
— Mais je ne sais pas ce que c’est « harmoniser », je ne perçois pas les énergies subtiles !
Hervé s’est laissé emporter dans un tourbillon de frustration, de colère et de tristesse.
Son ami n’arrête pas de lui parler d’énergies subtiles, d’harmonisation des lieux et de géobiologie. Une part d’Hervé veut y croire, une autre demande encore à voir.
Hervé quitte le café en serrant les dents et rejoint sa voiture.
Assis au volant, il ferme les yeux un instant dans une pratique qu’il connaît bien.
Maître guide Paul se gratte le menton sous le regard interrogateur de son apprenti-guide.
Ce dernier rompt le silence.
— Moi, je propose qu’on lui mette sur le chemin un livre sur les champs énergétiques, la géobiologie, pour lui faire comprendre, dit-il confiant.
— Je pense qu’on a trop essayé de passer par le mental à travers son ami Jean, répond Paul. Avec un livre, on risque de se heurter à encore plus de résistance. Non, ce qu’il faut maintenant, c’est qu’il comprenne par l’ex-pé-rience !
L’apprenti fait la moue.
— Une vidéo Youtube sinon ?
Maître Paul lève discrètement les yeux au ciel puis reprend :
— Les explications, ça va un temps, c’est un point d’entrée, une porte d’accès, mais ce qui marche le mieux, c’est l’expérience sous une forme ou une autre, mais surtout en conscience !
— Ok, je comprends ! Donc, on le fait rencontrer un guérisseur énergétique au supermarché, ils discutent, on suggère à Hervé de prendre rendez-vous pour un soin, il a une expérience hors du corps et ses yeux activent un mode de vision énergétique qu’il gardera ensuite !? demande l’apprenti anticipant enfin un peu d’action.
— Oui ! et on va le faire léviter dans une lumière blanc doré au-dessus de la chaise pendant la séance ! renchérit Paul.
Les yeux de l’apprenti s’illuminent à cette idée.
— Mais non, enfin ! recadre Paul, ça c’est pour les films à la télé ! Il va te falloir apprendre la subtilité, cher apprenti, la subtilité…
Ces quelques minutes de silence avant de rentrer chez lui ont apaisé les pensées d’Hervé.
Pendant le trajet, une idée subtile lui est venue :
— Et s’il pouvait déjà percevoir les énergies sans le savoir ?
Une idée que son mental a vite écartée : s’il percevait les énergies subtiles, il le saurait enfin !
Au moment de sortir ses clés, son regard est attiré par le supermarché en bas de chez lui.
Pourtant, il n’y va jamais.
Il va toujours à l’autre, quelques minutes plus loin.
Hervé s’interroge.
— C’est quand même bizarre, pourquoi je ne vais jamais à celui-là ?
Dans un élan spontané, il décide d’y entrer.
À peine les portiques de sécurité passés, il a des sensations désagréables. À mesure qu’il déambule dans les allées, il se sent de moins en moins bien et décide de sortir au plus vite.
Sur le trottoir, il prend un moment pour respirer et évacuer une sensation d’oppression dans la poitrine.
— Ça va Hervé ?
C’est sa voisine Julie, des sacs de courses à la main, revenant manifestement du supermarché un peu plus loin.
— Tu n’as rien acheté ? lui demande-t-elle, Je t’ai vu sortir du magasin précipitamment, tout va bien ?
— Je ne sais pas, je ne me suis pas senti bien, répond-il en reprenant ses esprits.
— Oh, je te comprends, je n’aime pas ce supermarché non plus, il me donne la nausée, les fruits et légumes semblent complètement morts…
L’apprenti guide croise ses bras et fait une mine exagérément dubitative en direction de son maître.
— Oui…, eh bien une seconde, commence à se défendre Maître Paul, la subtilité, ça prend du temps, c’est un premier pas…
— Tu as repeint le portail condamné ? demande Hervé à sa sœur.
Cela fait des années qu’Hervé n’était pas revenu dans la maison familiale mais sa sœur avait insisté.
— C’est une longue histoire…, lui répond-elle timidement. Tu promets de ne pas te fâcher ?
— Oui, bien sûr…, répond Hervé, surpris de cette appréhension chez sa sœur.
Elle lui explique qu’ils avaient pris l’habitude de passer exclusivement par le grand portail.
Jusqu’à ce qu’ils décident de construire un abri de jardin et qu’ouvrir le petit portail pourrait aider pour les travaux.
Elle explique qu’elle a d’abord essayé de le dégager et qu’elle s’est fait mal dans des ronces particulièrement tenaces.
Elle a cassé non pas une, non pas deux, mais trois outils pour déterrer des pierres qui bloquaient l’accès !
Le vieux voisin était venu la voir alors qu’elle jurait bruyamment.
— Faut pas ouvrir, imite sa soeur, y’a des mauvaises ondes qui passent sinon, votre frère avait raison de condamner ce portail.
Hervé fronce ses sourcils.
— C’est moi qui avais condamné le portail ?
— Je ne me rappelais plus non plus, j’ai demandé à Maman. C’est suite au départ de Papa…
Le sujet a toujours été délicat entre eux malgré les années. Leur père avait trébuché devant le portail et sa chute avait entraîné des complications menant au décès. Elle continue, la gorge légèrement nouée :
— Tu étais dans ton monde, silencieux, pendant plusieurs semaines ensuite et un matin, tu avais décidé de condamner le portail. Tu avais déplacé des pierres comme pour faire une barrière… Tu n’avais rien voulu expliquer mais maman t’avait laissé faire, pensant que c’était ta manière de sortir de la colère ou de faire ton deuil…
Les souvenirs reviennent à Hervé. Il se rappelle cette journée, ces pierres, il avait été comme habité d’un élan à faire cela, comme une pièce mal rangée dans laquelle on ressentait le besoin de remettre de l’ordre.
Maître Paul agite ses mains au-dessus de la scène comme un chef d’orchestre.
Son apprenti bascule la tête alternativement de son guide à Hervé comme pour bien essayer de comprendre.
— Et maintenant, le grand final ! annonce Paul.
— D’ailleurs, t’avais enchaîné avec ta chambre, continue sa sœur, tu te rappelles ? Tu avais sorti tous les meubles dans le couloir et t’avais complètement changé l’agencement de ta chambre. Après ça, tu t’étais remis à parler comme si rien ne s’était passé. On n’a jamais osé te reparler de Papa avec Maman.
Là aussi les souvenirs reviennent pour Hervé.
— Oui, il fallait que je change quelque chose, ce n’était pas…
Hervé cherche à l’intérieur de lui le mot juste.
— …pas… harmonieux.
Son cerveau se met à turbiner à toute allure… la pièce n’était pas harmonieuse, le portail condamné, les pierres disposées pour faire une barrière… ?
Il secoue la tête en fermant les yeux comme pour faire le tri dans ses pensées.
Soudain, un moment de clarté.
Est-ce que finalement, il ne percevait pas déjà l’énergie des lieux ?
Il repense à son expérience dans le supermarché, la mémoire des sensations de son corps à ce moment-là, se transforme en perception de l’énergie du lieu, des tensions, des énergies basses dans certaines allées, des ondes nuisibles à plusieurs endroits…
Il rouvre les yeux.
Il observe le portail.
Une barrière.
C’est une barrière énergétique qu’il avait mise en place pour bloquer des ondes nuisibles.
Le vieux voisin avait raison.
Hervé n’en avait pas conscience à l’époque mais il savait qu’il fallait les bloquer.
Il en prend conscience aujourd’hui.
Une larme coule sur sa joue, comme une tension qui fond enfin en lui.
Il se tourne vers sa sœur et sourit.
— Mouuuuu-ais…, commente l’apprenti, jouant au sceptique. Moi, je pense qu’une vidéo YouTube aurait eu le même effet…
— Oui c’est ça, et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier alu ! répond maître Paul en riant.
— La marmotte ?
— Tu vois, cher apprenti, continue maître Paul, ignorant sa question, pas besoin d’expérience hors du commun, ça, c’est pour la télé ! Dans la vraie vie, les prises de conscience se font dans la subtilité d’un quotidien en apparence ordinaire…

Éclaireur
Éclaireur de chemin, j’apporte de la lumière sur notre expérience de vie pour toujours plus de conscience sur nos pensées, sur notre cheminement, sur qui nous sommes vraiment.
(pour en savoir plus sur mon cheminement, lire qui suis-je ?)






Bonjour Jean Philippe, j’ai adoré ton histoire comme toutes celles que tu nous racontes (tu es très bon en orthographe !). J’ai observé que souvent mes prises de Conscience se font à travers de petites choses ordinaires, je m’en étonnais jusqu’à présent ! cqfd à travers l’histoire…
Je t’envoie un bouquet de pensées positives,
Josiane Girardin