Pourquoi je me suis retrouvé le bras dans le plâtre

Ce sont les dernières semaines de cours avant de démarrer le stage de fin d’étude.

Il y a un mélange d’excitation de fin des cours après 3 années d’étude, et de nostalgie de quitter les bancs de l’école et de démarrer cette vie professionnelle tant imaginée.

Nous avons tous grandi, nous nous préparons à devenir de jeunes adultes indépendants et la Vie s’apprête à me faire vivre une expérience surprenante pour le jeune endormi que j’étais.

A cette époque, j’ai hâte d’en finir avec les cours, les projets en commun à terminer, le côté scolaire, etc.

Je me réjouissais d’aller travailler sur des « vraies » choses, pour résoudre de « vrais » problèmes et « vraiment » faciliter la vie des gens.

Sans me douter qu’il y aurait un peu de déception à venir, quelques années plus tard … mais c’est une autre histoire.

Pour l’instant, l’heure est à finir certains travaux scolaires et à profiter des moments avec les copains avant qu’on soit tous dispersés en région parisienne pour nos stages respectifs.

Un matin, quelqu’un envoie un questionnaire par email, visant à mieux se connaître les uns les autres : nos préférences, nos envies, nos rêves, etc.

Certains y répondaient avec légèreté, d’autres plus sérieusement.

Pour ma part, j’oscillais entre les deux.

C’était sur la pause du midi, j’avançais justement sur les réponses du questionnaire jusqu’à ce que je tombe sur cette question :

Quelle est ta plus grande peur ?

J’avais envie de répondre par une blague d’abord, genre devoir suivre à nouveau les cours de tel ou tel prof et puis, je me suis vraiment posé la question.

J’ai écrit la réponse sans réfléchir : être dépendant.

Cette réponse m’a d’abord surpris, je ne m’y attendais pas.

J’ai commencé à y réfléchir et oui ça avait du sens, dépendre des autres pour mener ma vie était pas loin d’être insupportable, devoir demander des services ou de l’aide constamment …

Mon éducation m’avait appris autrement, j’aime quand même bien me débrouiller tout seul, et ça me va bien comme ça !

Je laisse la réponse ainsi, je finis le questionnaire et je l’envoie.

Avec mon regard d’aujourd’hui, j’imagine la Vie sourire à ma réponse à ce questionnaire et se dire :

Bon, Jean-Philippe vient de prendre conscience d’une peur, donnons-lui l’opportunité de la vivre pour encore mieux la voir alors !

Il ne faudra que quelques jours pour que cette « opportunité » se présente.

A la fin de cette semaine-là, je participe à un tournoi amical de volley-ball. Je fais partie de l’équipe de l’école et nous rencontrons d’autres équipes de la ville.

Je ne joue même pas un match.

Une balle un peu haute, un saut mal évalué et j’atterris sur mon poignet droit.

La suite se passe aux urgences.

Je me rappelle ruminer sur ma chaise pendant des heures, mon poignet nu posé à plat sur l’accoudoir, et qui me fait un mal de chien dès que je le bouge.

J’imagine les conséquences dans ma vie quotidienne dans les jours qui suivent tout en regardant Qui veut gagner des millions sur la télé dans la salle d’attente. Tout ce que j’avais gagné, c’était un million d’emmerdements, m’étais-je dit !

Le médecin me voit et le verdict tombe.

Deux os du poignet cassé, plâtre, suivi, rééducation, etc.

Repos, pas le droit de conduire, porter des trucs de ce côté et compagnie …

Je me rappelle fondre en larmes.

Les jours qui suivent me mettent alors à l’épreuve.

Je dois demander à un ami d’aller récupérer la voiture laisser au gymnase et la ramener chez moi.

Je dois demander à mon colocataire s’il peut m’emmener faire les courses.

Taper sur l’ordinateur est un calvaire, les copains vont devoir reprendre une partie de mon travail pour finir dans les temps.

Je dois appeler ma future entreprise pour décaler le début de mon stage.

Je me sens handicapé.

Avec mon regard d’aujourd’hui, je me dis que c’est un sentiment exagéré mais c’est comme ça que je le vivais.

En fait, ce qui était difficile pour moi, ce n’était pas le bras dans le plâtre en soi, c’était d’être dépendant.

C’était de faire l’expérience de cette peur dont j’avais pris conscience.

Un copain m’avait d’ailleurs fait la remarque entre deux cours, une semaine après, comme pour bien faire le lien :

Pour quelqu’un qui a peur d’être dépendant, c’est pas de bol !

Oui, le lien je l’avais fait aussi merci ! mais j’étais surtout beaucoup en résistance vis-à-vis de cette expérience.

Alors que la Vie me l’avait apportée sur un plateau pour que je vive cette peur et que je la transcende, que je la transmute et la libère.

Il a bien fallu que je lâche prise à un moment donné et que je me fasse aider.

Cela a été un premier pas.

15 ans plus tard, j’y suis retourné dans cette peur, plus en profondeur, sous une autre forme, la Vie ne m’a pas fait laissé vraiment le choix mais j’ai encore plus lâché prise à ce moment-là.

Car j’étais moins en résistance et beaucoup plus dans l’accueil.

Ma vision de la Vie avait changé entre ces deux expériences.

La Vie ne veut pas me punir, elle ne veut pas me tester inutilement ou m’embêter, elle veut me faire grandir en conscience.

Elle veut me faire monter les marches de l’escalier vers une meilleure version de moi-même.

Les marches ne sont pas des obstacles, ce sont des tremplins.

Adopter cette perspective sur la Vie, c’est lui sourire un peu plus.

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10 réflexions au sujet de “Pourquoi je me suis retrouvé le bras dans le plâtre”

  1. La vie est un chemin et en parcourant ce chemin des obstacles se présentent pour nous permettre, en franchissant ces obstacles, d’avancer en apprenant la Vie.
    Seulement personne ne nous le dit, seule l’expérience nous l’enseigne.
    Merci pour ton partage.
    Belle journée ensoleillée.
    Flo

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  2. Expérience similaire pour moi. Ma plus grande peur est de ne plus pouvoir « assurer » ou de  » craquer » et qu’ il n’y ait personne pour me soutenir et m’ aider à ce moment là. Parce que ce que c’ est mon expérience dans l’ enfance: vivre un gros traumatisme et le gérer seule tant physiquement que psychologiquement.
    Il y a 10 ans je me suis fracturé l’ épaule droite (je suis droitière) + entorse genou droit + douleur hanche droite. J’ai percuté un arbre en ski. 8 mois d’arrêt et 2 opérations. Financièrement en tant qu’ indépendant c’ était la catastrophe: très peu de revenus, perte de clientèle… 5 mois après l’ accident et 1 mois avant la seconde opération mon compagnon de l’ époque m’a mise à la porte avec mes deux enfants. Il faut croire qu’ avoir quelqu’un qui ne pouvait plus s’ assumer seule au quotidien ne lui était pas supportable. Les 5 mois passé ensemble après l’ accident ont été un enfer: maltraitance physique et psychologique. Tout ça confortait ma croyance, histoire de bien le mettre le nez dedans.
    Il m’a fallu aller chercher des ressources que je ne me connaissais pas et la vie m’a montré que j’ avais des gens autour de moi sur lesquels je pouvais compter. Des proches et des moins proches m’ ont entouré et aidé. J’ au du apprendre à demander de l’ aide (gros challenge pour moi) et à l’ accepter sans honte mais avec gratitude. Une sacrée leçon. Maintenant je n’ ai plus envie de me débrouiller seule, je ne le vois plus comme une vertue, mais plutôt comme une sorte d’orgueil. Mon regard a changé. La vraie vertue est de pouvoir exister dans sa vulnérabilité et être là les uns pour les autres. J’ ai appris aussi que demander à un ami de nous venir en aide créé encore plus de lien, un lien plus fort et plus profond qui ne peut se faire que lorsqu’on ose sa vulnérabilité. Lui permettre d’ être là pour nous, c’ est lui faire un cadeau et lui permettre de nous demander à son tour de l’ aide en cas de besoin. Nous sommes tous interdépendants et la vie est moins lourde en comptant sur cette indépendance. Elle est plus chaleureuse aussi.

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  3. Top et si bien écrit !
    La vie nous tend effectivement des expériences..à prendre ou à laisser mais il vaut mieux les prendre et grandir

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  4. Bonjour Jean-Philippe,

    Je lis tous les jours, les grandes lignes et parfois tes histoires que j’aime bien. Tu racontes bien et je sais que je ne prends pas toujours le temps de tout lire.
    J’apprécie ta façon de raconter qui est très naturelle. De mon côté, ( j’ai 69 ans ! ) j’apprends de plus en plus à m’observer et donc d’avoir conscience que je suis consciente !
    MERCI pour tous ce que tu transmets. 🙏🥰
    Michèle

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  5. Merci pour ce partage. Justement, ma fille qui est en couple vit très mal le fait qu une nouvelle amie vienne souvent chez elle et ça lui fait peur car une trahison refait alors surface , de son passé, dans une autre relation. Je pense aussi que l Univers lui envoie cette situation pour la faire grandir mais du coup, je ne sais pas quoi lui dire.

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  6. Merci Jean Philippe de cet extrait sur la dépendance : Actuellement je vis cette situation et cette réflexion me permet de réaliser que « la Vie ne veut pas me punir, elle veut me garder en conscience »  » c’est lui sourire un peu plus » !! Trop bien !
    Je repars d’un « bon pied » ! bonne soirée!

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  7. Bonjour Jean-Philippe, donc l’idée serait de se demander quelles sont nos plus grandes peurs et de les relier avec ce qui nous arrive ?

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  8. Quand j étais jeune, ma mère autoritaire m empêchait souvent de sortir dehors pour jouer avec les autres enfants car elle avait peur qu il m’arrive quelque chose…je ne pouvait m y opposer
    A 80 ans aujourd’hui je n ai pu dire non a une Amie et en y allant je me suis fracturé le tibia et la malléole interne.
    J en suis a la 5 ème semaine d immobilisation, et je vis la synchronicité tous les jours…cela me trouble

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