A la recherche du talent oublié

Je serrais les lèvres pour m’empêcher de parler.

Mais ce que j’entendais me paraissait à côté de la plaque et je n’osais pas intervenir.

Ollie était au centre d’une session de mastermind, dans le salon de la résidence.

Il avait présenté sa problématique et les participants à la session l’aidaient ensuite à trouver des solutions.

7 ou 8 cerveaux pour réfléchir à votre problème, ça peut aider grandement (je vous le recommande vivement, même à 2 ou 3 seulement !).

Je n’avais pas pu participer car j’avais un appel de planifié à ce moment-là.

Mais la session était encore en cours quand je suis sorti de mon rendez-vous, alors je me suis installé avec mon PC sur une table à proximité.

Je n’écoutais pas plus que ça au début, puis ensuite d’une oreille, essayant de terminer un peu de comptabilité.

Finalement, la discussion du mastermind a rapidement eu raison du peu de motivation qu’il me restait pour la paperasse que j’avais à faire, et j’écoutais désormais attentivement les échanges.

Je connaissais la problématique d’Ollie, il se cherchait professionnellement après des années à travailler dans des start-ups. Gestion d’équipes, conseils aux dirigeants, stratégie : il avait une expérience certaine et se demandait comment la mettre à profit désormais.

Après une demi-heure, la discussion les avait amenés à développer l’idée d’organiser des retraites pour des équipes en entreprise.

Choix du lieu, nombre de chambres, types de repas, activités sportives pour agrémenter le séjour, … les idées rebondissaient de l’un à l’autre.

Et j’observais Ollie au milieu de tout ça.

Je ne ressentais pas la flamme qui s’allume, les yeux qui s’ouvrent pour dire “oui, c’est ça !”.

J’avais vraiment l’impression qu’ils passaient à côté du sujet.

Après de longues minutes à me retenir, hésitant sur mon impression, je décide finalement de lever la main timidement, pour demander si je pouvais intervenir.

Ollie accepte et je me lance :

— Est-ce que tu veux vraiment t’occuper des réservations, des demandes de chambre avec ou sans baignoire, des préférences vegan ou végétariennes, en somme t’occuper de la partie hospitalité ? Est-ce que c’est ça qui te fait vibrer dans l’idée d’organiser des retraites ?

Ollie me regarde silencieux.

— Non, pas vraiment, ça me ferait ch… en fait, et je ne sais pas faire ! finit-il par dire.

Le groupe reste silencieux comme pour mieux assimiler sa réponse.

— OK, est-ce que, ce qui t’attire, ce n’est pas plutôt faire du coaching d’équipe, comment faire pour que ses membres communiquent mieux, collaborent plus efficacement, apprennent de nouvelles manières de réfléchir ou s’alignent avec les objectifs de l’entreprise ?

Les yeux d’Ollie s’ouvrent plus grands.

— Oui, ça, ça me ferait kiffer !

Et il enchaîne avec tout un tas d’idées, de ce qu’il a déjà fait et de ce qu’il aimerait faire entraînant le groupe dans cette autre direction.

Je me sens presque soulagé et je décide de finir ma paperasse.

La session d’Ollie se termine et il vient me voir à la fin avec un grand sourire.

Je m’excuse poliment d’être intervenu, ne faisant pas partie du groupe pour la session.

Il m’interrompt aussitôt :

— Non, tu as bien fait, je me sentais presque mal à développer cette idée sous l’angle de l’hospitalité mais je n’arrivais pas à mettre des mots dessus et pourtant l’idée de retraite me plaisait.

— Oui, c’est important d’explorer l’idée et de voir plus exactement ce qui te plaît et ce qui ne te plait pas, dans le détail. Qu’est-ce que tu aimes vraiment faire – EXACTEMENT – qu’est-ce qui t’attire VRAIMENT dans cette expérience, et faire la part des choses. Derrière le mot “retraite”, il y a tellement de choses qu’on peut être confus.

Il me demande ensuite si on peut prendre un café le lendemain pour continuer la discussion.

J’accepte volontiers.


La salle est bruyante dans le café mais ce genre de discussion me met dans une sorte de bulle.

Ollie m’a expliqué plus en détail son expérience, ce qu’il aimé faire auprès des équipes et auprès des dirigeants.

Aujourd’hui, il essaie d’aider des petites entreprises locales d’une ou deux personnes à développer leurs activités mais ça ne marche pas bien.

Les pièces du puzzle comment à s’assembler mais c’est comme s’il m’en manquaient une.

Je lui demande ce qu’il aime faire en dehors de tout ça.

Le changement brusque de direction dans la conversation l’étonne.

Il sort son téléphone et commence à me montrer des photos du profil d’un réseau social.

— J’aime prendre des photos, commence-t-il presque un peu gêné, mais les sujets de mes photos sont un peu particuliers.

Il me montre alors des photos de structures complexes, d’architecture sous un certain angle, ou de motifs naturels ou artificiels : des alvéoles, des quadrillages, …

Les sujets en tant que tels ne montrent pas un intérêt particulier pour être photographiés, notamment de par la complexité visuelle qu’ils représentent mais la manière avec laquelle il prend les clichés est fascinante.

Il arrive à rendre belle cette complexité.

Il arrive à saisir son essence et à la transmettre simplement à travers une photo.

Et ça fait clic dans ma tête.

C’est la dernière pièce du puzzle.

— Tu vois, ton talent tu l’exprimes à travers tes photos. Tu rends accessible aux autres la complexité d’une situation.

Ollie reste silencieux.

Je peux presque sentir son cœur battre plus fort.

— Et c’est ce que tu fais aussi auprès des dirigeants, tu comprends comment leur entreprise fonctionne, dans toute sa complexité, et tu leur amènes une image claire de la situation qui leur permet de prendre les bonnes décisions. Ça te parle ça ?

Ollie se redresse et s’appuie sur son dossier.

— Oui, répond-t-il sobrement, le souffle court.

— Pour les équipes, c’est la même chose, tu saisis la complexité du contexte de l’équipe : les différentes compétences, les projets à réaliser, les outils utilisés, la manière de communiquer, etc. Et tu vois ce qu’il faut faire pour simplifier tout ça et rendre plus facile leur travail.

— Oui … oui, c’est exactement ça, je n’avais jamais vu les choses comme ça, répond-t-il en continuant à intégrer cette idée.

— Ton talent …, dis-je en marquant une pause, c’est de simplifier la complexité !

J’ai l’impression que ma dernière remarque lui fait l’effet d’une flèche en pleine tête.

Je lui laisse quelques secondes pour assimiler.

— Simplifier la complexité … répète-t-il machinalement comme mieux pour l’assimiler.

— Oui, c’est ça ton talent. Et c’est pour cette raison que ça ne marche pas avec les petits businesses que tu essaies d’aider, il n’y a pas de complexité. Il n’y a rien à simplifier puisque c’est déjà relativement simple, donc j’imagine que tu ne sais même pas comment les aider, c’est ça ?

— Oui, je leur donne 2-3 trucs mais je ne sais pas comment aller plus loin avec eux …

Je souris comme pour dire que c’est évident.

— Certains ont un talent pour aider les petits businesses, mais ce n’est pas le tiens. Toi, pour que ton talent s’exprime, il te faut de la complexité ! Chacun son truc !


Quelques semaines plus tard, je reçois une notification sur un réseau social professionnel, Ollie a mis à jour son profil. Et plusieurs années plus tard, il a gardé cette manière de se présenter :

son profil linkedin

Car le talent reste le même, mais la manière de l’utiliser peut évoluer !

Si vous aussi, vous voulez découvrir votre talent, c’est par ici !

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