Je rêvais d’un autre monde

Je me réveille.

J’ouvre les yeux.

Moment de flottement.

Où suis-je ?

Mes pensées se mélangent, mon rêve est encore bien présent et j’ai du mal à revenir à la réalité.

Je décide de m’asseoir sur le rebord du lit, je respire profondément et l’énergie vitale regagne mon corps peu à peu.

Je ressens l’activité du village au loin.

Une pensée soudain pour mes filles, un vieux réflexe ! Où sont-elles ?!

Et une bouffée apaisante me remplit le cœur aussitôt : « Tout va bien ! ».

Je m’habille et je sors.

Le ciel est magnifique et le soleil réchauffe déjà ma peau.

Je vois Malou, ma voisine, un peu plus loin sur le chemin, debout, le regard au loin.

Je m’approche, à côté d’elle, sans un mot.

On se dit « bonjour » intérieurement.

Nous gardons le silence encore une minute.

« Drôle de rêve ? », me demande-t-elle.

Je soupire : « Oui, j’ai du mal à revenir et à m’en détacher … »

Silence.

Je continue comme si elle avait demandé plus de détails :

C’était le monde d’avant. J’ai ressenti à nouveau cette emprise permanente, comme une chape de plomb qui nous prenait notre énergie et nous alourdissait.

Je me débattais dans ma vie, comme un combat de chaque instant que je ne comprenais pas et que je n’avais pas envie de mener. Je pensais être libre mais mon cœur ressentait le contraire.

A la fin de mon rêve, c’est comme si je ressentais d’un seul coup ce mélange de tristesse et de colère de toute l’humanité, et je me suis réveillé !

Elle me sourit et me dit :

« C’est ton corps qui se nettoie de vieilles mémoires encore, rassure-toi. Vas te promener pour te reconnecter au présent cela aidera la fin du nettoyage. »

Cela va faire quelques années que la bascule a eu lieu, mais il y a encore des choses à libérer.

Je lui souris pour la remercier et me dirige vers les vélos, un peu plus bas.

J’attrape une pomme directement sur l’arbre au passage, je salue le voisin pour le remercier et j’enfourche un vélo.

L’air frais du matin sur mon visage, le parfum de la nature qui se réveille …

Petit à petit, les réminiscences de mon rêve se dissipent, laissant la place à ce bien-être et cette légèreté de la vie que je connais. Je ne peux m’empêcher de sourire.

Un sourire auquel un groupe d’enfants de tous âges répond.

Ils se dirigent vers le potager, où le vieil Emile semble les attendre pour jardiner, les poings sur les hanches.

Emile me fait penser à un maître d’art martial japonais centenaire.

Il ne parle quasiment pas, son visage a très peu d’expressions mais son regard est d’une profondeur incroyable, avec une étincelle d’amour magnifique.

Il n’explique pas, il montre.

Les enfants l’imitent en silence, comme apaisés par sa présence.

Je redonne un coup de pédale et plus loin tombe sur Josée et Eric en terrasse du lab’.

Cet ancien bâtiment public a été reconverti en laboratoire pour différents projets.

Josée et Eric travaillent depuis plusieurs mois sur un générateur innovant.

Les plans détaillés ont été publiés sur internet par des ingénieurs Sud Africains.

La technologie d’énergie libre de Nikola Tesla a été enfin crackée ! Plus d’un siècle plus tard !

Mais elle arrive au bon moment.

Le réseau électrique national est au bord de l’effondrement, les coupures sont devenues plus fréquentes que les périodes où cela fonctionne. D’anciens agents continuent de l’entretenir tant bien que mal mais il était temps que ça change.

Cette nouvelle technologie se répand comme une traînée de poudre, chaque village ou quartier s’équipe petit à petit dès qu’ils ont récupéré ce qu’il faut et que les compétences sont là. Toutes les pièces nécessaires existent déjà, il n’y a qu’à recycler et si les compétences manquent, des ateliers ont lieu sur internet pour s’entraider.

De la taille d’un frigo, le générateur permet d’alimenter tout un village !

Josée était prof de physique au lycée mais ce qui la passionnait c’était de mener des expériences dans son atelier depuis des années, même si personne ne voulait la subventionner dans ses recherches.

Eric, lui, était mécano pour les voitures, un auto-didacte, il réparait les machines à l’intuition comme s’il pouvait leur parler. Avec Josée, ils sont ultra complémentaires.

Les voitures ? Il y a un moment qu’elles ne circulent plus.

La chaîne d’approvisionnement des carburants a lâché il y a plusieurs années de cela.

Certains groupes avaient encore accès à des réserves et les revendaient à prix d’or au marché noir. Mais c’est vite devenu inutile et obsolète. Plus personne n’en voulait.

Une majeure partie de l’activité humaine est redevenue locale du jour au lendemain ou presque, chaque groupe recherchant l’autonomie, tout en collaborant avec les groupes voisins.

Les besoins ont largement évolué à la baisse avec le saut de conscience qui s’est produit. Beaucoup de choses n’étaient plus essentielles, et les quantités « nécessaires » largement réduites.

Sans pour autant générer un sentiment de manque, bien au contraire !

Il n’y a qu’à voir le vélo sur lequel je suis.

Quand on a décidé de les mettre en commun, au village, on s’est retrouvé avec plus de 500 vélos pour un village de 1000 personnes ! Certes, c’est devenu le moyen de déplacement principal mais tout le monde ne s’en sert pas en même temps, loin de là.

Nous en avons donné plus d’une centaine au village voisin pour ré-équilibrer les ressources.

Dans le lab’, il y a aussi deux magiciens du vélo, Luc et Kévin, 12 et 15 ans. Ils bricolent des vélos tout le temps, des 3-roues, des carrioles, des vélos assis, couchés, debout ! Récupération d’énergie au freinage, dans les descentes, limitation des frottements, effet de groupe (plus vous êtes nombreux à rouler ensemble et plus c’est facile pour chacun).

En plus de maintenir le parc de vélos, ils inventent des prototypes pour répondre aux besoins ergonomiques de chacun.

Ils ont déjà partagé une dizaines de plans sur internet et des habitants de villages éloignés sont venus nombreux pour voir comment ils faisaient. Certains sont venus avec des graines d’arbres fruitiers que l’on cherchait justement, d’autres avec des instruments de musique fabriqués par leur spécialiste local.

Bref, Josée et Eric discutent joyeusement en buvant leur thé, ils sont prêts pour ce soir, la démonstration de leur générateur pour tout le monde. Ça va être une belle fête !

Derrière eux, ça grouille de partout.

Il y a toujours du monde dans le laboratoire, de 7 à 97 ans. Dans une pièce, un groupe va fabriquer un modèle réduit de montagnes russes en bois, tandis que dans une autre, c’est un prototype de filtre à eau qui est mis au point. Ils sont en ligne avec la Mongolie pour avancer sur leur projet.

Sur le côté, dehors, un groupe peint une fresque sur le mur, le titre annoncé : Harmonie et créativité.

Dans tous les cas, les gens s’amusent, on est bien loin de l’idée de « travail » comme beaucoup d’entre nous l’ont connue …

D’ailleurs, la notion d’argent a disparu ou presque.

D’une part, par la force des choses.

Tout s’est emballé au moment de la bascule, les réseaux bancaires ont d’abord été coupés pour affaiblir les populations qui se sont organisées autrement et très vite, ce qui a remis la créativité au centre des réflexions …

Et le saut de consciences qui a suivi, nous a placé au-dessus de la notion d’argent.

Comme si l’argent était les petites roulettes sur la roue arrière des vélos pour les enfants que nous étions. Nous pensions avoir besoin de cela pour collaborer et échanger, entre êtres humains.

Un beau jour, on grandit et on n’en a plus besoin !

Nous nous sommes très vite libérés de notre ego et de ses désirs superficiels, les ressources sont désormais partagées, échangées naturellement dans le respect et l’équilibre de chacun.

Il y a une circulation harmonieuse et spontanée des ressources, guidée par une intelligence invisible !

Parfois, un désir égotique revient chez quelqu’un mais tout le monde le remarque aussitôt. Sa vibration change instantanément et tout le monde le ressent. Il n’est d’ailleurs plus possible de mentir ou presque.

Il n’y a pas de jugement, mais beaucoup de bienveillance car cela arrive encore à de nombreuses personnes, nous sommes encore en train de nous purger des règles et des mémoires de l’ancien monde.

Il suffit que la personne en prenne conscience pour s’en libérer sinon elle peut faire appel au guérisseur, Claude.

Avant il travaillait le bois, maintenant il travaille l’énergie et libère les mémoires et les traumas de ceux qui ont en besoin.

S’il n’est pas disponible, c’est qu’il est parti se ressourcer en randonnée quelque part dans les environs mais il est toujours là quand on a besoin de lui.

Je quitte le lab’ et je reprends mon chemin jusqu’à la place centrale.

Un peu plus loin, il y a Gérard.

Gérard est heureux, il n’y a qu’à voir son visage pour s’en rendre compte :-).

Il est juste heureux d’être.

Il est planté là au milieu de la place et regarde autour de lui.

Et quand on lui demande comment ça va, il répond : « Je suis heureux ! ».

Ceux qui le connaissent d’avant, disent qu’il a bien changé.

Il porte encore des mocassins tout propres et une chemise bien repassée, comme il le faisait quand il était commercial dans une grande entreprise.

Il y a quelques temps encore, il portait la cravate !

Quand on demande à Isabelle, la guide des âmes, elle nous dit qu’il est sur son chemin, que son âme est en transition vers son nouveau chemin de vie, qu’il n’y a pas à s’en faire. Il a juste à être pour le moment.

De toute façon, il dit qu’il est heureux, alors …

Là encore, c’est un voile qui s’est envolé, plus de jugement, de peur de regard de l’autre. Chacun fait ce qu’il ressent comme étant juste pour son propre chemin, dans le respect des autres.

Si vous voulez rester planté au milieu de la place, personne ne vous dira rien.

Si vous voulez faire de la peinture toute la journée, personne ne vous dira rien.

Si vous voulez quitter le village, personne ne vous en empêchera.

Et tout fonctionne ainsi et comme par magie, cela fonctionne.

Une vieille partie de moi se demande encore comment c’est possible.

C’est comme un orchestre où chacun joue ce qu’il veut et la musique qui en résulte est magnifique.

Avant, on n’aurait pas compris, on aurait cherché à contrôler la musique de chacun.

Aujourd’hui, c’est devenu naturel, c’est la Vie le chef d’orchestre, et chacun joue la partition qu’elle lui donne, avec joie et enthousiasme.

Et ça se sent, ça se voit, ça s’entend, ça se ressent.

Comme le sourire illumine un visage, la musique de la Vie illumine le village, les plantes, les habitants.

C’est une atmosphère indescriptible avec des mots, mais tellement ressentie par le cœur.

Mon rêve de cette nuit est bien loin désormais.

Je re-découvre avec gratitude et émerveillement ce monde dans lequel je vis désormais.

Je remets le pied sur la pédale.

Est-ce que je continue d’explorer ?

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10 commentaires

  1. Merci infiniment Jean-Philippe pour cette vision prometteuse qui parle à mon âme. Je sais… je sens que c’est le futur possible, qu’il nous suffit de le créer, d’abord dans nos pensées, puis dans notre réalité physique. Je co-créé avec toi, avec d’autres, ce monde dans lequel je me sens être vraiment la meilleure version de moi-même.
    Gratitude.

  2. Un monde parallèle qui rencontre tout doucement celui d’aujourd’hui pour en faire celui de demain… J’y suis, j’y cours, j’y vole… En fermant les yeux, c’est possible, alors je me pince et j’espère ne plus faire qu’en rêver ! Amour, solidarité, éveil, lumière, partage,… Juste vivre ensemble pour le bien de tous. Merci Jean Philippe pour cette belle réalité qui pointe son nez !

  3. Me semble que je suis prêt à ce monde depuis mon enfance,( j’ai maintenant 53 ans) je me suis et je me sens encore à côté de la plaque dans le monde où je vis. J’ai beaucoup de gratitude envers toutes les bénédictions que l’univers m’apporte à chaque instant. Pour le moment je lâche prise et j’ose espérer. Merci pour ce beau texte.🙏

  4. ce rêve plein de paix, de simplicité, ou tout coule, me fait penser au film de Colline Serreau , » La belle verte » (1996) avec Colline Serreau et Vincent Lindon
    Merci infiniment, on espère le vivre !

  5. Je recommence une autre vie qui suis je vraiment je suis restée tellement longtemps dans ma bulle pour ne pas souffrir que je n ai pas vécu à 71ans je revis ,je suis un peu perdue 😞 je pense que je vais quand même réussir merci 🙏 pour ce magnifique texte namaste

  6. Quel beau texte qui a touché mon cœur et qui va illuminer ma journée. À lire et à relire des que je sentirai un coup de mou. J’espère fort que nous traversons ces moments présents pour arriver à la terre promise. Belle journée à toi et à vous toutes et tous

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