Le miroir que personne ne veut tenir

Lucie ne comprend pas.

La personne en face d’elle lui fait la tête, sans raison apparente.

Pourtant, en balade au marché, Lucie s’est approchée avec le sourire, une intention de se connecter, de créer du lien.

Mais rien n’y fait.

La personne a pris ses légumes et est partie au bout de quelques phrases seulement.

Ce n’est pas la première fois pour Lucie.

Elle n’a pas envie de penser cela, mais elle commence à avoir l’habitude…

Ses relations amicales, romantiques, familiales finissent souvent en conflits.

Alors, oui, elle est connue pour ne pas avoir sa langue dans sa poche mais rien de méchant, elle dit les choses tout simplement.

Et parfois… souvent… presque systématiquement, la personne en face n’apprécie pas et s’en va.

Lucie est frustrée, voire en colère, tout ce qu’elle demande, c’est une connexion à l’autre.

Sortie du marché, elle est allée s’asseoir sur un banc dans un parc non loin de là.

Elle réfléchit au sens de tout cela.

— Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce que je dois comprendre ? se demande-t-elle.

Elle ferme les yeux et inspire profondément.

Quand elle les rouvre, une vieille dame en jupe est en train de s’asseoir à côté d’elle, comme au ralenti, appuyée sur sa canne.

La manœuvre semble aussi délicate que celle d’une capsule en orbite qui s’amarre à une station spatiale.

La jupe impeccable touche enfin le banc et la vieille femme affiche un sourire de victoire en se tournant vers Lucie.

— On n’est pas bien là ? dit-elle, avec ce ciel bleu, ce soleil, toute cette joie de vivre… Alors pourquoi faites-vous une tête pareille ?

Lucie n’en croit pas ses oreilles, elle écarquille les yeux et veut répondre quelque chose mais rien ne sort de sa bouche.

La vieille femme la regarde toujours avec le sourire, les yeux lumineux et espiègles.

Un moment passe, Lucie reste silencieuse.

Après tout, la vieille femme a probablement raison. Dans cet instant, Lucie ne doit pas paraître très avenante et rien que cette pensée l’amène à détendre son visage malgré elle.

— Ah ben voilà, qui est déjà mieux ! enchaîne-t-elle. Je suis désolée si je vous ai parue trop directe, je suis comme ça, vous savez, je dis les choses… soupire-t-elle. Et généralement, ça ne plaît pas aux gens…

Lucie esquisse un sourire.

— Je connais ça, répond doucement Lucie en baissant les yeux.

— Mais vous savez, reprend la vieille femme avec enthousiasme, il faut dire les choses, car très souvent les gens ont besoin de l’entendre parce qu’ils ne s’en rendent pas compte !

Lucie reste silencieuse alors que des scènes de sa vie lui reviennent : des conversations, des situations dans lesquelles elle s’était exprimée sur certains sujets et ça n’avait pas plu. Certains diraient qu’elle avait appuyé là où ça faisait mal mais tout ce qu’elle avait fait, c’était d’exprimer une certaine vérité…

— Je crois que nous sommes un peu pareilles toutes les deux, dit la vieille femme en souriant des yeux. Nous sommes des miroirs.

— Des miroirs ?

— Oui, imaginez que vous alliez au marché, explique-t-elle en pointant du doigt l’endroit plus loin, et que vous portiez un grand miroir devant vous. À chaque fois qu’une personne vous croise, vous lui montrez tout ce qu’elle n’aime pas chez elle… Je ne suis pas sûre que vous vous fassiez beaucoup d’amis ! Vous leur montrez ce qu’ils préfèrent ignorer. Mais en faisant ainsi, vous les aidez sur leur chemin, c’est votre boulot !

Cette idée touche une part profonde de Lucie, mais un autre aspect reste sceptique :

— Ok, admettons que ça fasse partie de mon « boulot » comme vous dites, comment ça se fait que je me sente aussi mal dans mes relations ? Lucie hésite. Je finis toujours par avoir le mauvais rôle dans l’histoire et c’est moi qui me retrouve seule et rejetée… pour avoir dit les choses !

La vieille dame lui sourit avec beaucoup d’amour dans le regard.

— Vous avez peut-être le « mauvais » rôle dans la petite histoire de la personne, mais vous avez un grand rôle dans la Grande Histoire de la Vie.

— La « Grande Histoire de la Vie » ?

— Celle où nous sommes ici pour grandir, nous éveiller, apporter de la lumière… Le seul problème avec la lumière, c’est qu’elle éclaire aussi les zones d’ombre, dit-elle en riant. Et tout le monde n’a pas forcément envie de les voir ! Y compris nous-mêmes… Vous êtes un miroir pour les autres mais les autres sont aussi un miroir pour vous. La question, c’est donc, êtes-vous prête à voir vos parts d’ombres ?

Lucie prend une profonde inspiration.

Des scènes de sa vie lui reviennent encore mais cette fois, sous un autre angle.

Une part d’elle s’ouvre à une nouvelle perspective et elle sourit.

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3 réflexions au sujet de “Le miroir que personne ne veut tenir”

  1. Merci Jean-Philippe, cette histoire arrive à une question que j’ai posé à Dieu ce matin à mon réveil. Est-ce une bonne chose de dire les choses quand l’autre n’est pas prêt à les entendre ?
    Depuis 2022 je dis des vérités qui bousculent et ça a provoqué beaucoup d’éloignement de personnes, de ma vie.
    Merci pour cette belle histoire qui arrive au bon moment. Gratitude

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