
Aline fait une grimace.
— Qu’est-ce qu’il se passe ? ça va ? lui demande son amie Sophie.
— Peut-être que j’ai un peu forcé hier à la salle de gym, ça va aller, répond Aline en plaçant sa main sur sa hanche.
Les deux amies se sont retrouvées chez Sophie pour boire un thé dans la chaleur de l’après-midi.
Aline reprend une gorgée comme pour essayer de faire passer la douleur.
— Je disais que je suis désolé de l’entendre pour ta mère, reprend Sophie, peut-être a-t-elle encore du mal à accepter la disparition de ta sœur, cela fait combien de temps déjà ?
Aline ressent à nouveau une douleur à la hanche mais essaie de ne pas faire la grimace.
Elle change de position sur sa chaise en espérant que ça aide à passer.
— 18 ans le mois prochain, l’accident a eu lieu en été. J’étais à l’autre bout du pays à ce moment-là et …
Aline ne peut s’empêcher de faire la grimace en serrant sa hanche, la douleur est très intense.
— Excuse-moi, j’ai besoin de m’allonger, je crois …
— Oui, viens par ici, répond Sophie en se levant pour chercher un tapis de yoga qu’elle étale sur le reste de la terrasse.
Aline s’allonge, le visage crispé et respire par à coups.
— ça fait vraiment mal, t’aurais pas un paracétamol ou quelque chose ? demande-t-elle.
Sophie la regarde sceptique.
— Commence par respirer et relâche tes bras et tes jambes, à quoi elle ressemble cette douleur ?
Aline s’exécute.
— C’est comme une boule, là, répond-elle en posant son index sur sa hanche et en bloquant la respiration.
— Respire …
Aline libère sa respiration aussitôt.
— Elle ressemble à quoi cette boule ? continue Sophie.
— T’es en train de me faire un de tes trucs de sorcière ? tente de plaisanter Aline pour éviter la question, le visage toujours crispé.
— Oui, t’as raison, respirer c’est un truc de sorcière … Allez, les muscles se relâchent et à quoi elle ressemble cette boule ? Elle est grande comment ? Elle est dure ?
Aline expire longuement et ferme les yeux pour mieux se concentrer.
— De la taille d’une boule de pétanque mais molle …
— Ok, continue de respirer, dit Sophie en attrapant une chaise pour s’asseoir à côté de son amie. Elle exagère sa propre respiration comme pour donner le rythme à Aline. Et maintenant ?
— Bah euh … elle est toujours là … ah non, c’est monté sur le côté là … répond Aline surprise.
— Ok, continue de respirer …
Sophie l’accompagne ainsi pendant plusieurs minutes.
Le visage d’Aline se détend peu à peu, elle se sent de plus en plus présente à nouveau.
— On dirait que … commence-t-elle, en fermant les yeux un moment comme si elle cherchait quelque chose. On dirait que c’est parti …? finit-elle, surprise.
— Ok, tu veux rester là encore un moment où tu veux tu relever ? sourit Sophie.
Aline se relève doucement. Elle pose sa main sur sa hanche, comme pour vérifier puis relève la tête, étonnée.
— Qu’est-ce que c’était que ça ? demande-t-elle à la foi sceptique et agréablement surprise que cela ait disparu.
— Probablement une émotion, une mémoire qui était restée bloquée là, dans ta hanche, répond Sophie.
— Une mémoire ?
— Peut-être liée à ta sœur, tu as fait la grimace deux fois quand on a commencé à parler d’elle, je n’en sais rien …
— Tu veux dire que le simple fait de parler de l’accident de ma sœur m’a fait mal comme ça ?
— C’est possible, comme si ça avait réveillé une vieille douleur émotionnelle …
— Pourtant, j’ai déjà parlé de ma sœur à quelques occasions avec toi, je n’ai pas eu mal comme ça, s’interroge Aline.
— Peut-être que ce n’était pas le bon moment, peut-être que tu n’as pas entendu cette douleur, ou bien tu l’as mise de côté en pensant que c’était autre chose, comme avoir forcé à la gym ou autre, répond Sophie avec un clin d’œil. Au final, cela n’a pas d’importance.
— Bah si je veux savoir ce que c’était !
— Aller mieux ne te suffit pas ? Tu veux comprendre ?
Aline reste silencieuse, se doutant avec Sophie qu’il y a probablement une « bonne » réponse.
Sophie reprend :
— Parfois, aller mieux ne demande pas tant d’efforts que ça, tu as vu, on est resté là 10 minutes à peine. Comprendre, en revanche, c’est une autre histoire. Il y a un canapé de jardin là-bas si tu veux t’allonger et explorer le sujet, on se revoit dans quelques mois, finit Sophie en rigolant.
— Pour une ex-infirmière, tu ne penses pas que comprendre est important ? demande Aline sur un ton légèrement provocateur.
— Parfois, oui, parfois, non. Ce que j’ai pu voir cela dit, c’est que quelqu’un qui a tout exploré, tout décortiqué, tout analysé, ne va pas toujours mieux, parfois, c’est même pire.
Aline fait la moue.
— Imagine que tu as une épine dans la main, continue Sophie. On peut analyser cette épine sous tous les angles : sa taille, sa circonférence, de quelle plante elle provient, sa densité, depuis combien de temps elle est là, etc. Une fois qu’on a toutes ces informations, penses-tu que tu iras mieux ? Que la douleur aura disparu ?
— Au moins, j’en saurais plus …, répond timidement Aline.
— Ton mental sera un peu rassuré oui, mais la douleur dans ta main sera probablement toujours présente.
— Mouais …
— Généralement, qu’est-ce qu’on fait ? on prend une pince à épiler, on l’enlève et on passe à autre chose, sans se poser 200 questions avant ou après.
— Oui mais là, on n’a rien fait, ça a juste bougé tout seul et ça a disparu, s’interroge Aline, encore étonnée.
— J’ai fait des travaux dans l’atelier l’hiver dernier, une applique de mur avait éclaté et je m’étais pris un éclat pointu dans l’avant-bras. Dans le feu de l’action, je ne m’en étais pas rendu compte du tout. Ce n’est que quelques semaines plus tard, en massant légèrement mon bras que j’ai senti quelque chose de dur. J’appuie légèrement et l’éclat se met à sortir tout seul. Une pointe de céramique de 1,5 cm !
Sophie montre la taille de l’éclat avec ses doigts avant de reprendre :
— Le corps sait faire si on l’écoute et qu’on le laisse faire, qu’on le laisse évacuer ce qu’il a à évacuer. Il a sa propre intelligence tout comme le mental a la sienne, mais chacun son domaine.
Aline reste silencieuse.
Elle repense à sa sœur, le point de départ de cette histoire semble-t-il.
Plus de douleur à la hanche mais surtout une part d’elle semble plus en paix.
Elle sourit.

Éclaireur
Éclaireur de chemin, j’apporte de la lumière sur notre expérience de vie pour toujours plus de conscience sur nos pensées, sur notre cheminement, sur qui nous sommes vraiment.
(pour en savoir plus sur mon cheminement, lire qui suis-je ?)






Wow
Merci Jean Philippe ✨🙏
Merci c’est Superbe Jean-Philippe, vous êtes extra!
Ça tombe bien, j’ai mal à la hanche et je suis tombé dessus ce matin.
Laissons tomber cette vieille douleur en respirant et en la laissant partir👍