« 20 ans que je fais ce métier ! » … et la même erreur ?

L'expérience professionnelle, qu'est-ce que ça veut dire

L’expérience ce n’est pas ce que vous avez fait, c’est ce que vous êtes capable de faire.

Voilà, tout est dit, salut !

-Jean-Philippe

Bon ok, je vais développer un peu ! 🙂

Quand j’étais chef de projet dans l’informatique, j’étais souvent confronté à des personnes plus âgées que moi et au fur et à mesure que je prenais des responsabilités, il fallait souvent que je compense mon jeune âge avec mes compétences.

Et parfois, c’était compliqué.

Surtout quand mon interlocuteur confondait des notions de gestion de projet et que je ne comprenais pas le côté politique des discussions.

Tout ce qui m’intéressait, c’est que le projet avance et qu’on arrête de dire des bêtises autour de la table pour trouver un coupable en utilisant des termes qui n’étaient pas corrects !

Et lors d’une réunion dans une grande tour de la Défense à Paris, alors que j’essayais d’expliquer la différence entre deux concepts au client pour qu’on parle bien de la même chose, il m’a répondu en s’emportant :

« Vous n’allez pas m’apprendre mon métier, cela fait 20 ans que je fais de la gestion de projet ! »

Gloups, j’ai touché un ego !

Depuis ce jour-là, quand j’entends parler de nombre d’années d’expérience, je me méfie toujours un peu.

Après tout, on peut se tromper pendant 20 ans.

On peut faire d’une seule et même manière pendant 20 ans.

Ce qui marchait il y a 20 ans ne marche peut-être plus aujourd’hui.

Peut-être qu’il y a d’autres manières, différentes, meilleures ou moins bonnes.

On peut avoir du mal à prendre du recul et à remettre en question les choses (voir pourquoi dans cet article !).

On a tellement l’habitude après tout, c’est humain !

Quand je recrutais des chefs de projet, ils avaient souvent une plus longue expérience que moi, mais souvent sur un seul et long projet et chez un seul client.

Sur une période plus courte, j’avais mené 40 projets plus petits, avec des équipes différentes, des clients différents, et des technologies différentes.

Même nombre d’années d’expériences mais parcours complètement différent.

Et je le voyais bien, les projets courts, ce n’était pas leur truc !

Et je le voyais bien, les longs projets, ce n’était pas mon truc !

Ce qui n’était surtout pas mon truc, c’était la politique en entreprise …

J’ai passé des entretiens à l’Assemblée Nationale il y a 10 ans pour être directeur de projet.

Au troisième et dernier entretien, mon interlocuteur me fait comprendre que je suis trop jeune pour encadrer leurs équipes.

Je lui donne la réponse que je vous ai mise en tout début d’article.

L’expérience ce n’est pas ce que vous avez fait, c’est ce que vous êtes capable de faire.

Il me répond :

« Je suis d’accord avec vous mais cela ne marche pas comme ça ici ! ».

Je comprends alors que je n’ai rien à faire là-bas et je prends la décision de partir en Nouvelle-Zélande

Les réactions de l’ego, c’est ce qui maintient le statut quo, ce qui empêche le changement.

Il n’y a qu’à suivre l’actualité (pas trop quand même) et voir à quel point l’ego dirige les décisions. C’est débattre pour savoir qui a raison (ou qui a eu tort !) au lieu de vouloir faire avancer le schmilblick dans l’intérêt de tous.

La durée d’une expérience est une manière de mesurer … parmi d’autres

C’est un argument facile que de donner un nombre d’années d’expérience, mais encore faut-il savoir comment la personne a évolué GRÂCE à ces années.

L’expérience, ce n’est pas ce qui arrive à quelqu’un, c’est ce que quelqu’un fait avec ce qui lui arrive.

Aldous Huxley

Et ça, c’est plus difficile à mesurer qu’un nombre d’années.

Ce qui compte c’est l’attitude face à l’expérience.

D’abord pour soi :

  • Est-ce que je suis ouvert-e à d’autres manières de voir, de comprendre, d’agir ?
  • Est-ce que je me remets en question régulièrement ?
  • Est-ce que je suis capable d’accepter d’avoir eu tort jusqu’ici ?

C’est se confronter à l’ego si vous regardez bien.

L’ego sait déjà, il a raison, donc il ne regarde pas ailleurs, il ne se questionne pas et il n’a jamais tort :-).

Donc je le rassure, « oui ok, tout va bien », mais si je m’ouvrais un peu pour voir ?!

Allez juste un peu ! 🙂

Les choses changent, les choses évoluent, rester ouvert, c’est continuer d’apprendre, de changer et d’évoluer.

Ensuite pour les autres :

Certes, quand quelqu’un a 30 ans d’expérience, ça permet d’en voir des choses et il y a certainement des choses à apprendre d’une personne comme ça.

  • Mais est-ce qu’elle se remet en question ?
  • Est-ce qu’elle reste ouverte à d’autres manières de voir le monde ?
  • Est-ce que l’ego l’emporte malgré elle ?

Et inversement, le manque d’expérience peut être un atout (ou une catastrophe, c’est aussi possible, il n’y a pas de règles non plus 😉 ).

C’est avoir un regard neuf.

C’est poser des questions, remettre en cause l’état actuel des choses.

Regardez les enfants, ou écoutez-les plutôt, ils questionnent tout :

« Pourquoi on va à l’école ? »

« Est-ce qu’on est obligé de se marier ? »

Ce qui énerve les parents, ce ne sont pas les questions, mais c’est le fait de ne pas avoir les réponses (ou de ne pas les aimer …).

Ou les jeunes actifs en stage qui ne comprennent pas les hiérarchies trop rigides et qui veulent comprendre pourquoi ils doivent faire ceci ou cela, surtout quand ce n’est pas logique ou efficace !

Ils proposent des idées mais se font rebuter pour de mauvaises raisons (« tu manques d’expérience, commence par apprendre le métier ! » ou « c’est moi le chef ! ») et c’est parfois dommage.

Les idées révolutionnaires viennent parfois de manière inattendue.

L’Histoire le montre :

La machine à vapeur doit à un enfant de dix ans un de ses principaux perfectionnements. […] C’était la machine atmosphérique. Le piston montait sous la poussée de la vapeur et descendait sous la pression de l’air. Pour le faire monter, il fallait ouvrir le robinet de vapeur et fermer le robinet d’eau de condensation ; pour le faire descendre, c’est le contraire qu’il fallait faire. Or, telle était l’imperfection du futur moteur universel, que toutes ces manœuvres s’opéraient à la main.

En 1713, un enfant, du nom de Humphrey Potter, était chargé de cette triste besogne. C’était un dur maître à servir qu’une telle machine. Impossible de s’en éloigner pendant une minute ; à peine était-il permis d’en détacher les yeux. « Allons, vite, petit Potter, ouvre ce robinet et ferme celui-ci. Allons, allons, petit Potter, dépêche-toi d’ouvrir celui que tu as fermé, et de fermer celui que tu as ouvert. Vite, vite, vite, petit Potter, recommence ce que tu viens de faire et continue toujours, toujours, toujours, et ne va pas t’endormir car si tu t’endors, la machine éclatera, et tu seras tué, mon petit ! » Et le malheureux enfant ouvrait et fermait, fermait et ouvrait les robinets, sans relâche, dix à douze fois par minute, six cents fois par heure, six mille fois par journée de dix heures.

Tout en faisant ce travail abrutissant, Humphrey Potter se disait : « Voyez-vous cette grande machine qui a besoin qu’on lui ouvre et qu’on lui ferme ses robinets ! Est-ce qu’elle ne pas se servir elle-même ? » Et comme il s’était rendu un compte très exact du jeu de la machine, un jour la réponse lui vint : « Oui elle pourrait se servir elle-même au moyen de ficelles de longueur convenable attachées aux robinets et au balancier qui, en s’élevant et en s’abaissant, tirerait tantôt l’une, tantôt l’autre. » Ce ne fut sans doute pas du premier coup qu’il réussit à donner leur vraie longueur aux ficelles et à trouver leur point d’attache. Enfin, victoire la machine allait toute seule et Potter pouvait aller jouer.

Dès que cette jolie invention fut connue, tous les mécaniciens la mirent à profit, car non seulement la machine marchait seule, mais encore elle marchait plus vite que par le passé, et le piston montait quinze fois par minute, au lieu de dix ou douze fois.


http://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Newcomen
http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article3315

L’expérience condensée du garçon lui a permis de bien comprendre le fonctionnement de la machine, peut-être mieux que le mécanicien lui-même ! Ce qui lui donne un autre regard, une autre perspective et donc d’autres idées !

Dans le film Ford vs Ferrari, le personnage joué par Matt Damon, ancien pilote, se retrouve dans le bureau prestigieux de M. Ford qui tient un dossier entre les mains et qui demande des explications sur l’échec qui a eu lieu lors de la dernière course.

Et Matt Damon lui répond que le dossier qu’il lit à ce moment-là et qu’il a suivi des yeux dans la salle d’attente, est passé entre les mains de 5 à 6 personnes avant d’arriver à lui et qu’on ne gagne pas les 24 heures du Mans en faisant de la bureaucratie.

Regard neuf, extérieur qui n’est pas habitué aux règles de fonctionnement d’une grande entreprise.

Perspective différente, vision différente, idées différentes.

Votre expérience peut aussi être transposée !

Les idées peuvent venir de manière inattendue, et l’expérience peut très bien se transposer, même à partir d’expériences qui peuvent être en apparence très éloignées.

Quelqu’un m’a raconté une fois qu’elle avait travaillé pendant 7 ans dans un milieu industriel de haute précision après les études d’ingénieur qui vont bien.

Elle travaillait sur une machine très spécifique qui lui permettait de faire des ajustements très fins sur les produits créés ensuite.

Après ces 7 années, elle a quitté ce métier et a commencé à offrir des soins énergétiques.

Elle m’a confié que sa manière de réajuster l’énergie des personnes était exactement la même manière que celle qu’elle utilisait pour faire des ajustements sur la machine très spécifique avec laquelle elle travaillait.

Le processus intellectuel, la finesse, le ressenti étaient les mêmes !

L’expérience acquise dans son ancien métier a été transposée dans sa nouvelle activité.

C’est beaucoup plus courant qu’on peut croire. Je l’observe régulièrement chez les personnes que j’accompagne.

Souvent, elles pensaient avoir perdu du temps alors qu’elles accumulaient déjà de l’expérience :-).

Et c’est sans compter

… l’intuition !

Les idées de génies, sorties de nul part, on a tous connu des moments avec des idées, des solutions « inattendues », à rendre jaloux MacGyver !

Peut-être avez-vous appris des choses dans une vie passée (!), peut-être avez-vous vu un documentaire à la télé et vous faites le lien avec la situation du moment …

Peu importe d’où vient cette intuition, votre capacité à impacter le monde dépend aussi de votre capacité à vous connecter à cette intuition et à la suivre en lâchant prise avec le reste.

Cela ne dépend pas d’un nombre d’années d’expérience.

C’est aussi accepter de ne pas savoir, mais d’écouter, à l’intérieur et de passer à l’action en fonction.

Et si les résultats sont là, personne ne viendra vous demander combien d’années d’expérience vous avez, car on verra bien ce que vous êtes capable de faire !

– Jean-Philippe

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8 commentaires

  1. Merci à vous , cette lettre est très enrichissante et j approuve pleinement le contenu.
    Je me souviens , à une époque où j’étais la secrétaire d un ingénieur en réorganisation , il me confia un schéma à retranscrire sur ma machine à écrire (1971) ? avec des ronds des carrés, des mots à incorporer , la galère !!!
    Je luis remis mon travail avec fierté ; il le regarda et me demanda : que comprenez vous de ce schéma ???
    Je restais muette car son schéma était compliqué. Alors il déchira tout, sans colère , en disant , j ai fais ce schéma pour être compris de tous. Et il recommença .
    Merci à ce patron qui a été un guide pour moi , pour son humilité et son grand sens de l humour. Merci à vous de me rappeler de ce temps merveilleux de ma jeunesse. Joelle

  2. Bonjour Philippe,
    En réponse a vos propos  » d’expérience. ».

    .. Pourrions nous ..  » dire »….. Qui n’a que d’expérience!….N’a que d’erreurs!!?
    .. de grâce ,Continuez , a nous « expérimenter »

    Cordialement, Merci. Francis,

    1. Bonjour Jean-Philippe,
      Comme souvent, votre analyse de la vie sonne juste. J’aurais beaucoup de plaisir à m’entretenir avec vous sur différents sujets.
      Je me permettrais seulement de vous conseiller de vous relire, car parfois, nous sommes obligés de lire à nouveau une phrase 2 ou 3 fois pour saisir exactement ce que vous voulez exprimer.
      Enfin, pour que la compréhension soit bonne et rapide, n’oubliez pas ce que malheureusement les gens négligent trop souvent (ou ignorent), la ponctuation, véritable respiration de la phrase, et quel plaisir à la lecture !
      Ceci, juste pour donner un peu plus de force et de pertinence à vos analyses fort justes. Sur le fond, très bien, juste un peu la forme.
      Vous êtes utile à tous vos lecteurs.
      Merci à vous.

  3. Merci Jean-Philippe, c’est très clair et tellement vrai, je le ressens pleinement . à chacun à son niveau de faire évoluer tout cela.

  4. merci philippe
    j aime bien la petite anecdote de l enfant et la machine à vapeur.
    en ces temps de confinement, nous avons largement la,possibilité d écouter notre intuition et de peut être trouver des solutions innovantes pour aider au changement .

  5. Cher Jean-Philippe,
    Tes publications méritent d’être lues par un encore plus vaste public !
    Ici, mine de rien, tu nous as parlé de physique quantique : l’art de créer un autre futur ! Magnifique !
    Gratitude !
    Do

  6. Bonjour à tous,

    Oui ça me parle.
    Attention+intention=action

    C’est ce qu’on injecte dans chaque composant, à l’instant T, qui va déterminer chaque action, chaque manifestation, chaque vibrations.
    Alors, qu’est ce qu’on y met…Quels sont nos accords et quelle fréquence, la régularité, l’intensité… de chaque accord?
    Et si on injecte l’intuition et/ou le regard neuf dans un des composants voir même les deux, voir même les trois ? ça change la donne. j’observe tous les jours mes variantes avec plus ou moins de détachement. lol
    Et cette vibration, que va t’elle devenir dans cette harmonique… ça fait parti de ce qui doit être lâcher pour les plus surprenant des résultats quel qu’ils soient.
    Et les résultats seront soumis à la même équation et ainsi de suite. ça fait parti du jeux.
    Du coup ça reviendrait aussi à me dire « ne cherche pas à être » mais « soi ». Et mes actions deviennent juste quel qu’elles soient.

    merci à tous, merci jean Philippe.

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