
Elle tenait la canne de son grand-père dans ses mains.
Assise sur son lit, Sophie est perdue sans ses souvenirs.
Cela faisait près de 20 ans que son grand-père l’avait quittée, elle et sa famille, et elle ressentait encore un grand vide en elle et dans sa vie : plus de direction, plus de but, plus de repère.
Une vie adulte d’errance, de peurs, d’échecs.
Elle ne sait plus ce qu’elle veut depuis si longtemps.
Une larme coule sur sa joue.
Elle revoit son grand-père à côté d’elle marcher en forêt, s’appuyant sur sa canne à chaque pas.
Arrivée à un embranchement, il s’était arrêté et commençait à agiter sa canne et se lancer dans l’une de ses leçons de vie mémorables :
— La Vie est faite d’embranchements, sans panneau, sans signe, sans indication. Y a-t-il une bonne et une mauvaise direction ? Y a-t-il une route meilleure qu’une autre ? Le doute survient quand on oublie qu’on est créateur de sa vie, en choisissant à chaque pas son chemin. Tu n’es pas au carrefour du doute, tu es au carrefour des opportunités. Tout dépend de ta perspective.
Sophie s’en souvient comme si c’était hier.
Elle se rappelle qu’elle levait les yeux au ciel, faisant semblant d’être agacée mais elle buvait toutes ses paroles.
La preuve en est, elle se le rappelle par cœur des décennies plus tard.
À chaque événement important dans sa vie, elle était allée chercher une bouffée d’air et de sagesse auprès de lui.
La première fois qu’elle devait mettre fin à une relation amoureuse.
Quand elle avait dû faire des choix pour ses études ou pour déménager.
Il a toujours été là pour elle jusqu’à … ce qu’il ne le soit plus.
Revivre ces souvenirs lui réchauffe le cœur quelques instants mais la souffrance de l’errance de ces dernières années reprend le dessus.
Sophie sert ses mains sur la canne de plus en plus fort.
Son visage se ferme.
— Pourquoi tu m’as abandonnée ?! Tu étais mon guide ! Regarde ma vie depuis que tu es parti ! Pourquoi, grand-père ? Pourquoi ?
Elle se lève d’un bond, brandit la canne au-dessus de sa tête et interrompt son geste en fermant les yeux.
La tension dans son corps la fait trembler puis s’échappe à travers des larmes.
Sophie s’effondre sur son lit, en pleurs.
Et s’endort.
— Sophie ? … Sophie !
Sophie se voit courir, petite fille en direction de son grand-père qui lui tend la main.
— Où étais-tu ? lui demande-t-il.
— Je m’étais perdue ! lui répond-elle de sa voix de fillette.
— Pourtant, tu as retrouvé ton chemin, tu vois !?
— Oui, j’ai entendu ta voix.
Son grand-père s’agenouille doucement en s’appuyant sur sa canne pour se mettre à sa hauteur.
— Si un jour, tu es perdue et que je ne suis plus là, cherche ma voix ici, dans ton cœur, lui dit-il en posant le bout de ses doigts sur le cœur de la petite Sophie.
— Tu resteras toujours avec moi ? lui demande-t-elle insouciante.
— Je resterai toujours avec toi, ici, dans ton cœur, lui répond-il rassurant.
La petite Sophie, joyeuse, s’en va en courant sur le chemin devant eux.
Son grand-père prend une grande respiration.
— Je sais pourquoi tu es là, ma chère Sophie, dit-il en regardant toujours la petite Sophie s’éloigner.
Il se retourne et découvre la grande Sophie cette fois, qui le regarde intensément.
— Toi aussi, tu t’es perdue ? lui demande-t-il.
— Tu étais mon guide dans la vie, lui répond-elle sur un ton de reproche. Et tu es parti, du jour au lendemain, sans dire au revoir. J’ai besoin d’un guide ! C’est tellement dur sans toi… termine-t-elle.
Son grand-père sourit.
— Chacun doit apprendre à devenir son propre guide, lui répond-il. Or, on ne peut apprendre à devenir son propre guide, si on a un guide…
La respiration de Sophie devient plus ample mais avec un pincement au cœur.
— Je t’ai transmis toute la sagesse que j’ai pu apprendre par l’expérience dans ma vie, il ne restait plus qu’une chose à te transmettre.
Son grand-père marque une pause et lève les yeux.
— Regarde cet oiseau, lui dit-il en montrant une branche sur un arbre proche. Cet oiseau posé sur un arbre n’a jamais peur que la branche casse, parce que sa confiance n’est pas dans la branche mais dans ses propres ailes.
Sophie lève les yeux pour regarder l’oiseau.
— En continuant mon chemin dans ce monde, je t’ai donné l’opportunité de te retrouver face à toi-même pour que tu découvres et deviennes ton propre guide, car il est là, en toi.
Son grand-père pose le bout de ses doigts sur le cœur de la grande Sophie.
Le pincement disparaît instantanément. Un sentiment de soulagement l’envahit.
— En te quittant ainsi, je continuais, quand même, à te guider ! dit-il avec un sourire.
Sophie imite son sourire en retour, une larme sur sa joue.
— Vas maintenant, vas vivre ta vie, cesse de croire que tu es perdue, cesse de croire que tu ne sais pas, cherche en toi les réponses et tu les trouveras.
La grande Sophie en larmes se jette dans ses bras en fermant les yeux.
Et les rouvre dans sa chambre, allongée sur son lit, la canne de son grand-père dans la main.
Elle se relève et essuie ses yeux humides.
Sophie accroche la canne de son grand-père sur l’étagère et pose ses deux mains sur son cœur.
— Merci grand-père.

Éclaireur
Éclaireur de chemin, j’apporte de la lumière sur notre expérience de vie pour toujours plus de conscience sur nos pensées, sur notre cheminement, sur qui nous sommes vraiment.
(pour en savoir plus sur mon cheminement, lire qui suis-je ?)






Cher Jean-Philippe
Quelle merveilleuse histoire emplie d’émotions !
A méditer pour réussir à « se secouer ! »
Beau we et meilleures pensées
Fabienne ⭐️
Merci cher Jean-Philippe de ce magnifique et très inspiré message qui m’a fait pleurer.
MERCI.
Oh Mon Dieu, merci Jean Philippe et merci à Sophie.
J’ai perdu ma guide, il y a 4 ans, qui était ma soeur ! Je vie exactement la même situation que Sophie. Je l’ai lu en laissant tomber des larmes.
Merci beaucoup
Chantal
Quelle merveille, ce texte ! Merci
🙏
Merci pour ce partage ! Ce texte est très inspirant…. Et j’ai adoré le passage sur l’oiseau🤗 . Tout est dit….
Encore une fois,merci 🙏🙏🙏
Merci beaucoup Jean-Philippe pour ce partage. Cette magnifique histoire est émouvante car elle a parle à chacun, puisque la mort nous touche tous, et c’est très inspirante.
Lorsque j’étais enfant et même adulte, la mort signifiait séparation.
Depuis quelques années, mon chemin m’a ouvert à la spiritualité, je perçois davantage la mort comme un corps qui disparaît mais les âmes de nos chers disparus sont continuellement près de nous dans l’invisible à nous protéger et à nous guider.
Notre guidance intérieure, celle de notre cœur, aussi appelée intuition, est toujours à notre disposition si on se fait confiance.
Je crois que l’ensemble des épreuves de ma vie sont justement là pour renforcer et me mettre au défi que finalement cette confiance en moi que je cherche désespérément à acquérir ne m’a jamais quitté car elle s’est toujours trouvée être intrinsèque dans mon cœur et pas à l’extérieur, dans la validation.
Bonjour Jean-Philippe,
Merci pour ce beau message de Sophie avec son Grand-Père.
Je n’ai pas connu mes grands-Parents maternels ni ma Grand-mère paternelle juste mon Grand-Père qui a été tué par un véhicule en juillet 1977.
Bon weekend
Annie
Bonsoir Jean Philippe
J’ai adoré ce conte qui en dit long! J’ai été très touchée émotionnellement! Plein de messages tellement vrais! En tout cas ça interpelle et éclaire notre chemin de vie!!Merci beaucoup
Bien cordialement
Josette
Merci Jean-Philippe pour cette très belle histoire ; cela me redonne le courage d’avancer dans ce que je vis actuellement.
Bonjour Jean-Philippe
Comme toujours tes histoires me vont droit au coeur
Merveilleuse histoire de l’oiseau qui ne se préoccupe
Nullement de la fragilité de la branche il sait qu’il peut s’envoler vers une autre branche et encore une autre
Comme nous dans la vie .
Bravo, super beau texte