De l’illusion de contrôle à la confiance

Il y a quelques jours, j’ai appris que des amis se sont faits vacciner contre le coronavirus.

Je suis un peu surpris car, à ma connaissance, personne n’est vraiment à risque dans ce groupe d’amis.

Je cherche à comprendre comment ils ont pris la décision mais la discussion s’arrête vite.

Et le sujet me travaille.

Pas tant sur le vaccin en lui-même, qui n’est qu’un prétexte (controversé 🙂 ), mais au final sur la prise de décision, dans un sens comme dans l’autre.

J’essaie de mettre mes a priori et mes opinions de côté, et j’essaie de me poser sincèrement la question.

Comment, en fin de compte, fait-on pour prendre la décision de se vacciner par exemple ?

Sur quoi on se base ?

Concrètement ?

Bon, déjà, on se pose la question de se vacciner parce qu’on considère qu’il y a un risque individuel et collectif.

Quel est le risque à ne pas prendre le vaccin ? (et à prendre le vaccin ?)

J’ai combien de chances d’y passer ? Combien de chances de passer un sale quart d’heure avec ce virus ? Combien de chances d’être asymptomatique ?

Alors, il y a des chiffres, des données, des annonces, des discours, …

Mais on l’a vu à plusieurs reprises, la fiabilité est relative, que ce soit pour les analyses ou les contre-analyses voire les contre-contre-analyses, ça marche dans les deux sens !

Les nombres changent, sont corrigés ou mis à jour, il n’y a pas de point de comparaison, je mets de côté ceux qui ne m’arrangent pas, ou bien j’en compte en double parce que je n’ai pas fait gaffe …

Les données et moi

J’ai travaillé des années dans les bases de données informatiques et la qualité des données est un ÉNORME problème :-).

D’ailleurs si vous faites une recherche sur « offre emploi qualité de données », vous allez trouver un paquet de réponses, un métier d’avenir ! :-).

La qualité des données, c’est la saisie (je mets des accents ou pas …), l’utilisation (je compte en double parce qu’il manque des accents), et l’interprétation (je conclus à un certain nombre de personnes alors qu’il y a des doublons) …

Une fois, sur un projet, j’avais détecté des durées négatives (« -48 secondes » par exemple) dans une base !

En soi, ce n’était pas possible, pas cohérent, une durée est toujours positive dans les règles de cette base de données et c’était donc un gros problème !

J’appelle mon client pour l’informer, des gouttes de sueur sur la tampe, il me répond que c’est normal, ils utilisent cette donnée un peu différemment, mais que « tout va bien » (!). Je raccroche, sceptique.

Car le problème derrière, c’est que tout un système de facturation se basait sur ces durées (une sorte de facturation à la seconde), ce qui faussait complètement les calculs si vous avez des durées négatives !

Et l’ordre de grandeur était le million d’euros … pas des clopinettes.

Et les grands chefs à plume, eux avaient accès à des rapports « consolidés » à l’année basés sur des données partiellement erronées … Et ce sont eux qui prennent les décisions.

Une autre fois, j’étais en charge de développer une douzaine de rapports automatisés à partir d’une base de données, des rapports du type « temps passé sur un projet par les membres des équipes ».

Les chefs adorent les tableaux excel ! 🙂

Je me rappelle avoir eu pendant deux heures derrière mon dos à regarder mon écran, le chef de projet et le directeur de projet qui discutaient de la manière de faire les calculs parce qu’ils n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur les règles !

Ils utilisaient les mêmes mots mais avaient des définitions différentes, ou des manières de calculer les indicateurs différents …

Je ne dis pas que tout est à jeter, loin de là mais je sais par expérience que les données, les chiffres, les rapports et les conclusions qu’on en tire, c’est vraiment à prendre avec des pincettes.

Qui plus est dans l’administration, dans un contexte d’urgence permanent avec des décisions à enjeux très importants qui en découlent …

Ces données donnent une illusion de contrôle, au mieux, une petite idée, mais dans tous les cas « attention ».

Alors, pour moi, dans le domaine médical, ce n’est plus « attention », mais « ATTENTION ».

Que les données soient officielles ou non, quelle que soit la source, quelle que soit la manière d’interpréter.

Une question de confiance

Vous ne pouvez pas vérifier toutes ces données, toutes ces informations rationnellement, c’est humainement impossible.

Croire que vous pouvez, c’est vous mentir à vous-même.

Croire que vous maîtrisez, c’est être piégé dans l’illusion de contrôle.

La seule solution pour vous faire une idée d’une situation, c’est de faire confiance.

En fait, si l’on regarde bien, les décisions que vous prenez se basent très souvent sur la confiance que vous accordez :

  • La confiance que vous accordez aux différentes autorités
  • la confiance que vous accordez aux chiffres, aux données
  • la confiance que vous accordez aux discours, aux annonces
  • la confiance que vous accordez à tel ou tel médecin, tel ou tel expert (les fameuses XX années d’expérience !)
  • la confiance que vous accordez à une analyse ou une autre
  • la confiance que vous accordez à l’état des connaissances dans un domaine (jusqu’à ce qu’elles changent …)
  • la confiance que vous accordez aux entreprises, aux institutions

Tous les discussions chiffrées, les études, les analyses ne contribuent pas à votre décision rationnelle et intellectuelle (même si votre mental veut vous le faire croire), elles contribuent uniquement à ajuster la confiance que vous accordez.

Elle peut augmenter, si vous aimez un discours, une analyse, une approche, les chiffres, ou bien la tête de l’expert.

Mais cette confiance peut prendre des claques, si quelqu’un a commis une erreur, s’est trompé ou bien a menti.

Et l’histoire peut très bien nous rappeler que ça a existé !

Même si l’urgence constante, la masse d’information, et les voix les plus fortes permettent de noyer rapidement cet historique peu glorieux …

En fait, à la base, derrière tout cela, c’est votre système de croyances qui va être testé.

Et c’est pour cette raison que les débats sont si animés, c’est système de croyances contre système de croyances !

C’est pour cette raison qu’on n’aime pas voir qu’on nous a menti ou trompé et qu’on ferme les yeux ou bien qu’on oublie vite … Parce que ça nous a heurté dans une croyance.

Et dieu sait si une croyance peut être tenace, même si on nous montre qu’elle est fausse.

La vraie question pour décider, c’est à qui faire confiance ?

Et vous allez voir que ça va plus loin …

L’article que j’ai déjà écrit

Quand j’ai commencé à écrire la suite, je me suis rendu compte que … je l’avais déjà écrite :-).

L’année dernière, au début du premier confinement, au début de cette crise, et vous allez voir que c’est plus que jamais d’actualité !

C’est à lire ici : « Comment avoir confiance, qui croire ? »

Et vous ? Comment prenez-vous vos décisions ?

Cela pourrait aider quelqu'un ? Partagez cet article ...

6 commentaires

  1. un très grand merci cher Jean-Philippe pour ce partage de ta réflexion que je trouve vraiment saine, honnête et inspirante.
    Et c’est très utile !
    Très amicalement,

    Pascale

  2. Bonjour
    Je vous remercie pour votre analyse
    Je me suis faite vacciner avec mon mari il y a 2 mois or que je ne rentrais pas dans les comorbidité et que je suis contre d une manière générale les vaccins mais je ne crains pas du tout pour ma santé avec ou sans vaccin mais plus pour mon mental …. par conséquent si le vaccin rassure nos instances politiques et la communauté humaine et que cela nous permette de retrouver une vie normale alors ouiiii je suis pour cette vaccination !!! Et je me sens tout à fait à l aise avec cette décision et … toujours aussi libre !!! 🙏🙏🙏🤗🤗🤗🌈🌈🌈

  3. Eh oui on fait dire ce que l on veut aux chiffres et la qualité de la data et son interprétation font la qualité de la décision…
    Je suis vaccinée. Ma prise de décision? Collectivement c’est ok, mon corps a dit oui et j ai parlé au vaccin histoire de ne pas me prendre les effets indésirables…
    Comme quoi le ‘spirituel’ peut côtoyer la science….

  4. Bonjour Jean-Philippe,
    Je vous lis depuis quelques années et vous m’ouvrez à des subtilités qui ne m’avaient pas effleurées d’emblée.
    J’aime votre façon d’éveiller ma conscience sans m’asséner des vérités toutes faites. J’aime votre côté pragmatique et votre façon de voir au-delà qui me permet d’approfondir ma propre pensée, mon ressenti. La vidéo jointe à votre texte a fait tilt en moi. Oui, avoir foi en l’Univers fait toute la différence. Sinon, ce monde est souvent désespérant. Je vais essayer d’ancrer cette croyance dans mon cœur pour donner davantage de sens à ma vie.
    Merci de m’accompagner sur ce chemin de vie et de me permettre de me débarrasser de certaines pensées limitantes. Vous m’éclairez bien. 😄😉 MERCI. 💓

  5. Merci pour votre réflexion Jean-Philippe. Ma boussole à moi est mon intuition profonde; elle me dit de ne pas me faire vacciner car mon corps n’en veut pas, il préfère se défendre autrement s’il le doit et pour l’instant rien ne m’inspire confiance justement dans la situation actuelle… et surtout, surtout, je n’ai pas peur. Et je déplore ce venin que nous laissons instiller dans tous les pores de nos sociétés. Mais nous apprendrons que ces fameux virus dirigés contre nous sont le fruit de notre peur et sont notre création. Chaque jour nous avançons dans la conscience. Merci

  6. Oui, je trouve vos commentaires bien écrits, même si je prends rarement le temps de les lire sereinement et complètement. Toutefois, la juste prudence dans l’expression de vos idées fait que vous ne négligez pas – tout comme moi – l’adverbe. Donc, l’essentiel est que l’on donne à penser, non que l’on pense pour et à la place de l’autre. Le lien entre décision et confiance ne me semble pas originel, fondateur. Personnellement, je ne voulais pas me faire vacciner, jusqu’à ce que j’ai compris que le simple fait de faire partie de l’humanité me l’ordonnait comme un devoir impérieux. Assez paradoxalement d’ailleurs, vu que les vieux yogi(e)s que je fréquente depuis des décennies s’activaient contre l’idée d’une obligation vaccinale universelle. Je n’aime pas l’idée que les plus obéissants ou les plus jeunes soient, eux, obligés de se faire vacciner à la place de tous ceux qui, comme moi, parce qu’ils sont – ou se sentent – capables de tous les auto-nettoyages les plus radicaux ne seront sans doute jamais concernés par les formes les plus graves de ce virus pathogène. La foi repose d’abord sur une obéissance, elle se doit d’être aveugle, de s’extraire de toute pensée « parasitante » et paralysante ! Et elle n’est pas « con », ni conne. Elle n’est ni avec ni contre…qui ou quoi que ce soit… ni même les autres ou, même, l’Autre. Il faut tout de même relativiser. Il y a un peu plus d’un siècle, l’on demandait aux citoyens de charger à la baïonnette au milieu d’un espace découvert face à des mitrailleuses. Et pourtant, déjà à l’époque, l’homme moderne était apparemment déjà au moins aussi paumé qu’aujourd’hui. Il priait un peu plus peut-être. Mais, aujourd’hui, les paumés sont plus que radicaux, ils prennent tous les autres en otages de leurs propres doutes, de leur incapacité à s’engager pour une cause qui ne leur « rapporterait » rien ! Je pense par exemple à tous ceux qui, férus des réseaux sociaux, et désireux sans doute de se perdre toujours davantage, entendent exprimer leur petite exception, leurs incertitudes quant à leur petite personne… Voici un siècle, l’obéissance fonctionnait encore comme une seconde nature… c’est-à-dire sans foi et même sans espoir. Plus on est paumé, plus on a peur de tout et de n’importe quoi. Pour qui nous prenons-nous ? Sans obéissance, pas d’honneur, plus d’obligation, mais une suffisance et un « quant-à-soi » qui risquent bientôt de tous nous mener droit dans le mur !

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