériences, les choses vont encore plus se clarifier, il n’a qu’à laisser mûrir ça.

C’est comme ça que ça s’est passé pour moi, je me dis que ça lui sera utile d’entendre ça.

Je remarque que son visage a changé, il est plus détendu, plus ouvert, plus lumineux.

Je me demande si j’hallucine ou si je vois ce que j’aimerais voir.

Je demande à Marloes, silencieuse jusque-là, ce qu’elle en pense.

Elle me dit : « Oui, le visage est plus relaxé. »

Et là Fernando sourit comme je ne l’ai jamais vu sourire, un sourire ouvert, franc, lumineux.

Son sourire se transforme en rire, je sens quelque chose qui se libère en lui.

« Merci de m’avoir écouté », dit-il.

« Tu vois ce qui se passe quand tu t’ouvres aux autres ? », je lui demande sans réfléchir …

Silence.

Je me sens rempli de gratitude.

-Jean-Philippe

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6 commentaires

  1. Jean Philippe! j’aime bien lire tes histoires c’est bien ce que tu fais…aider des pers à voir..ce que nous même, nous n’arrivons pas toujours à décoder ou déceler… ce qui se trouve Là! dans notre cœur!
    Tu peux être rempli de gratitude.Bravo!

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