Bienvenue au carrefour du doute

Sylvain arrive à un énorme carrefour.

Beaucoup de monde est regroupé au milieu, les mains dans les poches à regarder dans différentes directions.

De nombreux chemins sont possibles.

Une seule chose est sûre pour Sylvain, hors de question de rebrousser le chemin par lequel il est arrivé.

Il aura mis du temps à le parcourir, tous ces efforts, ces sacrifices, ces peurs traversées … Sylvain est fatigué mais prêt pour la prochaine étape !

Un seul problème.

Il ne connaît pas la prochaine étape.


— Salut !

Sylvain se retourne.

— Salut ..

— T’es nouveau ici, je ne t’ai jamais vu auparavant, moi, c’est Patrick.

— Sylvain, dit-il en serrant la main de Patrick. Je viens d’arriver et je ne sais pas encore où aller.

— Hahaha, bienvenue au carrefour du doute, lui répond Patrick de sa grosse voix ! C’est comme ça qu’on l’appelle ici, moi ça fait des années que je cherche à trouver le meilleur chemin, t’es pas prêt d’y arriver, fiston !

Sylvain n’aime pas trop la remarque et sent déjà le découragement l’envahir.

Patrick continue en montrant une personne revenir vers le centre du carrefour.

— Regarde, lui par exemple, ça fait trois ans qu’il essaie de choisir, je le vois tourner en rond depuis tout ce temps. Il s’arrête devant un chemin, hésite et puis va voir le début d’un autre chemin et ainsi de suite. Mais ils finissent tous par revenir au milieu.

— Y’en a bien qui ont réussi à partir ? demande Sylvain inquiet.

— Les rares qui réussissent à partir ne reviennent pas pour te donner la solution. Tout ce que je vois, c’est qu’il y a de plus en plus de monde ici, ça veut bien dire ce que ça veut dire !


Les jours passent.

Sylvain est allé voir de plus près quelques-uns de ces chemins.

Certains chemins sont de véritables autoroutes, d’autres de tout petits sentiers.

Mais pas de panneau, pas d’indication, aucun indice sur la direction où cela mène.

Sylvain est revenu au centre du carrefour, les mains dans les poches.

— Alors, ça a donné quoi cette petite visite touristique ? demande Patrick d’un ton moqueur.

— T’as jamais essayé de prendre un chemin juste pour voir ? demande Sylvain.

Patrick se rapproche très près de Sylvain, le visage fermé.

— Tu ne sais pas d’où je viens et ce que j’ai traversé ! lui répond Patrick sèchement. J’en ai fait des erreurs et ça m’a coûté cher, alors maintenant, j’y réfléchis plutôt deux fois qu’une, vois-tu !? Quand je saurais quel est le bon chemin, crois-moi, je foncerai !

Sylvain reste silencieux et repense aussi au chemin parcouru.

Quelle galère il a vécu. Il n’est pas sûr de vouloir revivre quelque chose comme ça.

Au fond, il aimerait aussi être sûr du chemin avant de s’engager.


Les mois ont passé.

Les personnes vont et viennent au centre du carrefour.

Des visages connus et puis des nouveaux.

Le carrefour ne désemplit pas.

Bien au contraire.

Un matin, une jeune femme se dirige par hasard vers Sylvain, visiblement nouvelle sur les lieux.

Ils échangent un regard.

— Y’en a du monde ici, lui dit-elle de but en blanc.

— On essaie de trouver notre chemin, répond Sylvain sur un ton sérieux, comme pour bien marquer son ancienneté.

— En gardant les mains dans les poches ?

La remarque pique Sylvain au vif.

— Je m’appelle Anna, continue-t-elle en regardant au loin.

— Sylvain.

— Ça fait longtemps que t’es là ?

— Quelques mois.

— Je vois. Bon allez, c’est pas tout ça, mais j’ai un chemin à trouver moi, à plus !

Sylvain tâche de cacher sa stupéfaction en regardant Anna s’éloigner.

Il la suit du regard, la voit hésiter, passer d’un chemin à un autre et au troisième, la voit disparaître !


Les heures passent.

Intrigué par cette spontanéité, Sylvain se rapproche de l’entrée du chemin où Anna s’est engouffrée.

Il observe avec attention mais rien de visible.

Au moment où il s’apprête à revenir au centre, il la voit réapparaître, sa coupe de cheveux légèrement différente, et le visage souriant.

— Pfiouuu, et ben ce n’était pas pour moi ce chemin ! dit-elle en commençant à regarder les autres chemins. Bon, lequel je vais essayer maintenant ?

Sylvain ne cache pas sa curiosité et l’assaillit de questions :

— Y’avait quoi ? Il allait où ce chemin ? Pourquoi t’es revenue ?

Anna le regarde d’un air malicieux.

— Toi, t’as jamais essayé de prendre un chemin, avoue !

— Non, répond Sylvain, gêné.

Anna lui sourit.

— C’est ton premier carrefour ? lui demande-t-elle.

— Oui.

— Moi, c’est mon troisième, continue-t-elle le regard dans la vague. Je suis restée bloquée tellement longtemps la première fois que j’ai cru que j’allais y finir mes jours ! Et un jour, un vieil homme est arrivé au carrefour, avec un sourire jusqu’aux oreilles, c’était son 53ème carrefour !

Sylvain est sous le choc !

Anna continue :

— Il m’a dit : « Quitte à échouer à ne rien faire, je préfère échouer à faire quelque chose, et quelque chose qui m’amuse qui plus est ! ». Trois essais de chemins plus tard, il avait disparu pour de bon ! Alors depuis, je m’amuse aussi, conclut-elle tout sourire.

Les pensées s’agitent dans la tête de Sylvain.

— Mais comment tu sais si c’est le bon chemin à prendre ?

— Je n’en sais rien, je choisis un chemin qui me plaît et puis j’y vais pour voir, pour m’amuser ! Et au bout d’un moment, je vois où ça me mène, alors soit je continue, soit je reviens pour en essayer un autre.

— Comment ça « tu vois où ça mène » ?! demande Sylvain sceptique.

— Bah oui, une fois que tu es sur le chemin, tu vois rapidement si ça te plaît, si ça t’amuse ! Et il y a des panneaux qui te confirment rapidement si le bon chemin pour toi, mais tu ne les vois qu’une fois sur le chemin ! Au final, tu verras que ce n’est pas le plus important, ce qui compte c’est si tu aimes le chemin.

Toutes les pensées de Sylvain s’envolent d’un seul coup.

— Bon allez, c’est pas tout, je vais essayer l’échelle de cordes là-bas, ça me plaît trop ! dit Anna avec une voix de petite fille amusée.

Sylvain reste un moment sans bouger et la regarde s’éloigner vers l’échelle de cordes.

Il reprend ses esprits lorsqu’elle disparaît.

Il revient tranquillement vers le centre et se demande quel chemin il pourrait prendre, juste pour voir ..

— Tu vas voir, la petite jeune, elle va vite revenir au centre, elle aussi, l’interrompt Patrick. Je te parie que …

— Je vais tenter celui-là, l’interrompt à son tour Sylvain, en montrant du doigt des escaliers en pierre.

— Crois-moi, tout ce que tu vas trouver en haut de cet escalier, c’est de la déception ! Tu vas vraiment y aller sans savoir où ça te mène ?! répond sèchement Patrick en lui tournant le dos.

Sylvain ne l’écoute plus et s’approche de l’escalier.

Il hésite, un pied sur la première marche.

Et si jamais ce n’était pas le bon chemin ?

— Il n’y a qu’un seul moyen de savoir, se dit Sylvain à haute voix.

Il sourit et disparaît dans l’escalier.

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8 réflexions au sujet de “Bienvenue au carrefour du doute”

  1. Bonjour,
    Ce samedi 2 juillet est devenu pour moi le jour du « bon chemin » avant d’avoir lu le dernier conte.. Pendant des semaines j’ai vécu dans l’angoisse mon mari est en mauvaise santé opéré de la main gauche il ne conduit plus et ne sais plus faire grand chose (86 ans) donc j’ai repris la navigation de nos vie reccomencer à conduire etc (83 ans) Ce samedi 2 jour du mariage d’un de mes enfants de coeur (3) hi ils m’ont été confié par leurs parents et grand mère pdt de longues années vacances, week end bref. Je n’ai pas eu de petits d’hommes de nombreux essais avant la conclusion malformation. Donc ces amis m’ont permis d’être entourée quasi dés la naissance de 3 de leur trésors. Devenue Tati très très fière de l’être. Ils s’en vont hi se marie et font à leurs tours des petits(e) trésors. Leur papa est malheureusement atteint du stade avancé de la Maladie de Charcot il est un véritable ami et le problème était ne pas pleurer en le revoyant (2 ans d’abscence covid il marchait encore)
    Il s’est passé un mystérieux moment ou la complicité avec les yeux était un véritable voile d’amour ce moment là je ne l’oublierai jamais merci l’Univers.
    Moine boudhiste il tient bon le couple est un exemple de l’amour inconditionnel. Oui cela existe et oui j’ai fais appel aux guides de lumière pour arriver à être à mon tour capable de dégager ce joli mot d’amour.
    Merci à vous à Neal aussi pour l’apprentissage.
    Encore beaucoup à apprendre ..
    Que votre vie soit douce.
    Christine Colard

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    • Tu le dégages déjà…pétrie de doutes et d’incertitudes mais aimante, à Ta manière
      C’est ça qui est beau dans l’amour…il n’a pas besoin d’armes et de médailles pour être un Super Héros…👳🏼‍♀️

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  2. whaou ! Çà décoiffe ! Le carrefour du doute ou l’art de mettre des mots sur un ressenti tellement partagé par l’ensemble des humains en chemin..Enfin c’était ma 1er pensée, mais finalement peut être, pas tant que ça…en tout cas moi , ça m’a parlé ! et ça m’a donné du courage pour oser emprunter un chemin, même s’il n’y a pas de panneaux. être courageux.se et lâcher la peur et le contrôle. merci JPP

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    • Être courageux c’est aussi se montrer lache parfois..,le courage de l’enfant c’est d’être vulnérable…accepter ses doutes ses incertitudes ses blessures rester au milieu du carrefour du doute pendant des années…et un jour, un regard, une main tendue, une amie vous dit qu’elle vous aime et la, tout recommence…
      La vie est un chant de grâce…son Sourire est une note Basse, et nous sommes ses Violons, qui avant de jouer, devons apprendre à nous accorder… 👱🏿‍♀️

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  3. Génial…pile poil
    J’en profite pour partager une maxime, pétri de doutes,…
    « Ne cherche pas à savoir d’où vient le Vent….Vas de l’Avant, Vis, tu es le Vent… »
    Cette maxime m’avait été confiée par mon âme, au moment où j’en avais le plus besoin….à l’époque, on me prenait pour un Fou 👮🏿…
    Comme quoi, il faut toujours écouter son âme…
    Amour
    Tom

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  4. WOW ! J’étais rendu à un point où il y avait plusieurs chemins et je restais là à ne rien faire. Après avoir lu Le carrefour du doute c’est là que j’ai compris que la peur de me tromper m’empêcha d’avancer dans la vie. J’ai donc choisi de prendre une décision, de commencer à marcher sur le chemin et de croire à plus grand que moi, que j’étais accompagnée. D’apprendre la leçon et ensuite de passer à autre chose une fois assimilée. J’honore la vie et merci Neale et Jean-Philippe du partage de cet amour inconditionnel. Namasté ! Jacqueline qui vous aime.

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